J’espérais avoir fait le bon choix, mais … Va où tu veux et meurs où tu dois !

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Julien, 81 ans. Depuis 5 ans j'écris et Je remercie toutes celles et ceux qui par leur bienveillance et leur soutien, m'ont encouragé à poursuivre cette merveilleuse expérience. Je leur dois  [+]

C’est en 2012 que cette saloperie nous est tombée dessus, je ne devais pas laisser à Mathilde le temps de trop réfléchir. Âgés tous deux de 72 ans et retraités, il me fallut bousculer notre "tranquillité" habituelle en sortant plus souvent pour ne pas succomber à la déprime. En même temps, si cette saleté prenait le dessus sur le moral de mon épouse, c’eut été la catastrophe, alors je m’efforçais de toujours positiver, bien que...
Un mois après le diagnostique fatale, l’opération conservatoire du sein droit fut faite. La chimiothérapie n’étant pas envisagée, des séances de radiothérapie furent programmées. À chaque séquence j’accompagnai Mathilde, quand la séance avait lieu tôt le matin, nous en profitions pour nous changer les idées en allant faire un tour sur la côte ou ailleurs. Pour ne pas nous miner le mental, je nous interdisais de tomber dans la routine que crée cette maladie, c’est-à-dire ne penser qu’aux soins et parler du cancer toute la journée.
Durant les cinq années qui suivirent, la peur d’une récidive restait présente nos craintes se réveil- laient sournoisement et devenaient à chaque fois plus insupportables pendant l’attente des résultats des mammographies de contrôle.
Le temps couperet étant écoulé, la phrase tant attendue était enfin venue, l’oncologue qui s’était occupé de "nous" l’avait prononcée :
─ C’est terminé Mathilde, vous serez convoquée pour un contrôle une fois par an, mais soyez rassurée c’est fini... Après cinq années, la rémission est complète !
Devant le praticien, nous avions égoïstement savourer ce bonheur en silence chacun de notre côté, puis en sortant de son cabinet, dans les bras l’un de l’autre, nos larmes ont noyé nos rires... Bon-sang quel bonheur !

Les années ont passé et je n’ai toujours pas retrouvé le sommeil réparateur, je dors quatre à cinq heures par nuit... Mathilde de son côté reste inquiète et devient fébrile lors des contrôles annuels. Même si le dernier fait fin 2018 sur les deux seins n’a rien révélé, notre angoisse revient au galop à chaque fois.
Fin novembre 2019, une nouvelle mammographie est faite et nous prenons la nouvelle comme un coup de massue : le radiologue impose une analyse complémentaire du sein gauche... Les fondations à peine reconstruites s’effondrent à nouveau, si à la première thérapie tout s’est relativement bien passé, cette fois la peur du pire nous rejoint !
Nous repartons en guerre contre cette saloperie, mais cette fois, il me semble que tout se met à traîner, l’attente pour la biopsie ajoutée à celle de la réponse du laboratoire, prend deux mois... Deux mois pendant lesquels je dissimule au mieux mon angoisse pour ne pas alimenter celle de Mathilde, nous savons tous deux à quoi nous en tenir, mais nous n’en parlons pas. Je sais qu’elle aussi cherche à m’épargner.

Fin janvier 2020, c’est le sein gauche qui est opéré... Les différentes décisions et interventions intermédiaires telles que scanner et autres analyses utiles pour décider des soins à venir nous amènent à la mi-mars, juste au moment où la pandémie et le confinement font leur apparition !
Alors que dans les hôpitaux de France et partout dans le monde des milliers de morts s’amoncellent, des séances de radiothérapie vont obliger ma compagne à fréquenter presque chaque jour un milieu qui risque d’être plus pathogène qu’ailleurs pendant plus de deux mois !

La tumeur a été enlevée dans sa totalité et il n’y a pas de ramifications ganglionnaires. Mathilde a maintenant quatre-vingts ans et je me pose la question de savoir où se situe le plus grand risque, doit-elle faire les rayons et aller tous les jours au contact d’un potentiel Covid 19 en milieu hospitalier ou est-il possible d’éviter, voire de décaler le traitement ?
L’oncologue, nous informe que la radiothérapie qui fait suite à l’opération a pour but d’éviter une récidive de la tumeur et ne peut pas être reportée au delà de huit semaine de l’intervention. Bien que celle-ci ait été enlevée complètement, un évitement des soins risquerait d’entraîner la rechute et une ablation de la totalité du sein dans le futur... La décision nous appartient...
Parfaitement conscient du dilemme, c’est avec l’espoir de faire le bon choix que j’incite Mathilde à suivre les conseils du praticien !

Comme la première fois, je vais la conduire chaque jour à l’hôpital, les salles d’attente sont interdites aux accompagnants, alors j’attends sur le parking puis nous rentrons immédiatement : pas de virées possible confinement oblige ! Cette fois dans notre enfermement nous sommes en tête-à-tête avec le cancer jour après jour ! Au centre de soins, les craintes sont quotidiennes, les mesures de sécurité et de distanciation sont respectées, mais...

Les soins sont terminés et les résultats finaux sont satisfaisants, pourtant Mathilde s’est mise à tousser et sa température est montée crescendo... Tout est allé très vite... Moi, j’ai du mal à respirer et je me dis que nos âges ne nous laissent que peu d’espoir.
Aujourd’hui, on m’a autorisé à lui tenir la main, par-dessus son masque elle a ouvert les yeux et ils m’ont souri.
Ne le dîtes à personne, mais je dois être le seul à accepter cette saloperie de virus, car grâce à lui, là où elle va, je sais que je ne vais pas traîner à la rejoindre...
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