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(prend garde aux papillons noirs)

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Clara Fgx

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Ma tête tourne ; plaies, brûlures me retournent. Où suis-je ? Qui suis-je ? Qu’est-ce qui – ? Une chaise ; sous mon corps. Des cordes ; laçant mes mains, mes pieds. Des pas ; dans mon dos, qui frappent le sol. De vives cicatrices ; sur mon flanc, mon buste, mes omoplates. Et mon cœur qui bat la mesure ; mesure à mille temps. Temps pluvieux, nuageux, venteux, radieux. Et un temps fort : c'est l'orage. L'orage qui brise l'horizon, l'orage qui crisse à mes environs, l'orage qui frise le frisson : le déluge alors déferle. Déluge de peur : peur tapant dans ma poitrine, grattant ma peau, griffant mon corps, grésillant dans mes oreilles. Le mal fou, la déraison me tient lorsque les bourdons, caressant mes cheveux, jouent à l’orchestre symphonique. Je ne veux plus de cette douleur lancinante qui retourne mon être et persécute mon esprit, sans jamais être lassée ; je ne veux plus de cette survie de mon crâne : ce toucher, ce son, ce goût, cette odeur lui sont devenus insupportables. Je sens la fin arriver, c'est évident, si évident, tous les symptômes coïncident ; ne les vois-tu donc pas ? La migraine s'installe, mes doigts tremblent, mes oreilles bourdonnent, mes yeux s'entrouvrent, difficilement ; ainsi que ces papillons noirs se délaissant du blanc, qui déploient leurs ailes et dont les sourires narquois se dégagent, présage beaucoup trop criant.
Là, un visage devant moi. Une forme s’approche, hésites-tu ? Ton poing hésite, on hurle. Puis, brusque basculement de ma cabèche : mutilée. Le dénouement est enclenché ; il m’enivre, m’étreint, quel soulagement !
Et, enfin, j'implose. Les morceaux de mon visage, de mon corps se sont éparpillés partout, près du bureau, sur la tête d'ange de Teddy et même sous le lit. Dernier salut au ciel ; le plafond n'est plus uniquement de blanc vêtu : du rouge s'est immiscé aux cotés, au sein, de son blanc cassant. Les flaques rouges étaient auparavant mal logées dans mon crâne, maintenant elles font de l'art au plafond. Je vois une enfant (ai-je une enfant ? est-ce mon enfant ?) avec son manteau jaune et ses chaussures de pluie sauter de flaque en flaque et ses chaussures et son manteau devenir rouges eux aussi et tous les murs et tous les meubles devenir rouges, un beau rouge de ceux qu'on ne parvient pas à peindre, un rouge luisant avec de beaux reflets blancs tantôt.
Puis, d'un clignement d'yeux, le rouge disparaît, mon enfant aussi, Teddy aussi, le plafond aussi et le néant,
le néant me frappe, je pars.
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Eden07 · il y a
Wow, j'ai juste adoré. Le côté confus et "incompréhensible" m'a fait vibrer, c'est du grand art je trouve. Bravo Clara, c'était génial et merci !
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Pascal Depresle · il y a
Un bouquet d'incompréhensions et de questions pour une fin tragique. A l'occasion je vous invite à pousser les portes de mon univers ou plusieurs textes crient pour tenter de vivre encore un peu, merci.
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