INONDATIONS

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Je commets de la poésie, ensuite des récits et des histoires courtes, des notes de lecture et d'écoute de CD, enfin des nouvelles, elles aussi courtes. Je n'ai pas demandé à écrire, mais je  [+]

Ronan habite en Finistère, dans les Monts d’Arrée, dans un village près de Pleyber-Christ. De chez lui, il voit les sommets : Roc’h Tredudon, Roc’h Trevezel et la Montagne Saint-Michel. Quand il veut prendre l’air, au plus près de chez lui, il pousse vers Le Cloître Saint-Thégonnec et les Landes du Cranou. Dès qu’il monte, son regard averti embrasse un panorama immense. Pourtant la Bretagne ne culmine qu’à 391 mètres, plus la hauteur de l’église rivée au plus haut de son sommet. Rivée est un euphémisme, car là-haut, il y a toujours du vent. Alors autant dire que lorsque la tempête venue de l’Atlantique souffle, il est jugé inutile et prétentieux de vouloir porter un couvre-chef !

Ronan travaille à Morlaix, vingt-huit kilomètres plus bas vers le Nord, à ras du niveau de la mer. Autrefois, le port de Morlaix voyait partir et revenir des navires de commerce et des bateaux de pêche. Aujourd’hui, ce sont des bateaux de plaisance qui le remplissent et ils bougent moins que leurs ancêtres nourriciers. Les temps ont changé.

Il y a quelques années, après des semaines de pluie, la basse ville avait été inondée, comme toutes les autres villes Bretonnes habituées à subir les affres des longues et intenses périodes de pluie, notamment Quimperlé, Quimper, Châteaulin, Pontivy et Redon. Et maintenant que le niveau de la mer augmente, ces inondations sont plus fréquentes, puisque l’eau des fleuves et des rivières de la région se heurte à la marée montante. Mais en raison de la géographie et de la constitution du réseau hydrographique de Bretagne, seule l’eau tombée sur la Bretagne dévale dans les ruisseaux, puis les rivières, pour en grossir le flot de façon assez rapide et assez intense.

En ce début février, Ronan a effectué un déplacement à Paris et au Havre. Son arrivée à Orly lui a permis de survoler des zones inondées, puis parvenu au cœur de Paris, chez des amis pour la durée de son séjour, il a vu, de ses yeux vu, la Seine déborder de partout, de cette eau venue des montagnes, là-bas, si loin.

Puis, au travail, il a survolé en hélicoptère, l’aval de Paris, entre Rouen et le Havre. Le spectacle lui a mis une boule au ventre : il a vu au plus fort de la marée montante, la vague haute et puissante du mascaret contrecarrer le courant théoriquement descendant de la Seine, et détourner l’eau du fleuve par-dessus les quais, les digues et les protections additionnelles ; presque quatre semaines après les énormes chutes de neige sur les massifs montagneux alimentant les affluents du grand fleuve.

Et même si ces fortes crues ne sont pas les premières, ni les plus dramatiques de l’histoire, Ronan a compris que la conjonction du changement climatique et de l’augmentation du nombre de constructions urbaines en proximité des fleuves, ne fera qu’accroître ces terribles phénomènes et leurs conséquences pour les victimes.

Au retour dans ses Monts d’Arrée, certes socialement un peu perdus en comparaison de la vie frénétique des grandes villes disposant de tous les loisirs à portée de main, Ronan s’est dit qu’aller prendre l’air agité de ses petits sommets Armoricains valait tout l’or du monde. Même si parfois, il peste contre le manque de soleil.
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F. Gouelan · il y a
Je suis d'accord
Ça vaut tout l'or du monde