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Impressions d’attente

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Walter

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Je patiente dans la salle d’attente de la Clinique David. Je vais être appelé pour passer une « radio » de mon genou qui me fait souffrir.

Dans cette salle, trois couples patientent aussi. Difficile de tuer le temps dans ce genre d’endroit. J’ai beau observé quelques reproductions décolorées et infidèles suspendues aux murs, lire pour une énième fois la procédure d’urgence d’issues de secours et le mode d’emploi dont les inscriptions rouges sur fond blanc finissent par me faire loucher, les minutes avancent avec une lenteur interminable.

J’emprunte un magazine posé sur la table basse. Pour une fois, je choisis un numéro récent : octobre... Ah non, l’année est quasiment effacée...je déchiffre : 1985. Je comprends mieux à présent la couverture déchirée voir absente.
Dans ce genre de magazine, ce sont toujours les mêmes thèmes qui sont abordés :
- politique : Nicolas Sarkozy qui croit être un jour à la tête de notre pays,
- économie : des pavés de textes indigestes qui vous conseillent en boursicotage, en gestion de systèmes économiques des entreprises du CAC 40, et des « tartines » de termes, qui même en les lisant à plusieurs reprises risqueraient de me filer la migraine.

Je relève la tête, plus que deux couples avant moi.

Je reprends une seconde fois le magazine. Avec toute la propagande d’objets proposés en tout genre qui y foisonnent, à des tarifs luxueux, j’avais l’impression de feuilleter le catalogue des « 3 Suisses » hors série destiné aux millionnaires.

Je repose le magazine sur la table basse, qui vu l’aspect de celle-ci, est peut-être plus ancienne que le magazine que je viens de reposer.
« Maintenant que faire ? » pensai-je...alors que le dernier couple vient être d’appelé en salle de radiographie.

Mes yeux s’égarent et se fixent, par lassitude, sur une poubelle, elle aussi très banale.

Installée à gauche de la machine à café, un homme y jette un morceau de papier glacé qui ressemble à un emballage d’une barre chocolatée, et d’après ses illustrations, je parierais que c’est une barre « Lion ».
Le couvercle en plastique, qui coiffe le bac vertical, pivote sur son axe central, et se replace automatiquement sur sa position initiale.

Soudain, sans aucune action humaine, le couvercle se met à se balancer, tout seul. A l’endroit où elle est positionnée, un courant d’air ou une ouverture de portes ne peuvent expliquer cette mise en mouvement subite.
Ensuite, c’est au tour de la machine à café qui réagit étrangement.

Je n’ai pas remarqué que les éclairages de type néon de la salle d’attente n’aient diminué d’intensité. Plusieurs voyants contigus, ceux qui concernent les cafés de type expresso, s’éteignent et s’allument successivement, une sorte de clignotement plus ou moins lent, comme le ferait un chenillard de discothèques.

Et, je n’en crois pas mes yeux – je me pince l’avant-bras pour vérifier que j’étais bien éveillé –, le couvercle se meut de nouveau et de ce temps-là, l’automate de poudres de caféines est retourné sur son fonctionnement normal.

« J’ai l’impression, non c’est impossible...j’ai l’impression...oui, c’est ça, j’ai l’impression qu’ils communiquent entre eux... oui, ils conversent on dirait. » pensai-je.
Je me pince l’autre avant-bras. « Aïe ! » non je ne rêve pas. Je dois cesser de m’affliger de ce qui pourrait devenir des maltraitances physiques cutanées ; les infirmières vont s’interroger sur ces marques, qui me laissent quelques traces rouges, qui heureusement pour moi, vont diminuer et disparaître dans quelques minutes.
!
Alors que mon regard se sent attiré de nouveau vers ces phénomènes, je suis enfin appelé. Je ne réagis pas de suite, puis après un rappel, je bondis presque de mon siège, à tel point que ma grande enveloppe, contenant mes dernières radiographies, glisse entre le siège et le poteau carré de soutien. Je la récupère sans le moindre problème, et suis l’infirmière.

Dernière radiographie effectuée, enfin... sur cette chère articulation fracturée il y a 4 mois, suite à un mauvais appui sur une parcelle terreuse et humide, mais qui s’est ressoudée naturellement.
Enfin oui, car depuis le départ, depuis que je suis radiographié...il semblerait que je sois plutôt photographié par une kyrielle de paparazzis médicaux en blouse blanche.

Bizarrement, je reprends ma place initiale, comme attiré par ces machines qui commencent à me perturber psychologiquement.

Je patiente à nouveau d’être rappelé par l’accueil depuis lequel je m’étais présenté, et que l’hôtesse me remette mon ultime cliché.

Mon regard s’égare, et irrémédiablement, se fixe une nouvelle fois vers ce que je conçois presque comme des intrus, des anomalies de ce monde logique, de ces choses qui n’y appartiennent pas.

Je reprends mes esprits. Je me lève, récupère mon dû et pars.
J’approche de ces « choses », ralentis devant elles, comme si je voulais me donner bonne conscience et me prouver à moi-même que la vérité logique doit être la réalité.

Le couvercle s’entrouvre et la machine à café distribue un expresso sans que personne n’en ait commandé un. Le gobelet est logotypé « Star Wars 7 ».

Oui, bon c’est vrai, « Star Wars 7 » est encore tout frais dans ma tête, mais ce que j’ai vu, je ne l’ai tout de même pas inventé ?

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