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In extremis (par HHL-J)

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Hhl

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En préambule, pour explication. Ce texte est l'oeuvre de mon fils de onze ans et demi. Il est en sixième, et j'ai déjà publié ici (en libre, cela va sans dire) quelques uns de ses poèmes et histoires.
L'origine de ce texte : sa professeur de français a demandé aux élèves de sa classe une rédaction sur le thème : "écrire face au chaos du monde". Et c'est sa rédaction (telle quelle) que vous allez lire. Je dis telle quelle, parce que, à part quelques fautes de grammaire et d'orthographe que j'ai corrigées, tout le reste est de lui. Il a passé du temps avant d'écrire en recherche sur les dates, les prénoms (vous comprendrez en lisant).
Comme d'habitude, je poste ici afin qu'il recueille l'avis bienveillant des membres de ce forum. Pas d'obligation de hourra, mais pas de critique non constructive, s'i vous plait. Il n'a que onze ans et adore écrire.
Merci pour votre lecture.
Bruno, alias HHL.









Bonjour, je m’appelle Lévi, j’ai 11 ans et je vais vous raconter mon histoire.
En fait, je suis juif en pleine Seconde Guerre Mondiale. Je suis victime de l’antisémitisme et je vis avec mes parents et ma grande sœur Sarah en France.
Il y a quelques semaines, en pleine occupation de la France par les nazis, ils nous ont trouvés, ma famille et moi.
Ils avaient des armes à feu énormes. Mes parents ont voulu me protéger. Ils m’ont demandé de m’enfuir avec ma sœur. Je ne les ai plus jamais revus.
Aujourd’hui, le 30 février 1944, ma sœur Sarah et moi avons été retrouvés par les nazis. Nous avons été emmenés dans un train avec d’autres juifs. Il y en a qui voulaient se rebeller. Nous les avons suivis sans nous rendre compte que cela pouvait nous causer la mort. Les adolescents ont ouvert la marche vers la forêt. Mais après quelques jours d’errance, les nazis nous ont retrouvés. Ils brandirent leurs fusils vers nous... par malchance, l’un tira sur ma sœur. J’étais dévasté.
Le temps a passé, nous sommes le 12 décembre 1944, dans un camp de juifs. J’ai maintenant 12 ans et je me suis lié d’amitié avec d’autres juifs : Eliakoum, Yaaqov, Quérène et Sigalia. Nous étions mal nourris, avec du pain rassis et de l’eau.
Un jour, on trouva une pelle. Sigalia eut l’idée de creuser une « maison souterraine ». Elle fut rejointe par Eliakoum et Quérène, puis par tout le monde.
On commença donc à creuser. Tandis que Yaaqov faisait le guet, on creusait encore, jusqu’à arriver à un grand espace souterrain. Nous nous y sommes installés en rebouchant l’entrée et nous décidâmes de nous relayer pour garder notre cachette bien secrète. Pour y voir, nous avons fabriqué des lampes à huile. On était bien, ensemble, dans notre construction souterraine, à l’abri des nazis. C’était notre refuge, où nous allions pour nous remonter le moral.
Aujourd’hui, 26 janvier 1945, c’est mon jour de garde pour surveiller notre cachette souterraine. D’un coup, un nazi s’approche de moi. Il a un gros fusil dans son dos. Je repense alors à Sarah... Je ne voulais pas qu’il arrive à moi et mes amis la même chose. Je cède à la panique, je ne sais plus quoi faire. Et s’il découvrait notre secret ? Il s’approche. Je n’arrive plus à réfléchir. Et...
Je suis dans un endroit que je ne connais pas. Je suis allongé sur de la terre, entouré de Eliakoum et Sigalia. Je ne sais pas ce que je fais ici. D’un coup, je pense au nazi qui m’a approché. Où suis-je ? A nouveau, je panique. Puis Eliakoum me dit que je suis tombé dans les pommes et que Yaaqov et lui m’ont ramené dans une nouvelle partie de notre maison souterraine, que je ne connais pas.
27 janvier 1945. Des nazis nous ont demandé de les suivre après le repas. Nous avons été forcés de le faire. Nous sommes arrivés dans une pièce sombre. Puis les nazis ont refermé la porte en nous laissant seuls. Ils allumèrent les lumières, nous laissant voir... des cadavres de juifs. Yaaqov dit que nous allons être gazés. Je réfléchis, puis je vois une fenêtre haute. Je leur propose de leur faire la courte échelle. Eliakoum monta en premier pour casser la vitre. Ensuite Quérène, puis Sigalia. Puis ce fut au tour de Yaaqov, qui ne voulait pas me quitter. Je l’ai rassuré : j’avais déjà frôlé la mort deux fois. Cette fois, c’est mon tour. J’entends les gardes qui reviennent. Mes amis sont sauvés. C’est l’essentiel. J’ai peur...
Cela pourrait être la fin de mon récit. Mais non. Je me réveille quelques heures plus tard. Des messieurs parlant une drôle de langue semblent avoir pris le contrôle du camp. Les nazis sont partis. Yaaqov me hurle : le camp est libéré, libéré !
Je suis content, et je repense à mes parents. A ma sœur. J’ai 12 ans et je ne sais pas encore que je fais partie du premier camp libéré : Auschwitz.
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Sylvie Franceus · il y a
Bonjour cher fils de Bruno,
On ne se connaît pas... mais si, en fait, parce que, grâce à ton si beau récit, je te connais un peu maintenant. Je connais quelques uns de tes mots. Ce que je viens de lire, c'est une œuvre et toi, tu en es l'auteur et moi, simple lectrice arrivée ici presque par hasard, je n'en reviens pas. Vraiment. Tu viens de me donner une leçon non seulement d'écriture mais aussi une leçon de vie.
Tu as bien installé tes personnages et le temps et les lieux sont des bons repères.
Quand tu dis " J'étais dévasté "... moi aussi je le suis. J'aime ces phrases courtes et percutantes qui disent l'essentiel dans une économie de moyen efficace.
La solidarité et le courage sont parfaitement bien évoqués mais la peur aussi et le sentiment d'avoir échappé au pire.
Juste : je ne suis pas sûre que le " en fait " à la 2 ème ligne soit très utile... je ne sais pas.
Continue à écrire, ce que tu fais, j'en suis sûre.
Encore bravo à toi et tu sais, si j'étais ton papa, je serais rudement fier de toi !!!!
sylvie

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Granydu57 · il y a
Une grande force d'esprit pour un pré-adolescent. L'écriture aussi, très bonne avec en plus une recherche sur une période de l'histoire bien noire qui
ne branche pas forcement les jeunes et moins jeunes. Hhl junior à de qui tenir, l'ADN ne ment pas.

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Fred Panassac · il y a
Hhl junior tu as une grande maturité de réflexion et d'écriture pour ton jeune âge et tu manifestes un intérêt pour l'Histoire qui augure bien de la suite car tu échappes à l'indifférence qui gagne du terrain. Bravo pour ce texte qui m'a émue et touchée.
Tu as utilisé la date du "30 février" ...c'est pour voir si on suivait bien ? C'est la seule "critique" que je te fais et c'est plutôt de la curiosité. Mon vote bien sûr !

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Hhl · il y a
Oups, là, c'est ma faute :-). Ce doit être le 3 février, c'est moi qui ai tapé le texte. Il m'a fait de la peine à taper à un doigt sur le clavier. Papa est donc venu à la rescousse. Merci pour ta lecture on ne peut plus attentive, ma chère Fred. Je lui ferai lire ton commentaire, comme tous les autres ici.
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Fred Panassac · il y a
Ah bon c'est le papa distrait qui ajoute des jours à février ;-) Je m'imaginais déjà une raison ésotérique. Encore bravo et bonne semaine de cours à ton fiston !
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Euriel · il y a
Bravo pour ce très beau texte sur une guerre pourtant souvent bien inconnue historiquement. J'aurai une petite critique à te faire car je fais régulièrement la même erreur : Essaye de faire le plus attention possible au temps que tu utilises, par exemple, si tu utilises du présent, le lecteur se plonge un petit peu plus dans le récit. Enfin, je ne peux pas en dire grand chose, il m'arrive d'hésiter des heures avant de choisir le temps qui n'est pas le meilleur ! Bref, je te le redis, toutes mes félicitations, j'ai commencé à écrire des textes longs à ton âge et je peux te dire qu'ils n'arrivaient même pas à la cheville de celui ci !
Bravo !!!

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SakimaRomane · il y a
Incroyable récit d'un enfant ayant des connaissances assez pointues de l’Histoire.
Il doit être très sensible et est d'une lucidité bluffante.
Tenez nous au courant de la réaction de sa professeur s'il vous plait :)
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Geny Montel · il y a
Quelle maturité ! Je suis très surprise que tu abordes un sujet aussi sérieux et difficile à ton âge. Je te félicite pour tes recherches et j'avoue je n'ai guère de critiques constructives à te faire. Bravo !
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Zezette13 · il y a
Bravo mon Coeur !!
Triste mais belle histoire...

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Coum · il y a
Voilà un professeur qui a être content, il me semble que c'est ce qui donne la joie de l'être en tous les cas. C'est très prometteur. J'aimerai bien avoir le retour de la note ; tu vas penser que je suis curieuse mais l'évaluation m'intéresse.
Bravo !

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Hhl · il y a
J'espère :-). Pour l'évaluation, oui, je te ferai un retour. Ma seule crainte, c'est que sa prof puisse penser qu'il n'a pas écrit son texte tout seul.
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Coum · il y a
Ah oui, effectivement, là il pourrait se prendre un râteau :-) Il est à espérer que sa prof, soit assez patiente et intelligente, pour continuer son évaluation sur place ; gratte gratte ;) sinon il faudrait monter au créneau ;-).
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Hhl · il y a
Écoute, normalement ça devrait aller, il est plutôt doué en histoires. Je te tiens au courant ;-)
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Maud · il y a
Il est bien jeune pour écrire un tel texte... de plus se mettre dans la peau de Levi donne encore plus de force à son récit. Tu lui diras un grand bravo de ma part avec une bise en prime :-)
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Hhl · il y a
Merci Maud. Écrire à la première personne est un exercice intéressant, et je pense que tu as raison. Le même texte en narrateur omniscient aurait eu une portée différente.
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