Inferno

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Ex-étudiante en Master de Littérature Comparée. J'écris des fragments de terreur enfouis dans mon Moi trop sensible. Je capte ces images et les matérialise. Ma part sombre aime les récits  [+]

Image de Été 2020
« Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate.
— Hein ? »
Gabriel jeta son mégot dans l’abîme qui s’ouvrait devant eux.
« Vous ne connaissez pas Dante ? Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. Ça alors,
vous n’avez jamais étudié ça à l’école ?
— J’ai jamais été à l’école. » bredouilla Jean.
Le mégot rougeoya un instant, puis disparut dans les tréfonds de la terre sanguine. La scène
était surréaliste, un truc à vous filer les jetons. Une roche empourprée leur faisait face, elle
s’ouvrait, comme une offrande de la Terre elle-même.
« Vous n’avez donc jamais pris connaissance des châtiments imaginés par Dante vis-à-vis de
ses ennemis.
— Jamais. »
Gab céda à l’envie de s’allumer une autre cigarette, mais il sourit en songeant qu’il avait
laissé son briquet au campement. Quelle ironie, songea-t-il. Il soupira d’un air las en croisant
les bras sur sa poitrine ; il en avait assez de réciter la même rengaine à tous ces voyageurs trop
curieux. Ça finissait toujours de la même manière, de toute façon.
Jean se penchait craintivement en avant pour examiner la cavité vertigineuse. Prudent, se dit
Gab, mais ignare. Dante n’avait-il pas condamné les ignorants ?
« Tu verras les foules douloureuses
Qui ont perdu le bien de l’intellect. » Gab connaissait par cœur ces vers. Il avait lu et relu La
Divina Commedia. Et visiblement ce cratère inspirait pas mal de personnes, dans le sens où il
évoquait plus ou moins l’œuvre du poète italien.
Gab récita laconiquement :
« Neuf cercles. Des milliers de supplices. Une échelle de scènes chaotiques. Un châtiment
éternel. Non m’sieur, pas moyen d’être heureux là-dedans. D’ailleurs, dès qu’on arrive aux
portes de cet endroit, on paye un tribut. Comme ça, direct. Bien sûr, le tribut dépend de vos
péchés. Comme dans l’œuvre de Dante ; plus ils sont graves, plus vous sombrez
profondément. Et plus ils sont nombreux, plus vous disparaissez vite de la surface de la Terre.
Vous comprenez ? »
Comme il n’obtint aucune réponse, Gab se retourna :
« Jean ? Hé, Jean... ? »
Plus personne.
Et voilà, songea Gab en levant les yeux au ciel, c’est toujours pareil.
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