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Ida

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HaïkUlysse

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Une mare.
Une mare pleine de têtards et de volatiles tournant en rond, sans fin.
Une eau profonde et froide qui avait des relents marécageux.

Balançant de la fine chapelure de pain, Ida couvait une sorte d’existentialisme primaire lorsque je l’observais ainsi, pendant des heures, agenouillée sur l’herbe bordant la mare, à émietter du pain rassis.
Sans jamais s’apercevoir de ma présence, je consultais les nombreux Oracles en ma possession pour répondre à ses questions pressantes. « Le Mat m’a montré la Voie », comme elle aimait le raconter dans ses dîners mondains. Ses paroles me revenaient en mémoire comme un rêve décentré, comme une odeur de mandarine dans un train lancé à pleine vitesse et bien sûr sans conducteur.
Après la promenade au parc, je devais lui parler des futurs désastres qui allaient décimer le monde entier, c’était pour bientôt.
Un grand châtaignier face à grande demeure bourgeoise avait vécu ici des lustres. Mais de guerre lasse, il avait fini par capituler, à force de nous entendre.
Etait-ce un dialogue ? En réalité, j’étais son seul divertissement, ce qui –au début- m’imaginais être utile. Mais un bouffon n’a de pouvoir que dans le jeu, hors contexte il n’est pas assez brillant pour se glisser au plus haut sommet de la hiérarchie.

Ida était une sado-machiavéliste qui ne croyait pas au bonheur commun et encore moins au bonheur individuel. Elle aimait souvent dire –et c’est vrai- qu’elle était devenue superstitieuse à cause de moi. Je lui avais montré une direction, la première fois qu’on s’était rencontré et cette direction s’était avérée malheureuse. Cependant mes prédictions étaient toujours justes.
Un ensemble de sensations prémonitoires me parcouraient l’échine à tout moment et je la tenais informée aussitôt, ce qui, à force d’annoncer de funestes messages, la réconfortaient dans l’idée que le Bonheur n’était pas pour nous, ici-bas. C’était un puissant vomitif, qu’on digérait parfois, tant bien que mal. Mais ça ne durait pas et nos entrailles nous déchiraient tellement qu’il ressortait aussi vite qu’il était entré.

Ida avait une destinée qui sentait le souffre et la seule carte de Tarot qui valait le coup pour elle, c’était moi : le Mat, triste gueux, l’œil fou et la dérision au cœur. Pourquoi autant de personnes crédules tombaient dans mon escarcelle alors que je n’existais même pas ? Quelle solitude et quel panard !

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Maud · il y a
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Kie · il y a
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