Introspective finale

il y a
2 min
5
lectures
1
C'est en traversant la rue que j'ai compris. Ce que j'ai longtemps recherché, tenté d'analyser. un concept que j'ai travaillé, raboté, peaufiné, décortiqué...

J'ai regardé à gauche, à droite, j'ai posé le pied sur le bitume chaud, chaud à cause du Soleil qui depuis trois jours chauffe plus que jamais. Cette année, record de chaleur, interdiction de sortir entre dix heures le matin et six heures le soir. Les pompiers sont appelés trop souvent, les policiers n'ont plus leur uniforme, seulement un caleçon et un gilet pare-balles. Les maisons de retraite utilisent toute l’électricité que les centrales nucléaires osent encore produire, on avait prévenu il y a onze ans qu'il fallait changer notre attitude...

J'ai posé mon deuxième pied sur la bande blanche qui se disloque de jours en jours. J'ai regardé mon ombre, replète, faible, recourbée comme le jeune homme que je suis, affaibli par la chaleur et le travail. Esseulé, fatigué, détruit à cause de son départ, sa fuite, sa fugue, je ne sais pas comment le qualifier. Il y a deux mois déjà que je me réveille seul, tous les matins, seul, perdu dans les draps, seul, sans le réconfort d'une présence, d'une âme pour me rassurer, pour me conseiller, pour m'écouter, pour chercher à me comprendre, et surtout pour valoriser mon travail. Voilà deux mois que je pousse la porte du bureau, que je me retrouve devant les deux étagères vides, vidées de ses livres de droit, de politique, d'élocution, de psycho. Voilà deux mois que, fuyant ce trou noir qui risque de me perdre, je me retourne vers mon bordel.

J'avance mon pied droit sur la deuxième bande blanche et je regarde le ciel, bleu, trop bleu, vide lui aussi, trop vide, sans avion, sans oiseau, sans nuage, le vide absolu. Mon bordel, des livres de socio, d'économie, e droit de l'individu, d'écologie, de papiers sans utilité particulière, remplis de schémas, de notes sans queue ni tête... Voilà deux mois que tous les jours je me renferme dans ce bureau, désespéré, annihilé...

C'est la première fois que je suis sorti depuis deux mois, et je suis là à soulever mon pied gauche, en tournant la tête, faisant confiance à mon cervelet qui depuis 26 ans me guide, moi et mes pas. Et alors j'ai compris, l'inutilité de mes recherches, l'insensé de ma pensée. Tout a disparu autour de moi, le passage piéton, le ciel vide, les barres d'immeuble, la voiture qui se rapproche à une vitesse alarmante, je suis tombé à genoux sur le goudron brûlant, vidé de tout espoir, un bruit de moteur, le cri du frein, l'attente de la douleur, le vide absolu, une main sur mon épaule, une voix qui rassure et le cœur qui s'arrête un instant, ou plus...
1
1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,