Imbroglio

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Bonjour! Je suis actuellement étudiante. J'aime dessiner, me plonger dans des romans fantastiques, romantiques, aventures et horreurs et me laisser envahir par mon imagination à travers les  [+]

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L’impact des gouttes sur le métal m’indique la notion du temps. Une goutte correspond à une seconde. Sa cadence m’exaspère, si bien que j’en perd le compte. Le temps semble défiler au ralenti, attendant presque le moment où tout cela se terminera. Mon corps engourdi par le froid tremble. Je me recroqueville pour me réchauffer. Les chaînes qui me retiennent pèsent sur mes poignets, me lénifiant. Je suis enfermée, prisonnière d’une pièce dont la lumière blafarde souligne les murs lézardés. Derrière moi, le souffle de la chose me parvient, me rappelant le sort qui m’attend. Sa nature m’est inconnu. Ses yeux lubriques me guettent. Est-ce bien une créature, attendant son heure de repas? L’idée qu’elle puisse être si calculatrice me semble improbable.
Je lâche un soupir et avale ma salive. Etrangement, la faim ne me tenaille moins par rapport à la soif.
Le silence règne. Mes oreilles se sont sensibilisées aux sons, variant mon rythme cardiaque. Je suis harassée, plongée dans un état de demi-somnolence. Les secondes se transforment en minutes, bientôt en heure, voire des jours, sans que je ne puisse l’arrêter. Je m’étiole. Petit à petit, je n'escompte plus sur une aide de l’extérieur. Ma gorge est nouée sous l’emprise de la peur. Je change de position, agitant mes chaînes. Enchaînée ainsi, l’échappatoire me semble impossible.
Je fixe du regard la porte en métal. Auparavant, mes compagnons dont j’ignore leurs identités, étaient présents. Et tous escomptaient sur l’idée que les secours franchiraient cette porte. Aucun n’avait vu le visage de la chose. Lorsqu’on se réveillait, la personne n’était plus là, comme si elle n’avait jamais existé. A présent, esseulée, je doute moi-même de leurs existences passées. Combien de temps me reste-t-il?
J’ai des fourmis aux pieds. Je me lève, me dégourdissant les jambes. Mes chaînes trainent sur le sol. Le mur vibre près de moi, comme me mettant en garde. La chose a l’ouïe fine. Comme pour confirmer mes dires, je l’entends lâcher un grognement sonore.
Je m’arrête devant le métal des canaux de canalisation: le seul coin que je peux atteindre avec mes chaînes. La lumière n’éclaire pas cette partie-là. Effrayée que je suis, je n’ai jamais eu l’occasion de me questionner sur la provenance de ces gouttes. Des hypothèses m’effleurent un moment l’esprit, sans que je m’y attarde vraiment. Après tout, je ne saurais la réponse que si je sors d’ici. En voyant ses gouttes, la pensée d’y goûter me traverse. Je tends ma main. Les gouttes tombent. Presque trop rapidement à mon goût. Mon sens olfactif capte une odeur étrange. Métallique.
A brûle-pourpoint, le mur lézardé près de moi vibre. La porte s’ouvre. Le vent s’engouffre, me faisant frissonner. L’odeur devient plus palpable que je n’ai plus aucun doute qu’en à son origine. Un raie de lumière s’invite. J’ose jeter un coup d’oeil rapide vers ma main. Une couleur brune. Du sang séché. Mon corps tressaille. Un grognement attire mon attention. A présent, la chose me fait face dans toute sa grandeur. Un cri incoercible m’échappe. Mes jambes lâchent prise, les yeux écarquillés.
Ses yeux lubriques sont entourés d’une peau flasque dont des stries font office d’orifice s’ouvrant et se refermant à chaque respiration sonore. Sa bouche fine se dessine dans une courbe parallèle aux stries, dans un sourire simiestre. Ses poils noirs épousent le corps étrangement amaigri de la chose. Ses bras se prolongent sur ce qui devrait être ses mains, d’après ce que je connais, celle-ci se rapproche des serres de rapaces. Sa démarche chaloupée semble exprimer sa joie à dévorer sa dernière victime. Moi, une jeune fille enchaînée.
En effet, tout en s’approchant, ses yeux me dévorent du regard. Sa bouche libère une filée de bave qui tombe sur le sol. Je l’associe alors au son si familier de la goutte d’eau que je n’ai cessé d’entendre. L’axiome me frappe. Le regard de mes compagnons me revient. Celle de l’effroi. Que m’est-il arrivée? Comment et pourquoi suis-je arrivée ici? Je n’ai aucune réponse. Aucun souvenir ne me revient. Une question me taraude depuis que la vue de la chose m’est apparu. Pourquoi m’est-elle aussi familière?
Son corps se cambre dans un mouvement brusque. Une éructation s’en échappe. Et dans un geste rapide, elle me saisit. A son contact, une chaleur m’envahit. Étrangement, elle me relâche. L’émanation me fait vomir. Je me relève difficilement et j’agite mes chaînes. Leur raclement sur le sol ne semble pas plaire à la chose, qui cette fois-ci s’empare de ma jambe. Je résiste. Je la repousse, en agrippant ses poils drus. Mes ongles touchent ce qui devrait être sa peau et elle recule surprise. La créature semble sensible. Mon regard se porte soudain vers la porte. Une lueur d’espoir m’envahit. Peut-être puis-je crier à l’aide? A cette pensée folle, dans un espoir que je ne peux refouler malgré cette situation incrédule, je hurle à l’aide. La créature sursaute. Son corps svelte s’avance, tentant de me faire taire. Je recule.
Une ombre passe à l’embrasure de la porte. Je retente de le héler. La présence d’une personne ne m’a guère surpris, ni même le fait qu’elle puisse m’entendre. Aussi incrédule que cela puisse paraître, seul l’espoir d’échapper d’ici vivante m’habite.
L’ombre se matérialise alors devant l’embrasure. Je plisse les yeux. La gorge nouée, soudainement aphone, je sais que j’ai eu tort en reconnaissant la personne qui me fixe sans ciller. Mon beau-père. Je me fige. “Une expérience” lis-je sur ses lèvres. C’est alors que tout me revient en mémoire. Un taxidermiste, voilà ce qu’il est. Par je ne sais quel manière, il a su donner vie, fusionner divers espèces de la faune disparu. Une collection dans la cave de son musée. Je devine la fin pour moi. Personne ne me retrouvera.
La créature sentant mon désarroi en profite pour me saisir. Ses serres plongent dans ma chair. La myocarde se déchire, sous l'effluve du sang.
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