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Il n'est de désert qui, un jour, ne refleurira...

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Brumelle

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FINALISTE
Sélection Jury

De ce plat pays qui fut le mien, j'ai gardé le goût des mirabelles dorées marquant la fin de nos étés. C’est là que j’ai grandi avant qu’un homme ne m’emporte au loin.
Dans ce petit village lorrain, nous ne savions pas comment était la vie ailleurs. Ici, au quotidien, elle était rythmée par l’angélus du matin et celui du soir. Entre les deux, il y avait le pas lourd des vaches rentrant à l’étable.
Le repas familial laissait la radio évoquer le monde mais il était tellement loin de nous !
La vie naissait dans les maisons. Les dames catéchistes saluaient, d’une croix ivoire enrubannée de bleu ou de rose, l’arrivée du dernier né. Le temps passait avec l'eau bénite du fond baptismal, la première montre de communion et les dragées jetées devant les jeunes mariés sortant de l'église. La croix posée devant la porte d’une demeure marquait un prochain départ vers la dernière.
Un jour j’ai eu vingt ans et je voulais partir loin de mes racines : « Le monde m’appartient, je ne veux pas de cette vie-là ! »
Le lendemain exactement, il était à la sortie d'une gare. Je me suis arrêtée une seconde, puis une éternité. Je n'imaginais pas qu'on puisse s’aimer aussi longtemps !
C'est dans son laboratoire de photographies que je l'ai rejoint. Sur papier blanc, au fond des bains révélateurs, mon corps nu apparaissait progressivement...
Puis nous avons eu trente ans : lui au printemps, moi en automne. Le monde n'était plus à moi depuis longtemps, mais il était à nous !
Je le suivais jusqu'au bout de ses objectifs qu’il braquait dorénavant sur la nature.
Notre vie était pleine des valises qui se faisaient et se défaisaient au rythme de nos rendez-vous dans les gares, les hôtels, les aéroports... Les formes et les lumières saisies s'accumulaient au creux de carrés blancs classés par thème dans des pochettes. Une série s’en allait parfois, le temps d’illustrer quelques pages d’un magazine.
Nous étions heureux mais l’enfant que nous désirions se faisait attendre. Et quand une voix, parcourant un lourd dossier, l’a désigné comme le « coupable », j’aurais tout donné, absolument tout, pour l'être à sa place.
Deux portraits de lui me hantaient : l'un, en noir et blanc, l'été de ses trois ans tandis qu'il observait intensément une fleur. Le second, en couleurs, réalisé trente ans après. L’homme, dans son corps d’adulte, captivé par un insecte, était exactement dans la même position. Il avait conservé dans son regard et son attitude l'émerveillement de l'enfant qu'il fut.
Cet homme-là, je l’aimais. Je trouvais injuste que la nature, dont il célébrait la beauté, le prive du bonheur de voir naître et grandir un enfant, le sien.
Cette année-là, des pluies exceptionnelles ont réveillé des millions de graines enfouies dans le sol d’un désert lointain. Les collines déroulaient des tapis denses de fleurs multicolores. De ce « jardin des dieux », il avait extrait ses plus beaux tableaux.
« Il n’est de désert qui, un jour, ne refleurira... » Le titre de l’article soulignant ces images m'a accompagnée pendant un autre voyage, étrange, que nous avons entrepris.
Nous avons eu vingt ans ensemble une seconde fois. Cela faisait deux décennies exactement que nous nous étions rencontrés ! J’avais eu quarante ans la veille.
Double anniversaire dans le « meilleur des mondes ». Nous avions rêvé de faire nos enfants sur le sable rouge des immensités désertiques que nous aimions, mais nous étions égarés dans l’univers aseptisé des éprouvettes.
Je frissonnais dans une chemise de papier à la sortie d'un bloc opératoire. Il m’attendait et de loin, les doigts levés, il m’annonçait sur combien d’espoirs nous pouvions compter.
L'un d'eux s'est annoncé un peu plus tard dans les courbes serrées en noir, blanc et gris d'un document confirmant qu'un enfant allait peut-être naître.
Après du sang, des larmes et des doutes, les appareils photos ont fini par attendre notre fils à la sortie... Son père allait du modèle à ses objectifs, ébahi face à ce petit d’homme.
Nous sommes ainsi devenus trois dans une campagne reculée, là où la nature dessinait des moutons dans les champs et dans le ciel. Nous mettions de la lumière dans les yeux de notre petit prince en lui racontant le monde.
Sous un vol d’oies sauvages marquant l'arrivée d'un de nos hivers, il a regardé notre bambin disant : « Nous sommes tellement heureux que ça me fait peur parfois... »
Sa crainte c’était de ne pouvoir s’empêcher de repartir : un gamin c’est lourd dans des bagages ! Et une autre femme, c’est déjà un nouveau voyage...
Le panneau du grand cerisier « Ici on protège la nature » a été remplacé par un autre, « Maison à vendre ». J’ai épongé les larmes de mon enfant et j’ai refermé le grand portail : nous n’étions plus que deux !
Pendant les vacances de mon fils, j'ai quitté ma quatrième décennie seule, au creux des montagnes. Dans mon nouvel appartement, vide, enroulée dans une couverture, j’avais froid ! Sous la fenêtre découpée dans le toit, j’ai regardé les derniers reflets du soleil éclairant le ciel. Un avion a tracé un long trait blanc sur les années écoulées et la lune a mis un point final à son trajet.
Ce soir-là, la nuit a tiré son rideau d’étoiles sur l'arrivée de mes cinquante ans... Il me restait un enfant à accompagner vers sa vie d'adulte.
La porte s'est refermée quelques années plus tard sur un adolescent partant joyeusement vers son avenir.
Je l'ai retrouvé un jour, transformé en homme, dans une gare où nous avions rendez-vous. Hasard des calendriers, j'avais eu soixante ans la veille...
Tandis qu’il s’approchait, une image refaisait surface : celle d’un homme vu pour la première fois le lendemain de mes vingt ans.
Il ne s’est pas attardé, il avait tant à faire ! Après un dernier signe de la main, il s’est éloigné à grands pas.
Dans la brume enrobant ce jour de novembre, le soleil soulignait la silhouette d’une jeune fille qu'il rejoignait au pied de l’escalier de la gare.
J’ai voulu m'emparer de cet instant, puis, j'ai rangé mon appareil photo... Cette histoire n’était plus la mienne.

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Lange Rostre · il y a
C'est vrai, le texte est beau et triste à la fois et très bien écrit. L'ambiance pesente palpable. Désillusion d'une vie.
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Brumelle · il y a
Bonjour Lange Rostre, je vous remercie pour votre passage par mon écran et je vous souhaite une bonne journée.
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Isabelle Lambin · il y a
Entre joie, tristesse et déception : la vie tout simplement
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Brumelle · il y a
Bonjour Isabelle et merci pour votre commentaire.
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Mickael Gasnier · il y a
J'arrive après la bataille ...
Ma voix pour vous dire que j'♥
À bientôt sur nos pages respectives ...

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Mickael Gasnier · il y a
Le titre sonne comme un beau message d'espoir .
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Didier Larepe · il y a
Entre Lorrains (moi d'adoption) il faut bien s'entraider. J'ai voté.
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Brumelle · il y a
Bonjour Didier, merci déjà d'être devenu lorrain... La région n'étant pas (injustement !) des plus prisées et pour votre lecture. Bon week-end à vous.
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B86 · il y a
Bonjour jolie découverte votre page j'adore votre texte
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Brumelle · il y a
Bonjour B86, je suis contente que mon texte vous soit agréable et je vous souhaite un bon week-end.
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B86 · il y a
Bon et doux weekend à vous aussi
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Kiki · il y a
je découvre votre page et ne regrette pas mon passage/ J'aime ce récit. Beaucoup de souffrance dans ce texte.BRAVO
Je vous invite à aller consulter le poème les cuves de Sassenage et je vous guiderai dans les entrailles de cette terre adorée Merci d'avance

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Brumelle · il y a
Bonjour Kiki, je vous remercie d'être passé par là ainsi que pour votre invitation, que je prendrai en direction de Sassenage.
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Anne Marie Menras · il y a
Grâce à votre passage sur ma page, je viens de découvrir ce petit bijou, plein de nostalgie, mais pas de tristesse. Sa vie a un prolongement, mais cette histoire n'est pas la sienne. Malheureusement je n'ai qu'une voix !
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Brumelle · il y a
Bonjour Anne Marie, merci pour vos écrits et votre lecture. Je vous souhaite une bonne journée
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Adibro · il y a
C'est vraiment très touchant, on ressent vraiment toute la souffrance qui se dégage de ces mots.
Bravo !

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Décar · il y a
Un beau texte, douloureux.
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Brumelle · il y a
Bonjour Décar. Merci pour votre lecture et bonne journée à vous.
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Mirgar · il y a
Beaucoup de sensibilité pour évoquer les drames d'une vie et l'inexorable départ de son enfant unique , si chèrement mis au monde;
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Brumelle · il y a
Bonjour Mirgar, merci pour votre lecture et votre gentil commentaire. Bonne journée à vous.
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