Inhumaine humanité.

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Lucie, 20 ans, humaniste et passionnée d'écriture  [+]

Quand je l'ai rencontré la première fois, ses yeux m'ont de suite frappée. Ils étaient si clairs qu'on les eut dit vides de toute émotion. Il suffisait pourtant d'y plonger le regard pour tout savoir. Sûrement trop dure à partager par la parole, l'histoire de cet homme se lisait dans ses yeux.
Il me regardait avec insistance, le seul mouvement qu'il osait faire étant de cligner occasionnellement des yeux. A l'affût, on eut dit qu'il attendait que je fasse le premier pas pour décider s'il devait se fier à moi ou bien me fuir.
Ses sourcils formaient des rides de peur sur son front noirci par cette difficile existence. Quelques mèches de cheveux aussi noires que son histoire dépassaient légèrement de son bonnet de fourrure. Le reste de sa chevelure tombait sur ses épaules, auxquelles s'était tant de fois raccrochée sa famille à bout de force. Une larme rouge vif au bout de son nez alla se réfugier dans sa large barbe.
Il ouvrit la bouche pour tenter de communiquer mais la referma avant que le moindre son n'en sorte. Il osa alors un mouvement. Il saisit maladroitement, en tenant d'empêcher sa main de trembler, le collier qui pendait autour de son coup. Il l'ouvrir et me le tendit. Au milieu de la saleté se trouvait une vieille photo d'une femme avec deux enfants, et une adresse.
L'avantage d'avoir tout perdu, c'est qu'après tout on a plus rien à perdre. On peut se fier à la première gamine qu'on croise pour peu qu'elle ait l'air de comprendre. Mais comment je pouvais l'aider moi ? Sans voiture, sans argent, sans téléphone ? On ne vit pas si on n'a pas un peu de tout ça dans ce pays.
Il esquissa un sourire quand je lui fis signe de me suivre. Nous remontâmes la rue dans un silence qui voulait dire beaucoup.
La suite des événements se déroula si vite que je n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Une voiture de police s'arrêta à notre hauteur. L'homme me prit la main par réflexe et s'enfuit en courant avec moi. C'est bizarre l'instinct dans de telles situations, le mien m'aurait plutôt poussé à m'arrêter et lever les mains en l'air. Mais il veut dire beaucoup cet instinct. Il révèle qui on est vraiment, de celui qui tente de protéger ou de l'autre qui laisse agir.
Le policier se jeta sur lui, puis m'aida à me relever. Pourquoi ? Parce que je n'ai pas la peau sale, pas de barbe et pas de famille à protéger ? En quoi vouloir avoir une meilleure vie est-il un délit ?
Suivant mon nouvel instinct, je me jetai sur le dos du policier, et l'homme s'enfuit. Si vouloir aider et protéger est contre la loi des Hommes, alors je choisis la loi de l'humanité.
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