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« Les soifs non étanchées, les appétits insatisfaits, les frissons, les fatigues, les insomnies... »

Au quartier à l’heure où les chats ont déserté, je scrute le ciel. La tête dans les brumes, plus que dans les étoiles.

Je ne dors pas. Je ne dors plus.
Je ne veux plus dormir.

Comme avant.
Et comme avant, avant.

Chaque nuit, je rêve éveillée de faire la peau à Morphée.

A force, c’est vrai, mes paupières brûlent, mes cernes me creusent et mes traits durcissent mon visage de Pierrot.
Le masque de la journée à l’épreuve du temps, tout fissuré.

Mais je tiens.

Je m’accroche encore, suspendue quelque part entre la veille qui meurt et le lendemain, pas encore né.
Acrobate nocturne, hors du temps, lovée sur le balcon ou sur un banc, j’allonge les nuits, je repousse les jours, j’éternise l’encre du ciel comme si c’était celle de tes yeux.

De l’autre côté des murs, il y en a qui rêvent. Il y en a qui mentent. Qui soupirent. Qui tuent l’ennui, qui enterrent la nuit, qui se perdent ou se consolent dans le corps d’un autre.
En quête de jeux, en quête de leur « je ».
Qui espèrent le trouver au fond d’un regard, d’une bouteille de sky, et qui couchent leurs mots pour crever leurs maux.

Au loin, le PMU dégueule d’insomniaques aux verres jamais vides et de poupées sans âge, sans vie, sans joie.
Sauf le nom.

J’entends les sons, je perçois les voix, les mensonges mêlés de promesses qui gémissent en écho aux quatre coins de ma tête.

Je devine la suite.

Je connais la suite.

En flash-back le goût de tes lèvres, la chaleur de tes mains à même mes reins, les va-et-vient qui fracassent nos carapaces, nos je t’aime-pansements, notre lâcher-prise.

Pendant ce temps, les blocs de bétons déchirent l’horizon à perte de vue. Les mêmes tours ternies de notre enfance, tâchées de souvenirs, laides et rassurantes.
L’odeur des pots d’échappement suffoque le soir d’été. Mes talons claquent, la cigarette brûle.

Le bitume sent le soufre.

Les barres crachent amertume et désespérance.

La nuit colle à la peau.
La nuit colle à ma peau.
Toujours.

Passé une certaine heure pourtant, on capitule. On cesse de se battre, on rend les armes.

Passé six heures, perdu pour perdu, le sommeil nous cogne, nous cueille, plus rien n’est grave.

Même si tout l’est.

Je ne dors pas. Je ne dors plus. Je ne veux plus dormir.
Je ne dors pas. Je ne dors plus.
Je ne veux plus dormir.

Mais chaque matin, je renais.

PRIX

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A.A. · il y a
Chaque jour, Chaque nuit, chaque matin. Chaque jour, chaque nuit, chaque matin...ça prend là où ça fait tambour
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Déborah Locatelli · il y a
;-)
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Valoute34 · il y a
Très beau texte, poétique, inspiré. Bravo !
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Virgo34 · il y a
Tellement poétique... avec les répétitions et les images.
Ombrecito est en finale de le Matinale et espère vous voir confirmer votre soutien. Merci pour lui.

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JPM · il y a
Minuit finit par se lever...
Ecriture ciselée
J'aime bcp

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Madeleine Duval · il y a
plus complexe que l'on pense ,j'ai aimé
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Caroline Iwik · il y a
Il y a quelque chose d'à la fois si simple et si complexe entre tes points. Ca prend aux tripes.

"Bientôt minuit, l'heure préférée de l'insomnie, elle vient, se glisse sous la couette, nous chatouille les orteils, oublions les fourmis, c'est bien elle qui monte puis remonte, comme la petite bête d'une de tes histoires. L'insomnie nous démonte. Les os, les yeux, les rêves. Oui, l'insomnie se réveille, nous tient les hanches, nous fout quelques coups de reins, il nous faut croire que la suite sera orgasmique. L'insomnie s'éveille, il fait froid, et ce courant d'air vient nous rappeler à quel point nous sommes vivants."

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Déborah Locatelli · il y a
Merci. ..C'est une citation de qui.?
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Caroline Iwik · il y a
C'est un extrait d'un texte que j'ai écrit il y a quelques temps, que tes mots m'ont donné envie de partager.
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Déborah Locatelli · il y a
Merci. ..Il a l'air vraiment beau ce texte.
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Caroline Iwik · il y a
Merci à toi aussi. C'est vraiment une sensation agréable de tomber sur des mots dont les tangentes convergent dans la même direction.
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Rafistoleuse · il y a
Oh mais j'adore. J'adore tes images, tes métaphores, ça me parle tellement, tellement.
En voyant mon commentaire sur les Montagnes Russes, je me rends compte que j'étais déjà tombée amoureuse de ton écriture il y a dix mois...
Mais comme je suis un poisson rouge hein...

Bref je suis comme Zenso, admirative.

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Déborah Locatelli · il y a
Mon pseudo était Nadia avant...C'est pour ça. Merci pour la relecture...
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Rafistoleuse · il y a
Oui j'ai vite compris, j'ai vu des "Nadia" partout dans les commentaires :p
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Déborah Locatelli · il y a
A oui..forcément c'est un faisceau d'indices concordants!;-)
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Rafistoleuse · il y a
Miss Holmes, je te dis ^^'
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Zenso · il y a
Celui-ci aussi est top.
Je suis vraiment admiratif.
Je reviendrai.

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Déborah Locatelli · il y a
Avec plaisir. ..Revenez quand vous voulez. :-)
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Pierrot · il y a
Un cri / une nuit / une déchirure / l'insomnie / et l'espoir au bout du compte
:-)) touchant

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Déborah Locatelli · il y a
Merci Pierrot...
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Keith Simmonds · il y a
Ne t'en fais pas, Deborah! Bonne continuation! Mon poème, FROIDEUR, est en compétition pour le Grand Prix Haïku Hiver 2016!
Je t’ invite à venir le lire et le soutenir si le cœur t’ en dit. Merci!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur#vote-form

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Cyclamën Animae · il y a
Une écriture poétique et plus encore, en vagues successives. Et puis une toile de fond trop chouette aussi. Enfin, voilà. J'aime beaucoup.
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Déborah Locatelli · il y a
Merci Cyclamën..
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