Il faisait nuit

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J'écris parce que je ne sais pas lire.  [+]

Image de Automne 2013

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« Il faisait nuit, les rues étaient vides. Un peu frais aussi. Il avait plu des trombes. Je n'aime pas la pluie... » L'homme se tasse sur sa chaise. Il ne regarde pas son interlocutrice, juste ses mains qu'il frotte l'une contre l'autre, comme pour les savonner.
Il n'avait pu refuser la dernière cliente. A force d'insistance, elle avait forcé en cette heure tardive le barrage pourtant habituellement efficace du secrétariat. Sans rendez-vous, ses pleurs avaient suffi pour ouvrir le chemin tracé de ses derniers espoirs et l'ultime barrière.
Derrière son bureau, il fulminait. De la fenêtre entrebâillée lui parvenait la vague lente des rumeurs de la ville, et l'obscurité lui rappelait l'imminence du spectacle auquel il se préparait depuis longtemps. Sa soirée annuelle à l'opéra l'attendait dans deux heures et il ne la raterait pour rien au monde. D'un geste compulsif, il continua à se frotter les mains l'une contre l'autre tout en écoutant la dernière arrivée, d'un air aussi distrait qu'indifférent. Avec ses yeux rougis et toute la détresse qu'elle dégageait, il aurait pu à un autre moment se laisser convaincre. D'autant que son affaire était relativement simple.
Elle le supplia, lui confirma que c'était son dernier espoir, et comme toutes les mères tenta de le persuader que son fils n'avait rien fait : il était comme tous les jeunes de son âge, un peu idéaliste, un peu manifestant, opposé certes plus que de raison à l'ordre établi, mais il n'avait rien cassé. Certes, il avait animé quelques mouvements de foule, mais tout cela n'allait pas bien loin.
Lui, maintenant, cherchait à se débarrasser de l'importune dont la cause entendue ne rapporterait pas grand-chose et dont le long monologue mettait à mal l'emploi du temps de sa soirée. Tout en continuant inconsciemment à se frotter les mains comme pour se défaire d'une tâche indélébile, il sut trouver les mots pour interrompre cette conversation qui s'était par trop éternisée.
Dans un dernier sursaut d'humanité, il lui demanda son nom. « Marie » répondit-elle simplement.
Il faisait nuit, les rues étaient vides. Les larmes brouillaient sa vue, mais quand elle se retourna, elle vit la plaque de cuivre qui brillait dans le noir.
« Ponce PILATE
Avocat d'affaire »

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