Inspire. Expire.

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Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire. Expire. Ouvre les yeux.

Je suis toujours là. Cet endroit... Je le hais. Partir, oui. Mais comment ? J’ai beau faire des visites, laisser mon dossier, les propriétaires ne veulent pas de moi dans leur appartement. Cela commence à être long. J’étouffe ici, sa présence hante les lieux. Je vois les traces de ses mains, de ses pieds, sur les murs, le sol, les meubles, partout. Il a pris possession de ce studio par de simples touchés. Il a noirci ce lieu avec ses traces. Ce lieu qui été mon échappatoire est devenu ma prison par sa faute.

J’étouffe. Respirer devient impossible.

La fenêtre est ouverte mais l’air ne rentre pas, cet endroit est trop pollué. Les dizaines de purifications n’ont même pas réussi à éclairer cet endroit. J’ai changé les meubles, le lit. Mais sa noirceur s’est imprégnée dans les murs. Les murs, je ne peux pas les changer. Je vois encore son ombre grandissante s’affalant sur mon corps frêle lorsque je vais me coucher.

Dormir devient impossible.

Je ne compte plus les nuits blanches. J’ai maigri, mes joues sont creuses, mes mains tremblantes. Je nage dans mes vêtements. Eux aussi, ils me dégoûtent. Refaire ma garde-robe oui, mais avec quel argent ? J’ai économisé juste assez pour un nouvel appartement, je ne peux pas mettre cet argent dans des vêtements. J’aurai tout le temps qu’il faut pour ça plus tard. L’urgence est de partir d’ici. Au plus vite.

Sa noirceur m’étrangle. Pourtant, il n’est pas là. Il est loin. Mais tout de même.

Je suis enchaîné ici, pendant que lui mène sa vie comme il l’entend. Qui sera sa prochaine victime ? Qui va-t-il emprisonné ? Je ne peux pas les prévenir, je n’ai plus de voix, plus de forces. Je me terre dans ma solitude, je tombe peu à peu dans le gouffre. S’accrocher devient de plus en plus difficile, les parois sont de plus en plus lisses, bientôt, je n’aurai plus d’accroches.

Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je n’y arrive plus, il hante mon esprit autant que mon corps. Je sens encore ses mains sur mon corps sans défense, immobilisé par la peur, le choc. Comment a-t-il pu ? Pourquoi lui ? Lui que j’aimais tant, j’étais prête à tout pour toi, pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi m’as-tu empoisonné ? Tu m’as condamné.

Respire. Respire. Respire. Ferme les yeux.

Me laisser couler. Est-ce là ma seule échappatoire ? Comment puis-je m’aimer de nouveau ? Comment puis-je aimer de nouveau ? Il fait si noir, il fait si froid. Et toi, tu continus ta vie, comme si de rien n’était. Moi, je coule. Bientôt, je verrai le fond. N’ai-je donc pas d’autres portes de sorties ? Est-ce la seule issue possible ? Dois-je lâcher prise ? Peut-être est-ce la seule solution. Peut-être dois-je me laisser couler. Après tout, personne ne me croit, le monde me tourne le dos. Il faut partir.

Respire. Respire. Respire. Stop.

Quel est ce bruit ? Ouvre les yeux. De la lumière. Une main. Prends-la avant qu’il ne soit trop tard.

Respire. Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire. Expire.

La voilà, l’issue que j’attendais. Je suis blessée, gravement, pardonne-moi. Je n’ai pas grand-chose à offrir, j’ai besoin de repos, j’ai besoin de respirer à plein poumons de nouveau. Tu ne me demandes rien. Tu n’attends rien de moi. D’accord. Je comprends. Respirons ensemble.
Inspirons. Expirons. Inspirons. Expirons. Inspirons. Expirons. Existons.
Je te suis. J’arrive. Pas trop vite ! Laisse-moi reprendre mon souffle. Je suis là. Allons à droite, je sens que c’est le bon chemin. Non pas par-là, ils vont te blesser, regarde, ils ont les cornes du diable. Oui, nous y arrivons. Ce chemin me fait peur, mais avec toi, ça devrait aller.
Regarde là-bas ! Ils viennent nous aider ! Nous allons y arriver. Oui, je crois en toi, en moi, en nous. Nous sommes fort tous les deux, nous irons jusqu’aux sommets. Vite. Franchissons cette porte et fermons la pour toujours. Nous sommes eux maintenant, tout va bien. Fermons cette porte.

Clac ! Jetons la clé.

Respire. Respirons. Existons.

« Bravo. Tu as réussi. Je suis si fière de toi. Regarde ce que nous sommes en train de construire, plus personne ne peut t’atteindre dorénavant. » Je sens encore sa présence, mais il disparaît peu à peu. Il peine à me hanter la nuit. Je suis parti de ma prison. Il m’en a libéré. Lui, cet ange tombé du ciel. Il m’a sauvé, je l’ai sauvé.

Parle. Souris. Rigole. Partage. Vis.

Aime.
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