Inferno 40

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Entre Edward Hopper et Norman Rockwell... De Haydn à Aerosmith... Voici mon univers, à vous de l'aimer ou...pas  [+]

— Hey ! Psss ! 77 ? T’es de 77 ?
Je cherche d’où vient cette voix lointaine, quasiment d’outre-tombe.
— Oh, n’aie pas peur, t’es de 77 ou pas ?
— Euh, oui...
— OK, ne bouge pas.
Une rame de RER A arrive. Elle est vide celle-ci, on est bien loin des heures de pointe. Tous en eau, ruisselants, au milieu des effluves et des sacs trop lourds en fin de journée dont on ne sait que faire.
— Monte.
La voix est si impérieuse que je ne peux résister. Je m’exécute.
— On a le même âge, non ? Alors on va fêter ça. Rien que toi et moi.
Je suis prostrée. Je n’ose faire un mouvement.
Les voitures sont vides, il n’y a que moi et, cette voix. Quelqu’un met de la musique. C’est le morceau que j’écoute en ce moment... Un truc de dingue est en train de se produire. Disco Inferno par Perturbator. Pour le côté perturbator, je vais être servie !
Le train démarre, à petite vitesse tout d’abord. Je peine à me raccrocher à ce que je connais, mon œil tente d’apercevoir quelque chose, un point de repère sur le quai, mais je ne vois rien, tout est plongé dans l’obscurité. On a encore trafiqué les caténaires?! J’en ai même oublié à quelle station j’étais montée. Je viens simplement de mettre ma vie entre les mains d’une Voix.
— Ce soir, c’est notre soirée, reprend la voix. Ne l’oublie pas, alors CHAMPAGNE !!!!!
Des bouteilles de champagne surgies de nulle part se mirent à exploser de chaque côté du wagon, les unes après les autres comme des dominos. Un spot de lumière accompagne ce mouvement libérateur créé par le bouchon de champagne. Au fond de la voiture, un tableau lumineux s’allume : Happy Birthday Angie ! écrit en rouge sang. Je commence à me prendre au jeu. Le train amorce une sérieuse accélération, je me rattrape au mieux à un siège qui se trouve là.
Le train a perdu le contrôle. Et cette voix , je ne l’entends plus, suis-je seule ?
— Tu n’as pas peur j’espère ? Tout va bien aller. Mais on a 40 ans tous les deux et c’est avec toi que je voulais fêter cela. Accroche-toi on va décoller.
Et à cet instant précis, ce sont mes pieds qui se sont décollés du sol une nouvelle fois, à plat dos j’étais désormais. Sonnée. Éberluée. Apeurée aussi. Excitée ? Je voulais que cela s’arrête.
— Oh, t’es où, implorais-je ? Arrête-toi, arrête-toi !!
— Trop tard.
Tel un objet abandonné par un de ces nombreux voyageurs quotidiens, je fus balayée dans cette marre de champagne d’un bout à l’autre du wagon, me cognant ici et là aux pieds des sièges. Rien pour me retenir. Je suis dans le wagon du diable.
Puis, tout s’arrête net. La lumière revient et dans le wagon et sur le quai.
Lognes ! Que fais-je dans cette banlieue ? Lognes ! Mais oui, on est en Seine-et-Marne, dans le 77 !
— La fête est finie. Tu es prête.
— Encore ? Non ! Prête à quoi, grands dieux ?
— Pour ton concours. Tu vas tout rafler. Descends au prochain arrêt, je rentre au dépôt.
Les gens montaient et dans les autres voitures, sauf dans la mienne. Je descendis, titubant comme ivre morte. Puis d’un coup, je recouvrai la mémoire ; quelques efforts pour sortir de la gare et direction le centre d’examen. J’ai exactement deux heures pour me rhabiller, retrouver ma convocation et... tout déchirer !!!!!!!!
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