Inaccessible

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se lancer, écrire, se défier, écrire, se faire plaisir, écrire... Je vous invite sur cette page avec plaisir :-) Shinji NB : les textes publiés sur cette page sont protégés  [+]

Mon attrait pour l'inaccessible a toujours été ancré au plus profond de mon inconscient.
Qui dit inaccessible dit...inaccessible. Donc, non, il ne s'agit pas d'une lacune de ma volonté quand je n'accède pas à l'inaccessible, c'est que c'est vraiment inaccessible, avec toute la relativité du concept qui varie d'un être à l'autre.
J'enfouis depuis longtemps cette inclinaison honteuse dans les méandres abyssaux de mon inconscient à force de méthode positive ou PNL ou... bref...J'en ai même dévoyé l'expression « à l'impossible nul n'est tenu » en « devant l'impossible il n'y a que les nuls qui se sont tus »... Donc, j’y vais, je fonce. Pour ne pas être un nul, mais aux yeux de qui, les miens ? mais pourquoi ?
A chaque fois que je touche vraiment le fond, jaillit comme une évidence l'étincelle de lucidité habituelle entre les deux silex des déceptions et des échecs cuisants.
Et à ce moment précis, je dois faire la tête du premier homme qui l’a vu naître d'entre ses doigts, je rejette les silex mais j’ai tout de suite envie d'analyser la situation non pas pour la reproduire comme le pauvre homo erectus ou sapiens -lequel déjà ? - mais afin de ne plus jamais la vivre... Alors, comme j’ai failli une énième fois je me répète invariablement la même phrase triviale « mais que tu es con » ! là je me dis que je n’ai pas dépassé le stade du sapiens...
Bon, cela ne m'a pas fait « avancer » in fine que de reconnaitre mon impuissance chronique.
Cet attrait presque morbide a essaimé partout en moi ; Alors quand la mauvaise graine a germé au point de produire un sequoia géant qui croit à la vitesse d'un haricot, et bien mis à part la tronçonneuse et le feu, il n'y a pas de moyens plus fulgurants pour stopper net la progression de ce parasite interne, qui a déjà pris des proportions gigantesques, a engendré un chaos, un typhon, un tsunami, émotionnel qui abolit tout mon sens commun.
Et je me lance à la poursuite de l’inaccessible, sans le savoir, que c’est inaccessible. Pour moi.
Un exemple ? Allons-y pour un exemple, « incarné »... Alors, voilà. C'est Léanne, cette femme m'a pris la raison le corps et le cœur. Oui, dans cet ordre. Conquête inaccessible.
Pas vraiment belle, banale, trop en retrait pour être brillante.
Nous avons échangé des banalités affligeantes pendant des semaines. Un soir de séance, (on pratique le qi dong deux fois par semaine et un samedi sur deux) je l'ai cherché du regard sans la voir. J'ai été déçu et je me suis demandé pourquoi.
C'était une veille de congé d'hiver, j'ai pensé à elle régulièrement et me suis senti fébrile à l'approche de la reprise.
Elle était près de la baie vitrée et m'a souri quand j'ai ôté mes sandalettes. A ce moment précis c'était foutu : il n'y avait sur le tatami que l'imbécile qui n’avait rien retenu des frustrations passées.
J'ai passé une année à attendre ces séances, j'ai pleuré comme un ado, largué à l'approche de l'été- quatre semaines sans la voir ! - qui meugle seul dans sa voiture. J'ai même hurlé sur un stagiaire au travail quand elle n’est pas venue un mercredi – oui, j'ai honte- mais que voulez-vous il y a toujours un dommage collatéral à la frustration primaire d’un égoïste.
Quand on est à l'abri financièrement comme moi le « fils-de », que l'on a toujours obtenu la satisfaction des besoins matériels et superficiels sans avoir même à demander, et bien il ne reste que le spirituel et le sensoriel à explorer -ha ! -
Le statut de « fils-de » est un ni-ni, car pour certains je serai toujours le « fils de ces salauds de bourgeois » et pour les autres le fils-de ces gens... qui croient en être mais qui ne franchiront pas le cercle.
Une sorte d'entre (d)eux.
Trop intelligent pour certaines prépas, limite pour normale sup'... ne songe pas à l'ENA quoique, après tout...
J’ai écumé des bancs d'amphi pour me retrouver en histoire de l’art et...
L’exemple... ? ah oui...
Pourquoi était-elle inaccessible ? Vous n'avez toujours pas compris ?
Parce que je ne l’intéressais pas.
Je ne faisais pas réellement partie de sa vie, je n’étais pas un salaud, je n’étais pas dans son cercle.
Elle était libre et résolue, avait un projet pour occuper sa vie un but concret, construit pas à pas dans le secret de son esprit.
Léanne m'écoutait, répondait à mes coups de fil, mes courriels, mangeait de temps en temps au restaurant avec moi, ou assistait à un séminaire sur le bien-être.
Elle parlait de notre passion commune pour le Qi dong et les cactées (et oui j’aime les cactées), on avait une connivence certaine, mais elle nourrissait une vraie passion ce que je n'avais pas compris car je suis autocentré et superficiel, une passion peu commune : la fabrication de l'huile d'olive.
C'est fou !
Je me suis mis à m'intéresser à ce fruit, alors qu'entre nous.... À dire vrai, j'ai tout oublié aujourd'hui.
Mais le pire dans tout cela, est que je n'avais rien vu venir, rien !
Des heures à me demander si elle pensait à moi, à interpréter ses phrases ou ses silences. Des heures de tortures pour lire un soir au détour d'un texto : je serai ravie de t'accueillir à Tolède, Julian et moi organisons nos fiançailles l’été prochain.
Coup de massue, à la place du cœur : échinocactus grusonii qui me transperçait les entrailles de l’intérieur.
Tout ce temps perdu à me plaire à croire, à croire quoi d'ailleurs ?... qu'elle me préférerait à Julian ?
J'y ai cru oui, le temps d’une nuit sans sommeil.
Puis j’ai meuglé seul dans ma voiture comme un homme qui découvre qu’il a perdu un an, douze mois à se prendre pour une ado trentenaire, une sorte de jeune écervelée qui croit dur comme fer que le chanteur du groupe la repérée, elle, parmi 5000 personnes dans un stade.
Stupide, navrant, nul.
« Mais que tu es con » !!! J’avais envie de faire crever les cactus que je lui avais offert – et oui, toujours l’égoïste frustré primaire – de reprendre les crus rares de 1ere pression à froid de cette p... d’huile d’olive et d’hurler sur la première tête à claques qui passerait à ma portée. Pauvre stagiaire.
Alors après les silex et le sermon, j’ai compris que j’étais un masochiste de première, un homme enfant immature.
Et là je ne sais pas pourquoi, mais j’ai senti que le sort était vaincu. J’ai levé la tête, les mains crispées sur mon volant, et je l’ai vu en même temps que la ballade de Jim* s’achevait à la radio : la policière qui m’avait arrêté avait les yeux verts...





*chanson d'A.Souchon




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