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J'ai ouvert la porte à un inconnu

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Un jour, alors que j’étais seule à la maison, à errer dans mon salon et mes pensées, quelqu’un a toqué à la porte. J’ai sursauté et essayé de me souvenir si j’attendais quelqu’un. Et non, je n’attendais personne. Discrètement, je me suis faufilée vers la porte d’entrée et j’ai regardé à travers l’œilleton. C’était un jeune homme que je ne connaissais pas. Il avait la tête baissée, les cheveux ébouriffés et les mains croisées derrière le dos. Il semblait trépigner d’impatience que je lui ouvre. D’un coup, il a levé les yeux dans ma direction. Lorsque j’ai capté son regard, j’ai subitement reculé la tête en retenant mon souffle. J’avais peur qu’il m’aperçoive ou m’entende respirer. Réalisant que c’était impossible – et heureusement – je l’ai regardé à nouveau. Et puis je suis restée là quelques instants, à me faire aspirer par le bleu de ses yeux. Mon corps tout entier s’est mis à flancher, mes pensées s’envolaient une par une sans que je ne puisse les retenir, mes lèvres ne se touchaient plus, tout paraissait en suspension. J’ai réussi à cligner des yeux, et par la même occasion à rattraper une question : qui est cet inconnu qui met tout en silence autour de moi ? J’avais peur et pourtant j’étais curieuse de connaître celui qui perturbait tous mes sens. J’avais une envie inquiète d’ouvrir la porte. J’ai dégluti entre deux respirations saccadées et ai saisi timidement la poignée avant de l’actionner d’une main tremblante. J’ai tiré calmement la porte vers moi en faisant un pas en arrière.

Nous nous sommes retrouvés face à face, les bras ballants et les yeux dans les yeux. Et là, une tornade s’est créée autour de nous, ou du moins autour de moi. Mon esprit s’est échappé, laissant mon corps vide et tétanisé. Son corps émanait une lumière verte hypnotisante. Je ne contrôlais plus rien, ma main moite s’est détachée de la poignée. Et puis, il a fait un pas en avant, m’a dévisagé et est entré sans rien dire, en me frôlant sur son passage. J’étais toujours paralysée. Je fixais le paillasson vide, pendant qu’il s’appropriait les lieux sans retenue. Il a posé ses bagages, s’est servi un verre d’eau et s’est allongé sur le canapé, le tout d’un calme déconcertant, alors que dans ma tête, les ronds devenaient carrés. Il a pris le contrôle de mon appartement et de tout ce qu’il contenait, y compris mon corps, mon esprit et mon cœur. Je n’y voyais plus rien ; tout était devenu flou autour de moi. Sauf lui. Ma réalité n’existait plus. Je ne savais plus rien. Je n’avais plus conscience de mes envies, de mes peurs, de moi.

Je me suis dirigé machinalement vers lui et me suis assise à côté, sans rien dire, sans rien pouvoir faire. Et puis j’ai ouvert ma poitrine, j’ai détaché mon cœur sans regarder et je lui ai donné. Sans qu’il ne demande rien. Sans savoir pourquoi. Il l’a pris, s’est levé et l’a mis dans sa valise. Il a déposé son verre dans la cuisine et a repris ses affaires. Puis il s’en est allé. Je l’ai regardé partir, démunie de tout mes sentiments. J’étais toujours assise.

Où est donc passée cette valise ?
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