1
min

Instant de vie

32 lectures

8

Les oiseaux se chamaillent, inlassablement, dans l’herbe éparse comme un duvet de mailles, herbe rongée encore par les flots de l’hiver. La lutte est sans merci, survivre ou mourir, il n’y a là qu’une devise ; la devise de la Loi du plus fort. Au-dehors, c’est le cruel sort qui nous attend tous. Je pousse le vice de regarder avec curiosité la bataille de plumes. Le combat est acharné mais il faudra trancher. L’un sera vainqueur dans l’heure ; l’autre, vaincu, se mettra à nu, dégonflé de fierté, amer d’entendre son estomac crier famine. Je me la joue fine. Ils ne doivent pas me percevoir. Ne pas passer entre les fins trous métalliques en inox de la passoire. Juste se gaver de cette vue comme se gaverait d’eau des bêtes dans un abreuvoir, air bestial, avachie sur le dossier d’une chaise dans l’attente insoutenable du dénouement. Victoire ! Je n’ai pas passé au travers du fin filet de la passoire et j’ai pu voir, la beauté d’un triomphe, dans les yeux noirs et malins, redevenus sereins, petits et sournois du merle-roi, qui trottine et se dandine devant la vaincue. Puis, l’envol. S’envole l’affreux, juste rendu coquet de son bec fluet et orangé. La merle en rage, semble faire une nage dans les parages du festin perdu à l’affût d’un autre met à se mettre dans le bec. Elle déniche dans un coin à demi-sec, une minuscule et faible gourmandise, s’en contente puis à son tour fait une bise d’adieu au sol généreux.
Moi, face à la vitre embuée, nez écrasé, je suis hypnotisée. Quelque chose claque derrière moi et me réveille enfin de ma torpeur. Retour à la réalité du dedans. Le clac, c’est la cheminée qui ronronne, un morceau de bois est tombé contre la vitre noircie. Le tic-tac du carillon se suspend un instant. Il sonne généreusement emplissant la pièce de sa mélodie. Mon chat miaule, contre moi se frotte, jaloux peut-être. Il veut une caresse. Je lui astique le poil de ma main, il ronronne alors plus fort que la cheminée et se met à me lécher vigoureusement dans sa langue râpeuse. Le pépère n’a rien vu du dehors. D’ailleurs qu’en sait-il entre les murs? Bientôt l’heure de sa boîte de pâté. Repas, non mérité. Il est grassouillet mon beau matou. Mais, lui, c’est ma compagnie de tous les jours. Il a au moins droit à ce privilège...

8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Claudine Lehot
Claudine Lehot · il y a
Peut-être que je les aurais séparés, c'est la loi de la nature. La solitude n'est pas simple à vivre.
·
Image de Dolotarasse
Dolotarasse · il y a
Un instant de vie pour combler sa solitude ! Et tant qu'on est curieux, attiré par quelque chose y'a de la vie.
·
Image de Marthe
Marthe · il y a
un moment furtif.. un moment de vie.. je retiens que si les oiseaux se battent pour se nourir nous les humains nous battons et nous battrons longtemps encore hélas pour tout.. j'ai lu, j'ai aimé, je vote pour vous, bravo.
·