Insomnies

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« La poésie est cette musique que tout homme porte en soi » William Shakespeare Je rajouterai bien sûr «  et femme ». Bonne lecture à tous.  [+]

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L'impact des gouttes sur le métal réveilla Luc en sursaut. Le réveil indiquait 4h du matin. Il essaya de se rendormir, tourna et retourna dans tous les sens, mais la pluie battante sur cette vieille réserve d'eau l'énervait vraiment. Il finit par se lever en essayant de ne pas réveiller Sophie qui dormait profondément.

Il sortit doucement de la chambre, se rendit à la cuisine, se fit une tisane d'aubépine qu'il dégusta à petites gorgées. Les somnifères qu'il prenait depuis quelques semaines n'avait pas beaucoup d'effet sur lui. Il se réveillait de plus en plus souvent au milieu de la nuit. En tout état de cause, une tisane ne pouvait pas lui faire de mal. On n'entendait aucun bruit venant de la rue à part cette maudite pluie qui durait depuis plusieurs jours.

Sa tisane terminée, Luc se dirigea vers la bibliothèque afin de lire un peu. Parfois, au bout de quelques pages, il finissait par s'endormir dans son fauteuil. Et s'il n'arrivait pas à se rendormir, il continuait l'écriture de quelques affaires insolites qu'il avait eu à résoudre ces dernières années.

Luc était officier de police judiciaire. Son métier n'était apparemment pas étranger à ses insomnies. C'est en tout cas ce que lui avait dit le médecin du travail qui lui avait interdit formellement de continuer à travailler de nuit.

Luc remarqua une énorme flaque d'eau dans le couloir. Décidément, il fallait absolument qu'il trouve le temps de téléphoner au couvreur pour examiner ce toit. Sophie et lui avaient acheté cette maison trois mois auparavant . Un coup de cœur pour cette ancienne maison de maître. Ils savaient qu'il fallait la restaurer, que cela leur demanderait beaucoup de temps, un investissement financier conséquent, mais le toit leur avait paru en bon état. Çà n'était visiblement pas le cas.

À l'approche de la bibliothèque, Luc vit un rai de lumière sous la porte. Il lui semblait pourtant qu'il avait éteint la lumière la veille au soir. Mais sa mémoire lui faisait de plus en plus défaut ces temps-ci. En ouvrant la porte, il sentit immédiatement l'odeur du tabac. Ni lui ni Sophie ne fumaient et cette odeur l'alerta.

Mais il n'eut pas le temps de réagir et sentit un coup violent sur la tête. Il perdit connaissance.

Lorsqu'il revint à lui, Luc était ligoté dans son fauteuil et du sang coulait sur son visage. Il aperçut une personne qui lui tournait le dos. Elle portait une cagoule et ouvrait un à un tous les tiroirs du meuble bibliothèque. Il se demanda ce qu'elle pouvait bien chercher ainsi. Il n'y avait rien de précieux dans cette pièce. Il n'osait pas bouger et referma les yeux afin que l'intrus ne s'aperçoive pas qu'il était à nouveau conscient.

Après les tiroirs, Luc entendit des bruits de papier suivis de bruits sourds. Il comprit que le voleur s'attaquait aux livres, les ouvrait les uns après les autres puis les jetait au sol.

Luc remarqua le souffle court de l'intrus et son agitation grandissante à mesure que le temps passait. S'il devait examiner tous les livres présents dans cette pièce il en avait pour plusieurs heures pensa Luc. Et il risquait de s'énerver.

Luc sentit peu à peu l'angoisse l'envahir. La nuit lui apparaissait tout à coup dangereuse et interminable. Il appréhendait le moment où Sophie se réveillerait. Elle avait l'habitude de lui apporter le café en se levant lorsqu'elle constatait qu'il avait passé la nuit dans la bibliothèque. Que se passerait-il si elle arrivait soudain à l'improviste? Il fallait trouver le moyen de se sortir de ce mauvais pas. Comment avertir Sophie du danger? Comment réussir à se libérer? Les cordes qui lui liaient les poignets étaient très serrées, impossible de se dégager sans faire du bruit.
Il réalisa avec angoisse qu'il était dans l'impossibilité d'agir. Cela lui était insupportable.

Mais enfin que cherchait cet individu? S'il avait voulu de l'argent, des bijoux ou sa carte bleue il y a longtemps qu'il l'aurait roué de coups pour avoir les informations nécessaires. Non, ceci ne l'intéressait visiblement pas. Alors? Le temps passait et le cœur de Luc battait de plus en plus vite. Il sentait que son angoisse devenait de plus en plus insoutenable et pouvait devenir vite ingérable.

Luc essaya de se calmer et de rassembler ses idées. Après plusieurs tentatives il reprit son calme et parvînt à relâcher ses muscles qui lui faisaient de plus en plus mal. Lorsqu'il réussit à réfléchir un peu, il comprit que seul le contenu du meuble intéressait l'intrus. Or, ce meuble et les livres qui le remplissaient faisaient partie de la vente de la maison. Il n'avait pas encore trouvé le temps d'en faire l'inventaire, l'aménagement et son travail ayant pris tout son temps depuis leur arrivée dans cette demeure.

Les propriétaires précédents étaient partis en maison de retraite. Lui, était un ancien psychiatre. Elle, une enseignante de lettres. Des gens ordinaires, quoi. Que possédaient donc ces gens qui intéressait autant ce voleur?

Luc entendit l'horloge qui sonnait 7h. Sophie venait de se lever, on l'entendait marcher dans la chambre située juste au dessus de la bibliothèque, il fallait qu'il fasse quelque chose. Mais les pas de Sophie et la sonnerie de l'horloge surprirent le voleur. Luc entendit la fenêtre s'ouvrir. Plus un bruit. Il ouvrit prudemment les yeux, il n'y avait plus personne dans la pièce.

Cherchant comment se détacher, Luc se souvint qu'il existait à côté de la cheminée un cordon relié à une cloche qui se trouvait dans leur chambre. Un vestige du passé qu'il réussit à atteindre après bien des efforts. Enfin, il le saisit avec ses pieds et le tira de toutes ses forces.

Sophie sursauta en entendant la cloche. Elle accourut voir ce qui se passait dans la bibliothèque. A la vue de Luc, elle se précipita pour l'aider à se libérer.

Une fois soigné et remis de ses émotions, Luc téléphona au commissariat et à l'équipe scientifique pour les prélèvements d'empreintes et d'ADN. Après le départ des équipes, Luc et Sophie attaquèrent le rangement de la pièce. Ils en eurent pour des heures à inventorier et à ranger tout ce chantier. Ils ne trouvèrent rien de spécial parmi les livres.

En examinant plus attentivement le meuble, Luc se rendit compte que le meuble disposait d'un double fond. Une cachette imperceptible. Un minuscule loquet caché dans un pied permettait de l'ouvrir. À l'intérieur, un cahier d'écolier. Uniquement un cahier d'écolier.

Était-ce cela que cherchait le voleur?

Sophie et Luc s'installèrent pour en prendre connaissance. La couverture du cahier portait une seule inscription, un grand X écrit à la main et à l'encre rouge.

Première séance avec X. 2 mars 2010

X est venu consulter seul. N'a pas de médecin traitant. Ne veut pas dire son nom. Ne veut pas dire son âge. 30 et 35 ans peut-être. Il est assis droit sur sa chaise. Une personne ordinaire, charmeuse, mais qui a du mal à fixer son regard. Agressivité sous-jacente si les questions posées dérangent. Semble vouloir diriger l'entretien....

Deuxième séance.10 mars 2010.

X est venu en consultation sans rendez-vous. Est très agité et incohérent. Entretien difficile....

Page après page, l'horreur remplaça l'incrédulité. Luc et Sophie comprirent soudain qu'il s'agissait de séances d'accompagnement psychiatrique d'un tueur en série. Tous les entretiens avaient été consignés, les meurtres retranscrits scrupuleusement avec tous les détails les plus sordides que l'on puisse imaginer. Au fil des entretiens, il s'aperçurent que le psychiatre tentait de le convaincre de se rendre à la police, en vain.

Huitième séance. 9 juillet 2010.

X n'est pas venu au rendez-vous. Jamais revu.

Jamais, durant sa carrière de policier, Luc n'avait été confronté à une telle violence. Et pourtant, il en avait vu des pervers dans son métier. Mais là...Un silence lourd s'installa. Soudain Sophie partit en courant. Prise de nausées, elle alla vomir dans les toilettes.

Comment un psychiatre avait-il pu oublier ces notes ? Pourquoi les cacher ainsi? Qui était la personne qui cherchait ce cahier? Le tueur lui même? Mais il n'avait rien fait à Luc à part un coup sur la tête relativement bien maîtrisé d'ailleurs. Un complice ? Comment savait-il où chercher? Enfin, qui pouvait bien être ce monstre?

On ne retrouva ni empreinte, ni ADN qui soient exploitables. Cependant l'enquête révéla que le psychiatre était atteint de la maladie d'Alzheimer. Lorsqu'on tenta de l'interroger, il ne reconnut ni le cahier, ni son écriture. Il avait complètement oublié X.

Des questions, uniquement des questions, allait hanter Luc pendant des semaines aggravant sérieusement ses insomnies.

À ce jour, le tueur est toujours dans la nature.
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