Intime conviction

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En un mot j'aime la vie ! Les mots doux, les mots chuchotés, les mots-valises ou les mots-clés. Et les partage  [+]

Image de Été 2020

Anne Hénard, la quarantaine flamboyante, longs cheveux noirs, presse le pas. Le cabinet d’avocat – l’un des plus réputés de Lyon – où elle travaille depuis sept ans n’est plus très loin. Sa démarche alerte et assurée trahit à peine le trouble qui s’insinue en elle. Depuis quelques jours, elle est suivie, elle en est sûre. Elle ne veut pas céder à la panique, mais ce chemin familier est devenu, jour après jour, un calvaire. Elle a bien essayé de changer d’itinéraire ou de passer par des traboules. Rien n’y fait. Elle a toujours cette même sensation, quelqu’un la suit. Encore quelques mètres sans se retourner. Enfin, elle pénètre dans le prestigieux cabinet A2H associés, design épuré, portes vitrées, mobilier griffé. Ici, elle se sent en sécurité.

Anne est avocate pénaliste. Son regard doux contraste avec une volonté de fer. Elle s’est peu à peu imposée dans le milieu des cours d’assises avec sa voix rauque de fumeuse et sa rhétorique fracassante. Habituée du crime, elle s’emploie à sonder les âmes de ses clients, s’immerge tout entière dans les histoires humaines que cachent les homicides, s’engouffre dans les failles des dossiers. Elle a traité de nombreuses affaires d’abus sexuels, défendu un ex-patron des « stups » accusé de trafic de drogue. Les caïds du grand banditisme s’intéressent à elle. Bref, c’est une avocate en vue.

Son associé, Henri Lacourt, l’accueille comme chaque matin avec un large sourire :
— Comment vas-tu, ma chère confrère ?
— Bien, mais j’ai mal dormi.
— Un petit café, bien serré, et ça ira mieux ! lui lance-t-il dans un grand éclat de rire.
Henri Lacourt, la cinquantaine, silhouette élancée, fines lunettes cerclées de rouge, pantalon de cuir, est un avocat atypique. Il a financé ses études de droit en vendant sur les marchés, puis a fait ses premières armes avec les voyous de Bondy. Il a un beau palmarès à son actif : grand banditisme, trafic de drogue, meurtres sordides… L’aplomb de cet homme, lucide et sans complexe, fait jaser dans le métier. Trompettiste à ses heures perdues, il aimerait bien jouer une partition plus intime avec Anne.
— Je voudrais un conseil sur une affaire.
Henri tend à Anne la tasse de café fumante.
— C’est l’affaire du petit-fils qui a poignardé ses grands-parents paternels, a déjà deviné sa collègue.
— On ne peut rien te cacher, sourit Henri.
Il connaît la suite. Anne va s’animer, trouver des angles nouveaux pour la défense du jeune homme. Henri Lacourt aime les fulgurances de sa jeune associée. À la recherche des détails qui peuvent faire basculer un procès, elle est toujours dans son élément.
— Toujours étudier les raisons du passage à l’acte, finit-elle par lâcher doctement. Elle est belle, littéralement absorbée par cette plaidoirie imaginaire.

La journée est passée aussi vite qu’un expresso. Quand elle rentre chez elle, épuisée, Anne croise Mathieu son voisin de palier.
— Bonne soirée, chère voisine.
— Travaille bien, Mathieu.
Anne a emménagé dans cet immeuble il y a quelques mois. Son voisin possède un charme discret, une voix fluette, presque enfantine, un regard limpide et timide. Elle ne sait presque rien de lui et ne l’entend jamais rentrer du travail. Pourtant tous les soirs, ils échangent quelques mots. Le parfum musqué de Mathieu flotte longtemps dans la cage d’escalier. Anne le respire avant d’engager la clé dans sa porte et de retrouver son appartement désespérément vide.

Le lendemain, en parcourant les deux kilomètres qui la séparent du bureau, Anne est étreinte de la même angoisse que la veille, que l’avant-veille et que tous les jours précédents. Elle est suivie. Cette fois, elle croit entendre les pas se rapprocher, une démarche feutrée et énergique, une odeur familière. Elle accélère, se met à courir. Dans sa poitrine, l’étau se resserre, creuse ses poumons, lui coupant presque la respiration. Surtout ne pas se retourner ! Elle se précipite dans le bel immeuble haussmannien qui abrite le cabinet. Ici, elle est en sécurité.

Aujourd’hui encore, Anne n’a pas vu la journée défiler, tout entière plongée avec Henri dans l’affaire Hélène Destrée dont le meurtrier n’a jamais été retrouvé. Henri a déjà résolu une douzaine de cold cases, mais là, il sèche. Toute la journée, ils ont planché sur cette affaire, remontant le cours des événements à la recherche du moindre indice. Elle éteint la lumière de son bureau. Une dernière photocopie, puis elle pourra rentrer chez elle. Le cabinet est plongé dans le noir, elle aime cette atmosphère paisible.

Clic, clic, le cliquetis de la porte d’entrée la surprend. C’est sûrement Henri revenu prendre un dossier. Les pas se rapprochent. Cette démarche, dans le noir, Anne croit la reconnaître. Quelqu’un fouille son bureau. Elle reste tapie près du photocopieur. Appeler la police ? Son téléphone est resté sur la table de son bureau. Elle est prise au piège. Elle s’approche sans faire de bruit. Un parfum musqué lui parvient. Cette silhouette elle la connaît.
Elle éclaire brusquement la lumière.
— Mathieu, que fais-tu là ?
Anne voit rougir son voisin, comme pris dans les phares d’une voiture, un bouquet de roses à la main.
— Je suis venu te dire…
Anne sourit :
— Entrer par effraction chez quelqu’un… Il va falloir que tu trouves un bon avocat !

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Françoise Desvigne · il y a
J'adore! Quel suspens !
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Isabelle Lambin · il y a
Ouf, on a craint le pire !
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ALYAE B.S · il y a
Waw, j'ai le souffle coupé. Vous avez gagné une nouvelle lectrice. Une invitation à venir découvrir mes textes. 😊
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Billy T. · il y a
Merci. j'irai découvrir vos textes.
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Elise Turon · il y a
Un bien joli suspens !
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Billy T. · il y a
Merci Elise
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Claire Arthus-Champon · il y a
Un bouquet de surprises, bravo
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Billy T. · il y a
Merci Claire
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Jeanne en B · il y a
Je pense que l'affaire est en bonne voie. Très sympa ! Et je retiens : La journée est passée aussi vite qu’un expresso... ça me plaît bien, bonne journée :-)
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Billy T. · il y a
Merci Jeanne. J'aime beaucoup le café... Bonne journée pleine de saveurs
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Daniel Nallade · il y a
Super !
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Billy T. · il y a
Merci.
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M. Iraje · il y a
Le dire avec des fleurs vaut quelquefois mieux qu'un long plaidoyer. Convaincu par la démarche ... !
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Billy T. · il y a
Merci M.iraje
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Paul Thery · il y a
"puis a fait ses premières armes avec les voyous de Bondy"... Hummm ! Je me sens visé ;-))
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Randolph B. · il y a
Excellent.
Anne. Lyon. Tu le fais exprès ! (je parle tout seul...)

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Billy T. · il y a
Eh eh l'histoire a l'air de vous parler
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Randolph B. · il y a
Tout à fait ! Merci !

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