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Itinéraire d'une journée ratée

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Petit Antoine

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Ce matin je me réveille en pleine forme. Je prends un grand bol d’air et je remarque qu’à travers la persienne, les rayons du soleil frappent si fort qu’ils veulent sans doute s’inviter chez moi...

Le temps de reprendre mes esprits, je m’interroge sur le lever du soleil de si bonne heure. Je regarde l’horloge qui affiche 9h30. Mon réveil n’a pas sonné. Je dois être au boulot à 10h pour une présentation très importante sur laquelle je travaille depuis des semaines.

Je saute hors de mon lit. J’ai eu chaud cette nuit et je ne sens pas la rosée matinale. Pas le temps pour ma toilette, je me lave le visage pendant que mon café coule. Je le descends en quelques secondes à m’en brûler la langue mais je suis prêt à partir.

Ma voiture est en panne en ce moment alors je cours vers l’arrêt de transports en commun le plus proche de chez moi. Le bus est déjà arrivé. Je double mon allure alors qu’il démarre. Le chauffeur se rend compte de ma détresse et dans un élan de bonté, cesse sa course.

J’ouvre mon portefeuille et je m’aperçois que je n’ai pas de monnaie. Je n’ai plus resquillé le bus depuis mon adolescence mais aujourd’hui sera une exception. Il y a parfois des circonstances exceptionnelles auxquelles on ne peut déroger. La société ne m’en tiendra pas rigueur.

Le bus fait quelques mètres et je commence à reprendre mes esprits ainsi qu’à retrouver mon calme. Le bus est particulièrement rempli aujourd’hui et je dois me coller aux autres occupants de l’espace. Quelle chaleur humaine ! Cela donne encore un peu de relief à l’odeur de mâle qui émane de mon costume propre, ou qui l’était du moins, avant que je ne l’enfile sans m’être lavé et que j’improvise mon sprint.

Au milieu de cette foule humaine, il fallait que je tombe à côté de ma voisine de palier, celle que j’essaie d’approcher depuis déjà de longs mois sans vraiment savoir comment. Je pense qu’elle m’a reconnu lorsque je me suis approché d’elle. Toutefois, sa mine déconfite depuis une longue minute me fait prendre conscience qu’elle a l’odorat fin. Encore une qualité, qui me passe sans doute sous le nez.

Pour l’instant, ma seule priorité reste d’arriver en temps et en heure. Je jette un bref coup d’œil par la fenêtre et la route ne me semble pas être la plus opportune pour arriver à bon port. Je m’extirpe de mon espace confiné pour aller quémander des informations au chauffeur de bus. Selon lui, je me serais trompé de numéro. Dans ma précipitation, je ne me suis même pas demandé quel pouvait être le bus.

Je descends du véhicule et je cours vers un distributeur automatique dans l’intention de retirer des espèces pour prendre un taxi. Je travaille dans le milieu de l’environnement. Ma présentation à venir vise à concourir pour une augmentation de salaire. Pour l’instant, je compte les grains de sel et je dois creuser le fond de mon découvert en soustrayant quelques espèces, déjà en voie de disparition.

Il ne me reste plus qu’un quart d’heure pour arriver à mon bureau. J’hèle un taxi qui par un heureux hasard passe justement devant moi. La prise en charge de la course coûte trente euros, j’en aurai pour tout mon argent mais je serai à l’heure. Je me détends enfin.

J’aperçois à l’angle de la rue le bâtiment de toutes mes convoitises depuis presque une demi-heure. Je songe un instant au creux de mon oreiller. J’y serais bien resté blotti. Je suis toutefois au bout de mon cauchemar, à peine sorti de mes rêves.

Je remercie chaleureusement le chauffeur de taxi qui m’a permis de me sortir de cette situation que j’estimais inextricable. Je m’avance de quelques pas, à bout de souffle depuis mon premier bol d’air de la journée. Je me retrouve face à la porte de mon entreprise.

Elle est close. Je me souviens à l’instant que j’ai délibérément désactivé mon réveil hier soir. Mon patron est né le 29 février d’une année bissextile. En vertu de l’occurrence non récurrente de cet événement exceptionnel, tous les employés bénéficient gracieusement d’une journée de congé payé en ce jour.

Nous sommes le 29 février. Ma présentation n’aura lieu que demain. Il ne me reste plus qu’à m’endetter un peu plus auprès de ma banque et conduire mon costume au pressing.

PRIX

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Nadine Gazonneau · il y a
Il y a des journées comme ça ou rien ne se passe dans la logique du temps, il y a des jours comme çà ou chaque pas freine ton élan. Il y a des jours comme ça....J'ai adoré votre texte =1 de la part de Tilee auteur de "transparence" poésie.
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Scribo · il y a
Nouvelle assez drôle et trépidante ! La chute est bien réussie ! Bravo ! ;) +1
Voici mon oeuvre présentée en finale de la matinale des lycéens, si vous voulez venir faire un petit tour ;) : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/tournez-a-droite

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Yves Le Gouelan · il y a
Amusant, Petit Antoine deviendra grand.
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MissFree · il y a
un petit texte divertissant tout en finesse!
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Natachou · il y a
mon vote pour ce texte plein d humour
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Christophe66 · il y a
Merci patron et vive le 29 février.... mon vote pour cette histoire catastrophe. :-)
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Marie Amina B · il y a
Bravo pour cet enchainements de poisse que nous avons tous plus ou moins vécu, au moins une fois dans la vie pour les plus chanceux. Je revote pour vous. Si le cœur vous en dit, je vous invite à faire un tour sur ma page-mais sans courir :-)- pour y découvrir mes textes .
Bonne chance pour le concours

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Naliyan · il y a
Vif et bien mené.
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Dolotarasse · il y a
Un jour sans avec un début à cent à l'heure...
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DANY 14 · il y a
quand les évènements s'enchainent...Et lorsque tout celà est lié à de l'étourderie,c'est la catastrophe.Il ne vous reste plus qu'à aller vous recoucher,en
attendant un lendemain plus cool...Ce texte m'a amusé...

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