Je ne t'ai jamais rien promis

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Un gros sac militaire, une parka camouflage et un sweet à capuche. Son dos est voûté, sa démarche lourde, sa tête penchée. Ce n’est pas son sac qui pèse, c’est sa vie. Il vient de rompre avec Estelle, et il a mal. Très mal.

Tout avait bien commencé pourtant. Estelle était invitée à la même soirée que lui. Ils avaient sympathisé autour d’un verre, avaient plaisanté en observant quelques convives se dandiner gauchement au milieu du salon au son de la musique. Ils étaient allés directement chez elle en fin de soirée, un coup d’un soir avec une fille sympa, une fois n’est pas coutume. Il était reparti chez lui vers 4 heures du matin, après ce qu’il appelait à l’époque « une bonne baise ». Estelle était à l’aise avec lui, avec son corps et ne se prenait pas la tête.

Le lendemain, alors que ce n’était pas du tout prévu, il avait voulu la revoir. Au réveil, il avait pensé à elle immédiatement et aurait bien remis ça si elle avait été à côté de lui. Oui, mais elle n’y était pas et selon les codes actuels, il n’était pas question de dormir ensemble après un coup d’un soir. Ce serait s’engager bien plus que prévu, prendre un risque dont on ne pouvait pas savoir si l’autre y était prêt. Ce serait donner l’impression qu’on est désespéré et qu’on veut tout de suite s’installer avec un chien et des enfants. Non, il fallait y aller à petits pas si on ne voulait pas être pris pour un boulet.

La question ne se posait pas pour lui, car l’image qui lui avait traversé l’esprit n’avait rien à voir avec une vie de famille. Juste l’épisode 2 de ce qu’ils avaient commencé pendant la nuit.
La question était comment la recontacter sans mettre la pression ? il avait opté pour le plus direct, un message pour lui proposer de se revoir « un de ces jours » ce qui permettait de faire part d’une envie sans obligation ni urgence. Puis il avait attendu la réponse et le temps lui avait paru très long. Quelques heures plus tard, une réponse simple qui ouvrait simplement une porte sans rien promettre sur la suite. Ils avaient pris les choses comme elles venaient et cette période avait été merveilleuse.

Il n’avait senti aucune obligation particulière, rien que le plaisir de se voir, de passer du temps ensemble, souvent au lit, d’apprendre à se connaitre sans que l’avenir ne soit jamais évoqué. Les moments où ils se voyaient étaient magiques et le reste du temps, chacun vivait sa vie sans réellement penser à l’autre.

A quel moment avait-il commencé à vouloir plus ? A quel moment avait-il imaginé l’avoir à lui tout seul, et à se demander ce qu’elle faisait en dehors des moments qu’ils passaient ensemble ? Il avait commencé à se projeter et à élaborer des plans pour qu’elle soit tout à lui. Estelle ne semblait pas se projeter, refusait de répondre aux questions sur sa vie, ce qu’elle envisageait, comment elle voyait la suite. Quelle suite ? Pendant plusieurs semaines, il avait donc profité des moments avec elle, s’était abstenu d’en savoir plus, malgré sa curiosité.

Puis, un soir, alors qu’il sortait boire une bière avec un ami, il l’avait vue. Estelle était avec un homme et leur complicité ne laissait aucun doute sur la nature de leurs relations. Elle était vêtue d’une robe très sexy, fendue assez haut sur la jambe, portait des bas avec une ligne apparente sur l’arrière du mollet. Un style de vêtements qu’il ne l’avait jamais vue porter quand ils se voyaient. Il était resté interdit, s’était pincé, et avait passé une soirée affreuse à se demander s’il avait rêvé. Elle ne l’avait pas vu, ou du moins n’avait rien montré et il s’était immédiatement dit qu’elle avait l’habitude de mentir.

Puis tout était revenu en vrac, il avait connecté les événements qui jusque-là ne l’avaient pas alertés et avait compris. Lors de leur rendez-vous suivant, chez lui, il avait attendu un mot d’explication. Quelle explication puisqu’elle ne savait pas qu’il savait ? Il avait fait des sous-entendus, lui avait demandé où elle se trouvait le jour où il l’avait vue à la sortie de ce bar. Comme d’habitude, elle avait éludé la question et était passé à autre chose.

Il était si blessé, qu’il ne voyait pas comment lui dire ce qu’il avait vu et le mal que ça lui faisait. Puis, n’y tenant plus, il avait explosé et lui avait dit qu’il ne pouvait pas comprendre comment elle avait pu lui mentir à ce point, lui avait demandé combien d’amants elle avait en même temps, et depuis combien de temps elle vivait cette vie double, triple... il avait dit tout ça d’un trait, espérant désespérément qu’elle le détromperait mais sachant au fond de lui que non, ça ne se passerait pas comme ça. Il avait dit tout ça en sachant qu’il signait la fin de la relation, tout en espérant un miracle.

Estelle avait simplement ouvert des yeux étonnés, l’avait regardé dans les yeux, puis avait dit :
- Je ne t’ai jamais rien promis
Avait ramassé ses affaires sur le lit et était partie. Tout ça, aussi simplement et directement que lorsqu’elle était entrée dans sa vie.

Et là, il a mal, très mal.
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