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Imprimez la légende

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Jean-Luc Tessier

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Il était une fois Jack le Black de son vrai nom Jacques Lenoir. Il était né dans le quartier de Montmartre, au 62 rue d’Orsel, non loin du Théâtre de l’Atelier. Son père était le propriétaire d’un petit restaurant, le Kokolion, où les acteurs venaient dîner après leur représentation. Sa mère travaillait dans un pressing, rue des Martyrs. Elle avait refusé de travailler pour son mari parce que les horaires ne lui convenaient pas et qu’il ne la payait pas assez. Jacques grandit en regardant des films de cape et d’épée et des westerns le mardi soir. Plus tard, il se levait en cachette le dimanche soir. Il ne voulait à aucun prix manquer le cinéma de minuit. Il s’imaginait en gangster, plein de grisbi et respecté par les caves. Tony le Stéphanois, Max-le-menteur, Riton... C’est à cette époque qu’il trouva ce surnom qui allait le rendre tristement célèbre ; lui, Jacques Lenoir, serait Jack le Black ! Il aimait ce jeu de mots, entre la traduction littérale de son nom et l’analogie avec le Blackjack (le Valet Noir), le jeu de cartes populaire des casinos.
« Le voyou qui se joue des cœurs » titraient les journaux. C’est ainsi qu’il entra dans le cercle très restreint des ennemis publics numéro un. Sa première victime s’appelait Blanche Dubois. Il avait voulu en faire une alliée, une sorte de James Bond girl. Il lui avait même trouvée un nom : Bianca di Legno ! Mais elle avait refusé, la malheureuse et il l’avait piqué en plein cœur un après-midi de janvier. Alors, sur tous les arbres de la capital, son portrait avait été placardé comme dans ses films : Wanted / Jacques le Black / 2000 € mort ou vif ! Quelle bande d’abrutis ! Ils ne savaient même pas écrire son prénom correctement. Sa tête était mise à prix mais il ne put s’empêcher de braquer d’autres cœurs solitaires. Rosa Caramelos lui donna une pelote de fil à retordre. Il réussit l’épreuve haut la main et s’empara de l’organe qu’il vida dans un calice provençal. Son sang était rose bonbon ! Etrange coïncidence !
Petit à petit l’étau se resserrait autour de lui, il le sentait. Il commençait à voir fleurir sur les murs de mauvaises caricatures de sa personne ; déguisée en bagnard tel un Dalton alors qu’il se voyait avec une plume au chapeau tel Robin la Capuche ! La presse people relatait tous les jours ses exploits, elle allait même jusqu’à en inventer ! Pour faire du buzz, elle nourrissait le peuple de détails croustillants sur d’hypothétiques attaques à main armée dont Jack n’était même pas l’auteur. Cela allait beaucoup trop loin à son goût. Le restaurant de son père avait été obligé de fermer ; trop de gens faisaient le pied de grue dans l’espoir de l’apercevoir. Lui préféra leur faire un pied de nez. Il colla des affiches sur ses avis de recherches : un joli cœur signé Black Jack et envoya à toute la presse une célèbre citation d’un de ses films de prédilection de Jean le Gué : « Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende  ». Au fil des mois, personne n’entendit parler de Jack le Black. Les années passèrent et seules restaient les affiches plaquées contre les palissades avec ses mots Jack le Black, bracoeur.
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