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In utero

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Olivia Venner

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Maman,

Ici, c'est comme si le temps s'arrêtait. Dans mon liquide anesthésiant, il n'y a pas de douleur.
Je me fais tout petit : j'attends. Tout est douceur, tout est chaleur naturelle, tout est candeur.
Ici, c'est chaos infini. Ici c'est table rase : comme un commencement.
Maman, face à moi-même, je te retrouve plus que jamais : je suis sérénité.
De cette bulle de bonheur, paix, calme et chaleur naît en mon sein. Je me sens chérubin. Je suis comme éternel.
Maman, je ne suis que créature charnelle, oh, mais comme je suis serein...

Maman ?
Le temps presse.
Un premier spasme m'envahit. Je me recroqueville : c'est l'appel de la vie.
Les hoquets s'additionnent. Tout s'accélère : je me cramponne.
Les mamans ressentent-elles vraiment les maux de leurs enfants ?
Un hoquet bien plus lourd soulève ma poitrine. Je ne suis pas très beau à cet instant, mais nous le sommes tous dans les yeux d'une maman.
Tout me pousse à aller vers le haut, respirer l'air pur, sentir la caresse du vent.
Mon corps est de plus en plus vivace, il se débat. C'est bientôt la fin : je sens que tout s'en va.
Ici, je suis sain. Ici tout s'agite : je suis Séraphin dans un branle-bas de combat.

Maman, tout va mieux à présent. Je suis ton bébé.
Le dernier hoquet : c'est l'extase. Plus rien ne me retient.
Maman, ton absence m'a tué.
La mer tremble et s'agite... J'ouvre les yeux : autour de moi, l'atmosphère azurée d'un monde trop froid.
Oui... J'ai froid. Le poignet à vif, je tire sur la corde avec frénésie.

De survie à trépas.
Ma sentence a bientôt sonné. Bientôt, je serais libéré.
Un spasme fatal : je pique du nez.
J'aurais tant aimé que tu sois là.
Je m'étouffe : le lien n'a pas cédé.
Je me débats. La détresse m'inonde. La mort s'exonde.
Ça y est... Je me noie.
Mes hurlements s'étranglent, l'effroi m'envahit.
Je m'abandonne.

À présent, je me sens à nouveau-né : je m'en remets à mon élément. Tout va mieux ici-bas.
J'ai les yeux trempés.
Je n'ai plus le temps.
Maman ?
La vie file : j'ai coupé le cordon.
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