Inavouable

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Il y a moi et mon imagination, entre les deux, un clavier. Mon bonheur ? Offrir des moments de plaisir aux lecteurs. Ma force ? Ma différence tout simplement. Voter c'est bien mais, votre avis  [+]

J’observe le crayon courir le long de tes yeux en un trait d’une précision dont je m’étonne à chaque fois. Juste après tu te saisis de ton mascara et d’un seul coup ton regard prend une nouvelle dimension. Je sais l’étape qui viendra ensuite puis la suivante jusqu’à ce que le rouge à lèvre que j’aime tant vienne se trainer avec langueur sur tes lèvres et te dessine cette bouche sensuelle qui me fait tellement envie.

Je vois tes coups d’œil latéraux sur le miroir. Tu t’amuses à chaque fois de me voir t’observer. Chaque fois que tu utilises tous ces artifices qui transcendent avec une incroyable facilité ta beauté naturelle. Sans, tu éveilles en moi tant de chose, avec, tu me transperces le cœur.

Depuis que j’ai eu la chance que tu acceptes que je fasse partie de ta vie, pas une fois j’ai manqué le rituel du maquillage. En réalité, et tu l’ignores encore sûrement, pas un instant que je passe avec toi est un instant perdu. En douce, du coin de l’œil, a la dérobé, dans le reflet du miroir, sans cesse je t’observe, t’épie, te mate.

Ton corps aux formes tellement parfaites. La ligne de tes seins, la courbure de tes hanches, tes interminables jambes aux mollets si mis en valeur dès qu’une paire de talon habille tes pieds. Ces chevilles si graciles, ce grain de peau, cette teinte, la douceur sous mes doigts, la flamboyance de ton regard empli de désir, la puissance des émotions que tu invites en moi.

Tout ce qui fait de toi ce que tu es, la grâce de tes gestes, tes rires discrets, tes coups d’œil malicieux, ce sourire qui me retourne le cœur, pas une chose en toi que je ne trouve désirable à souhait. Tu représentes pour moi la femme parfaite.

Si tu savais toutes les fois où le cœur aux bords des lèvres, la poitrine contrainte j’ai tenté de te l’avouer, de te le dire. Toutes ces fois où ton sourire s’est teinté d’un doute en me regardant et me demandant pourquoi tant d’obsession pour ta personne, sur le pourquoi de l’amour que je te porte.

J’ai toujours rêvé de te répondre mais je n’en ai jamais eu le courage. J’ai bien trop peur de ta réaction si j’osais t’en parler. Comment prononcer les mots ? Comment dire ? Comment devant ces yeux qui sont telles deux épées sur lesquelles s’empale mon cœur ?

Vois-tu mon amour, nous avons tous une part d’ombre, des choses que l’on ne montre à personne. Certains portent de lourds fardeaux et de profondes blessures qui noircissent leurs âmes. J’ai moi aussi des choses que je ne n’arrive pas faire sortir mais une part de moi sait que je peux te perdre si je venais à franchir cette limite.

Tu es une femme sublime, monstrueusement désirable, terriblement sensuelle et lumineuse. Jamais ô grand jamais je ne pourrais t’avouer que tout ce que je vois en toi est la femme que je ne pourrais jamais être...

La nature t’a doté de tous les dons que je rêvais d’avoir depuis que je me suis aperçu, enfant, qu’il y avait une différence entre les autres filles et moi. Malgré mes questions et mes demandes, jamais ma famille ne m’a laissé aller dans cette voie qui pourtant me semblait tellement en résonance avec mes attentes. « Non, j’ai dit non ! Tu es un garçon, tu ne peux pas, ne pourras pas et ne pourras jamais », tels sont les mots de ma mère qui résonnent encore en moi. Ils ont été les premiers couteaux qui ont entamé mon cœur.

Après des années d’errance, de souffrance à faire semblant et à être ce que l’on attendait de moi, je t’ai rencontré. Tu étais à l’image de mon fantasme, tu étais l’antagoniste de mon univers. D’un simple regard tu as su me faire sortir de la noirceur qui m’entrainait vers les pires pensées. Le sort a bien voulu s’en mêler et désormais, je gravite autour de toi.

Aujourd’hui ta féminité est comme une drogue pour moi et je m’imagine... Je m’imagine moi aussi transpirer par tous les pores de ma peau cette puissante fragrance qui se dégage de tout ce que tu es. Je fantasme, j’idolâtre, je jalouse.

Je suis dévoré par le désir ardent de te dire combien j’aimerais que tu me prêtes ton corps pour qu’enfin mes épaules larges, mon visage anguleux et barbu et cette chose qui est entre mes jambes disparaissent.

Moi aussi je veux avoir cette grâce, je veux pouvoir danser sans me trouver gauche et voir dans les yeux des autres hommes l’admiration et le désir. Quitter, ne serait-ce qu’un instant, cette prison charnelle afin d’embrasser mon vrai moi, celle qui se meurt à l’intérieur.

Laisse-moi, oui laisse-moi te désirer, t’envier tout en étant consumé par la force de ma souffrance. Non, je ne suis pas un phénix, je ne pourrais jamais renaître, tout juste m’enflammé tel un papier de soie et disparaître aussi vite.

Il est malheureux de voir que dans cette société, qui enfin connait le frémissement du changement pour les femmes, mes plus profonds désirs de devenir l'une d’entre elles soient tellement noyés dans des clichés contre lesquels se battent justement tant ces dernières.

Je n’ai probablement pas eu la chance de naitre quand il fallait. Aujourd’hui, je ne suis que le fantôme de ce que sont tous ceux qui, comme moi, ne sont pas nés dans la bonne configuration. Je suis un homme frustré, une femme inaccomplie, je ne suis rien.

Mon amour, je t’en supplie, ne me demande pas, ne me demande plus. Laisse-moi juste être ton âme damnée. Je vivrais à jamais dans ton ombre et dans la mienne.

Vis et brille pour moi...
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