Je l'attends

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J’attends à la maison qu’elle revienne.


L’opération devait avoir lieu hier et si tout allait bien ils la relâchait le jours d’après.


J’aurais pu aller la chercher à l’hôpital, « mais non ! » m’a-t-elle dit, « Tu as déjà ton travail, un Uber fera bien l’affaire »


Tu parles, mon travail ! Un temps partiel, un poste réservé pour les nœud-noeuds en fauteuil comme moi, inutile à la société et même incapable d’être le soutient nécessaire à leurs conjoints en de tel moment.


Alors je l’attends un rien coupable, même si il est vrai que ces choses là se font comme un rien de nos jours, même si ce n’est pas rien d’en avoir un en moins.


La tumeur était là depuis longtemps. J’ai eu beau tâter je ne les ai jamais sentie ces fameux ganglions, le médecin non plus d’ailleurs.


Elle aurait dû aller plus souvent au dépistage, mais on n’avait jamais le temps, toujours autre chose à faire.


De rendez-vous médicaux en rendez-vous de spécialiste, après une première tentative de chimio, l’ablation a été décidé.


Des mois de traitements pour rien


Les nausées, la fatigue pour rien


Mais la tumeur n’avait pas trop grossie, ni essaimée, alors ils ont décidés de trancher dans le vif.


Cela me fait froid dans le dos lorsque je regarde l’échantillonnage de couteau sur le meuble de la cuisine.


Du coup maintenant j’attends, j’attends ma moitié avec une moitié de sein en moins.


Je lui avait demandé « C’est l’occasion, faut voir le bon coté des choses, fais toi faire une prothèse, un truc énorme ! Je pourrais jouer avec... »


« Grand gamin ! » qu’elle m’a répondu, « on n’en est pas encore là. Pour le moment on me retire juste la tumeur, on verra après ce qui reste et ce qu’il faudra reconstruire. Et puis tu me vois avec un gros et puis un petit, je vais pencher sur le coté. C’est des mamelons, pas des ballons... »


Alors j’attends dans mon fauteuil. Je regarde le décompte des heures à la pendule de la cuisine, elle est ronde et blanche avec des aiguilles noires qui se déplacent lentement, trop lentement, comme moi.


J’ai appelé, le répondeur de l’hôpital m’a dit de patienter avec une jolie petite musique, c’est déjà ce que je fais lui ai-je répondu, mais sans musique, juste le bruit de mes rouages cérébraux qui broient du noir.


Je n’ose pas bouger, peur de la louper si elle revenait pendant que je pars, et puis en fauteuil aller à l’hôpital tient du parcours du combattant.


L’opération chirurgicale devait avoir lieu à l’hôpital.


Rien que du très banal.


« Tout va bien se passer, tu verras... »


Alors moi j’attends qu’elle revienne avec un en moins ou plus du tout, tout cela n’a pas d’importance du moment qu’elle revient !


Alors moi j’attends, j’attends, cela fait si longtemps que j’attends.


 

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M. Iraje · il y a
Une émotion partagée dans la sobriété des mots.
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Françoise Desvigne · il y a
Bien écrit , mes compliments Mathias.
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Mathias Moronvalle · il y a
Merci
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Tnomreg Germont · il y a
Beau texte très pudique qui ramène également les aidants, les proches sur le devant de la scène...Mes 5 voix
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Bécassine Bretonne · il y a
Magnifiquement pudique pour témoigner sous cet angle judicieux de ces moments douloureux d'attente pour elle, pour lui. Une connexion très touchante avec la femme qui partage sa vie. Délicieusement sensible et touchant. Mille merci
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Keith Simmonds · il y a
Une triste réalité pour tous ceux et toutes celles qui accompagnent les victimes du cancer ! Mon soutien ! Une invitation à venir soutenir Katherine la Combattante dans sa lutte courageuse et acharnée contre l’épouvantable maladie du cancer du sein. Mes remerciements d’avance !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/katherine-la-combattante

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Maia ROCA · il y a
Touchante attente, sans défaitisme et même un brun d'humour :)
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Utilisateur désactivé · il y a
Navrée que cette attente soit sans fin. Un texte plein de pudeurs qui raconte que les victimes ne sont seulement les malades, mais tout autant leur entourage. Un beau texte, sobre et qui sonne vrai. (avec quelques fautes d'orthographe :)) sans doute dues à l'émotion)
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Mathias Moronvalle · il y a
Merci, désolé pour les fautes, je suis très distrait, et leurs corrections nécessiterait que je retire le texte de la compétition puis que je le remette...