Jalousie

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L'émotion mal gérée, l'hyper sensibilité...difficile à vivre. Un exutoire: l'écriture. Mais je pense: rien d'extraordinaire, tous ceux qui ont ce besoin viscéral de coucher une histoire sur le  [+]

Image de Eté 2016
Il se tient bien droit sur sa chaise, tiré à quatre épingles, sa veste beurre frais est impeccable malgré la chaleur humide des tropiques. Chemise blanche légèrement déboutonnée sur son cou bronzé. Petite touche de négligé contrôlé. L’éclairage vacillant de la pièce projette son ombre un peu tremblante sur le mur. Un gecko furtif vient de passer en un zig zag vertical.
Ses mains tripotent ses couverts en argent sur la nappe blanche. Il explique. Elle ne le lâche pas des yeux. Il plaisante, ses paupières se baissent à moitié. Il la regarde. Elle rit trop fort, renverse sa tête en arrière. Autrefois je la faisais rire ainsi. Elle le questionne, se rapproche.
Elle part à la cuisine faisant voler sa robe légère. Les criquets déchirent le silence de leurs stridulations. Soupirs. Le ventilateur brasse l’air chaud. J’ai envie de m’éponger le front mais son visage à lui ne brille pas. Visage aux traits réguliers peau lisse et glabre, au teint légèrement cuivré. Des yeux noirs, vifs et intelligents. Nez fin au-dessus d’une bouche charnue, gourmande. Ses cheveux plaqués, parfaitement entretenus et fraîchement coupés. Il a presque vingt ans de moins que moi. La chaleur ne l’incommode pas. Je sens un fin ruisseau descendant de mes aisselles.
Il se tourne avec joie vers elle qui revient les mains chargées du lourd plateau, il est debout et la soulage du poids en lui frôlant les mains. J’ai dit un mot, je crois. Elle plonge ses yeux plein de reconnaissance dans son regard à lui. Lui me jette un œil furtif. Veut-il s’assurer que je n’ai rien vu ?
Elle porte un verre de vin à ses lèvre, elle le boit des yeux. Autrefois elle me regardait ainsi. Je prenais ce regard émouvant pour une promesse. Des papillons de nuits tournoient et se cognent maladroitement sur la lampe. L’un d’eux tombe sur la nappe immaculée. De ma serviette, je le chasse. Ma serviette tombe au sol. Sous la table les jambes rapidement reviennent sous leurs chaises respectives.
On s’extasie sur ce merveilleux repas. Je n’en goûte pas la saveur, néanmoins j’acquiesce. Je ne me souviens pas avoir déjà vu la robe qu’elle porte. Son décolletée est vraiment provoquant. Son maquillage agressif. Elle rit et elle rit encore. Il parle, il parle. Ses dents étincellent dans son visage à la peau mat.
Je n’ai pas faim, je serre les dents. Une araignée court le long de la plinthe. Le temps s’étire. J’écoute le bruissement des branches au dehors. Je manque d’air.
Nous nous levons pour un dernier verre sur la terrasse. Le banc étroit est pris d’assaut, il me reste l’un des deux fauteuils en face. Envie de vomir. Trop chaud. On a éteint toutes les lampes pour éviter l’invasion des insectes. Froissements, frôlements dans la nuit. Je suis obligé de proposer que tout le monde aille se reposer. Elle ose protester. Prudent, il se retire.
La chambre est étouffante. J’étouffe sous la moustiquaire, elle me tourne le dos et s’est déjà endormie. Je sais que je ne vais pas dormir cette nuit.

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