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J'aime les crêpes

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HerissonTapageur

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Ça n’était que sa main, ça n’était que ma cuisse, ça n’était qu’un long moment calme sur l’autoroute un soir d’été. Nous roulions vers la Bretagne pour deux semaines à Perros-Guirec, une façon de se retrouver tous les deux, un retour aux sources. J’ai fermé les yeux quelques instants pour sentir s’apaiser les tensions de la journée.
Le temps s'écoulait comme du sirop lent et chaud. Je voulais tellement qu’il touche mon corps. Mon ventre comme une plage bretonne effleurée par le vent brûlait au soleil de ses mains. Était-ce lui ou non, mais les yeux fermés, mon corps à l'écoute, j'ai senti sur mon bras quelques frôlements. Attiré par l’odeur des fruits sauvages, un korrigan en chasse s’avançait sur les terres vierges de mon débardeur. Il s’enfonça sous le tissu et trouva deux pommes sauvages qui se dressaient là. Tournant autour comme un chasseur subtil, il caressa de ses mains la peau moite. Il était étonné par ces fruits joufflus et fermes et montait dessus, fouillant caressant le galbe, appréciant le goût de ses lèvres. Mon cœur, sans se retenir, battait la chamade.
Je voulais qu’il aille plus loin et je l’attirai par des chants de fée, entre mes cuisses. J’y gardais pour moi quelques crêpes enroulées de dentelle. Il couru sur ma peau comme sur un tambour et me faisait frissonner de plaisir. Le petit lutin au sourire malicieux qui avait descendu des cascades de cheveux, par les crêtes, les coudes et les côtes, entama une danse chamanique sur les hauteurs des steppes, tournant et tapant des pieds. Mon cœur battait le rythme comme un tambour sorcier un soir de transe. Il s’approcha alors des rochers de granit rose, à plat ventre, cherchant les sources chaudes, étalant le beurre qui trempait les galettes bretonnes. Je soupirais doucement et passant ma langue sur mes lèvres, un gout de sarrasin m’occupait la bouche. Il se pencha en avant s’accrochant à un petit caillou poli et poussa un cri de joie « Mathilde ». J’ai ouvert soudainement les yeux quand Sébastien a pris la sortie d’autoroute. Le vent soufflait dans mes cheveux par la fenêtre entre-ouverte. Une petite fourmi remontait sur mon bras. Il a enlevé sa main de ma cuisse pour changer de vitesse. Je me suis tourné vers lui avec un sourire, interloquée et j’ai dit :
— Oui ?
— Tu penses à quoi ?
— Euh, des crêpes ?
— On roule sur l’autoroute et tu penses à des crêpes ? A-t-il demandé en fronçant les sourcils.
— Oui, pas toi ?

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