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Je ne vis que par Raymond et par veaux

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Delly Judey

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J’ai posé les joues rebondies de mon postérieur dans l’herbe où la rosée a déposé ses perles et, ruminant mon passé, j’ai attendu Raymond, celui qui fit jouir ma vie intérieure, hélas sans m’apporter d’enfants.

J’étais pourtant sa perle de nacre, une échappée, belle, m’a–t–il complimentée, sortie d’un écrin de verdure, sa Milka, tendre génisse à la robe mauve, au milieu d’un pré, à l’intérieur duquel une méchante et sale vache picarde à la robe rousse, a fait son entrée. Elle est venue brouter sur mon territoire.

Je me souviendrai toujours :
Mon traître taureau, en rut, a soudain possédé ses 800 kilos, après la traite, là où je viens de poser ma croupe. Je piétinais sans le vouloir, le reste des gueules de loup et des coquelicots dont je m’étais repue. Le soleil dardant, faisait perler des gouttes de sueur au creux de mes reins/mes pauvres reins..., qui me font souffrir depuis ma pyélonéphrite. J’étais heureuse encore, jusqu’à ce jour où je les ai vus au loin s’embraser..., se tenir par la taille et...
Notre instinct est bestial certes, mais dans certains pays, dans l’Inde du Kama Sutra, par exemple, nous sommes des animaux sacrés ! Et ils ont pratiqué... « l’Union de la vache », une position qui montre l’élévation spirituelle par l’acte sexuel... chez les humains.
Je me sentais belle naguère... et je me disais que mon lait serait le meilleur de toute la Haute-Normandie ; puis je me suis trouvée bête après cet échec. Je n’ai pas encore vêlé. C’est un coup vache ! Je ne donne donc pas de lait.

Six mois ont passé. Je me sens mal, je me sens sale. Je me sens moche. Je suis devenue anorexique et mes cornes, si délicates, sont devenues grosses... pis que cela... énormes, si lourdes ! Mes cornes m’usent.

J'ai du mal à pardonner, mais au fond, ce n’est pas sa faute ! Il était accompagné par les fermiers. C’est arrangé tout cela !

Le bon fermier m’aime bien et sa fille, Léa, refuse qu’on me mette à l’abattoir. « L’autre » y est partie et c’est bien fait pour elle.
-« Il va revenir te voir, ton beau Raymond », m’a dit le fermier en me tapant sur la croupe. « Et puis, tu les mettras bas," tes petits Milka", sinon, ma poupée mauve, tu suivras la rousse Germaine ; tout le monde te réclame et à bon prix, tju sais ? ».
Le vétérinaire m’a fait ingurgiter des fortifiants. C’est vrai que je me sens mieux. Ne plus voir « l’autre » me fait du bien.
-« Il faut que je me ressaisisse, que je me redresse. Il faut que je l'accueille... Holé ! Le voilà, avec ses tablettes, muni de tout ce qui va me faire un bien fou.
Oui, il faut que tu me les donnes Raymond, mes petits Milka, pensais-je très fort, sinon, je vais mourir.
Oh, qu'il est beau, que je l'aime !

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Grenelle · il y a
Le bonheur est dans le pré.