Il traînait ses pieds

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Des brins de vie ou des moments uniques sont source de joies, de tendresse parfois de rage, mais au fond avec beaucoup d'indulgence et d'amour vivons le temps, à temps  [+]

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Il trainait ses pieds en marchant. Ses chaussures éculées rendaient l’âme.
La sienne n’existait plus, elle s’était effondrée au fil du temps. Ce temps qui prenait ses aises, le laissait dans la misère.
Une misère profonde, quotidienne. Une misère qui ne transforme plus le sourire d’une inconnue en un éclair d’ange.
Dans la troisième ville de France, entre traboules et bateaux abandonnés il trouvait refuge.
Il avait résisté à la drogue, à l’alcool, aux brutes, aux cons. Son passé ? Il n’en parlait pas. Un taiseux, de ceux dont le regard dit tout quand la bouche est muette.
Ces jours ci, une bagarre, dans un groupe de jeunes éméchés, lui valût une arcade sourcilière ouverte et un poing éclaté. Conduit à l’hôpital Edouard Herriot, il reçut une visite :
- Bonjour Mr Mondois. Je suis Mme Clairy assistante de service social de l’hôpital. Le médecin chef m’a signalé votre présence.
- De quoi il se mêle celui-là.
- Je dois comprendre pour envisager avec vous l’aide que je pourrais vous apporter.
- Je n’ai rien demandé, besoin de personne.
La jeune femme ne releva pas.
- Vous avez donné des adresses différentes et aucun numéro de téléphone.
- Et Alors on ne peut pas vivre en paix ? habiter où on veut et sans technologies nocives ?
Suivirent des propos si désagréables, que la jolie assistante lui répondit sans ménagement. Elle le mit face à sa réalité, pointant sa détresse, sa colère régressive et au final sa grande misère. Elle laissa sa carte et tourna les talons.
Révolté, son cerveau répétait en boucle ce qu’il avait entendu.
Elle l’avait nommé Monsieur Mondois...
Son désarroi percutait les mots. Il les triturait. L’un surtout : misère, aire, ère, M isère. Aime isère...
Tenter de comprendre le lien. Suis-je dans la misère pour ne pas voir ma vie en face ? Je vis sur les bords du Rhône, dont l’Isère est l’affluent. J’ai grandi à Grenoble, avec un vieil oncle célibataire et bougon, qui ne me révéla jamais ni l’histoire familiale ni celle de sa vie. Je l’aimais. Une crise cardiaque l’emporta brutalement. Mon cœur foudroyé pesait si lourd... Son décès arrêta net mes études et je quittai la capitale des Alpes et ses 2000 ans d’histoire. La mienne n’existait pas. Etrange histoire que de ne point en avoir.
Au sortir de l’hôpital Mr Mondois partit direction l’Isère.
Quelle émotion à son arrivée à Grenoble. Il sourit à la Bastille. Monter dans les bulles du téléphérique, admirer le massif de Belledonne. Au pied de la grande aiguille Rousse naîtrait sa source comme celle de l’Isère. Elle serait son berceau cette région magnifique. Sûr Il y découvrirait sa planète voire son exo planète. Son âme astrophysicienne, pointait l’avenir.
A St Antoine l’Abbaye, cité médiévale authentique il s’imagina bâtisseur de maisons à colombages au moyen âge. A l’église abbatiale, la vie des Antonins lui revint. Ces moines médecins allégeaient les souffrances. Il les pria. Le cœur en promenade, il prit le sentier du flâneur, à travers ruelles et goulets. Il contempla le coucher du soleil, la vue sur le Vercors et la vallée de l’Isère. Il ne pouvait détacher son regard de cette cascade de couleurs.
A Pont-en-Royans les maisons colorées du quinzième siècle, suspendues dans le vide entre ciel et terre, ciel et eau, étaient impressionnantes. Stendhal, le grenoblois appréciait ce lieu. Il pensa à « La chartreuse de Parme » et à son héros « Fabrice ». Un signe.
De la cascade blanche à la cascade verte ruisselaient ses pensées, sur les dessins de l’existence.
Les affaires de l’oncle étaient entreposées au garde meuble de Grenoble. Il y trouva un cahier. A l’intérieur, une lettre, la photo d’un jeune couple, avec deux noms enlacés : Lina Giametti et Marc Mondois, ses parents mariés dans la clandestinité d’une prison à San Remo. Comment s’inscrire dans une iconographie familiale sans code ?
Le carnet précisait : Le père de Lina, veuf, dirigeait la Casa di Reclusione de San Remo. Ce cadre de vie donnait un goût particulier à la liberté et à l’évasion. Marc enseignait le français aux détenus. Entre les murs sinistres de la prison naquit l’amour romanesque des parents de Fabrice venus en Isère un peu avant sa naissance.
Son père malade, Lina partit l’aider. Son injustice envers elle était oubliée. Il viendrait à sa retraite vivre en France près de son petit monde. Marc rejoignit son épouse en Italie pour quelques jours. Fabrice à 3 ans était resté chez son oncle. Sur l’autoroute du retour, le couple mourut dans un carambolage monstrueux dont les journaux parlèrent avec effroi. Cette tragédie emporta le grand père. L’oncle André fit de son mieux avec le jeune enfant mais il perdit le sens du dialogue.
Le non-dit avait fait Misère. Aujourd’hui l’Isère lui donnait du cœur.
Fabrice fit un tour au lac de Paladru puis à la roche Veyrand qui s’élevait comme une promesse au bord du vide et au col de Cucheron dit point de la dépression des trois cols du massif de la Chartreuse.
A 27 ans il créa un atelier de sabotier près de Saint-Pierre d’Entremont. Jamais plus il ne souffrirait d’avoir les orteils gelés l’hiver, mouillés par la pluie ou cloqués par la chaleur. Jamais plus il ne trainerait ses pieds en marchant. Son atelier devint un lieu touristique.
Un jour, Mme Clairy reçut un paquet contenant un sabot en noyer sculpté représentant un homme grincheux et une femme à ses côtés.
En légende : « Vos mots ont fait éclater ma misère. L’Isère est ma rédemption. Merci. Joyeuses fêtes. » Fabrice. La carte mentionnait ses coordonnées. Au verso : « Vous serez la bienvenue en Isère, si vous voulez vous rendre compte des effets de votre intervention...mon poulet aux écrevisses et ma tarte aux noix sont excellents.
La jeune femme fut touchée par cette attention et plus encore par l’invitation.
Elle pensa qu’il faut une bonne part de rêve pour conduire sa vie.

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Un petit mot pour l'auteur ? 237 commentaires

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Etienne Mutabazi · il y a
félicitation!!!!!
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gillibert FraG · il y a
votre texte optimiste me donne envie de retourner à Grenoble où j'ai vécu un an. Je suis désolée d'arriver trop tard
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lucile latour · il y a
je suis restée loin de short ces derniers mois. avec pkaisir je lis votre commentaires ce jour. merci.++
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Wiame Diouane · il y a
Un extrême plaisir de lire ce que vous avez écrit. Bravo
Je vous invite à lire https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-trop-plein-de-vides

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lucile latour · il y a
merci beaucoup.
suis allée vous lire ai mis 1 mot.

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lucile latour · il y a
merci infiniment à vous mes chers lecteurs ( trices) qui m'avez encouragée. Vous qui avez soutenu et apprécié mon récit. ça fait chaud au coeur.
A bientôt pour d'autres écrits.

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Pierre-Marie FAYARD · il y a
Beau style. En tant qu'ancien Grenoblois, je suis sensible aux références aussi.
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lucile latour · il y a
merci beaucoup pour votre appreciation.
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jeannine navone · il y a
bonne chance pour la suite
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lucile latour · il y a
dur le podium je ne peux qu'esperer. merci pour la visite et ton encouragement.
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Soseki · il y a
Oui, un très beau texte !
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Pierre-Marie FAYARD · il y a
Merci.
Êtes-vous japonaise ?

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Soseki · il y a
non, mas j'ai un profonde admiration pour SOSEKI, un écrivain et poète japonais, mon pseudo est comme un hommage :)
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lucile latour · il y a
merci infiniment. votre soutien me fait plaisir.
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Georges Saquet · il y a
Très beau texte / Un plaisir de lecture ... Mes voix !
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Pierre-Marie FAYARD · il y a
Un grand merci !
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lucile latour · il y a
grand merci Georges. dure finale tant de talents. donc voix appreciées.
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AMELIA TEJERA VALDIVIA · il y a
Excellent! je l'ai relu deux autres fois et j'irai un jour visiter les lieux.
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lucile latour · il y a
les lieux sont vrais les personnages nés tout seuls. suis contente qu'uls t'aient donné envie de visiter. merci ++
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Eva Dayer · il y a
Mon soutien à ce texte !
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lucile latour · il y a
merci infiniment Eva. soutien utile et qye j'apprécie++