Ice @

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Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

Image de 2021
Image de Très très courts
Le froid glaçant atomise le monde.

Il y a eu un grand éclair bleu.

Puis, plus rien qu’un hiver éternel, comment survivre

Dehors, depuis le chaos mondial engendré par l’euthanasie du Net, les rues ne sont plus sûres et les hommes sont redevenus des loups.

Le simili ordre vomit par la dernière génération d’internautes a explosé les mœurs et les habitudes sociales ; le moyen-âge de la crucifixion est de rigueur, les gothiques tiennent l’avenue autrefois desservie par la ligne 2 du RER.

Les clans se sont reformés, laissant les politiques et les nantis seuls au monde ; la plus puissante guilde est celle des SDF, suivie de l’armée des Restos du Cœur et la brigade du SP (Sniffeurs Paranos).

Les appartenances politiques ont laissé la place au culte de l’écran vide, les pylônes et relais satellitaires sont devenus la cible privilégiée des Empâteurs ; le règne des puces informatiques a été lobotomisé.

Le froid domine ce qu’il reste de la terre.

Gill est seul au 18ème étage de la tour qu’il sous-loue à des émigrés coréens. Il n’a pas payé de loyer, ni reçu de relance depuis trois ans. Il y a fait de nombreuses modifications et fait fi du règlement intérieur.

Gill a connu l’avant et par malchance l’après, la disparition des valeurs, la grande dépression de 2054, la liquidation des bourses et des groupes financiers, la dictature des cartels télévisuels, l’abolition des religions et la main mise sur la distribution des vivres par McDonalds et Coca.
Et surtout l’implacable refroidissement climatique.

L’appartement de Gill est renforcé : vitres blindées, volets en acier, porte piégée à six verrous magnétiques, vidéo caméra captant les images du couloir jusque dans l’infrarouge.

Il veille surtout au chauffage, généré par des panneaux solaires installés sur le toit.

Moins 15 dehors ave le blizzard, plus 25 dedans ce qui permet aux bananiers de survivre.

Gill est puissamment armé avec un MK 44 modifié, il peut tirer des balles à tête chercheuse paralysante et/ou micro-explosive pour ne pas trop abimer les chairs.

Gill est tireur d’élite, il est tueur depuis trois ans pour la tribu Harley parce qu’elle fournit des points rations nécessaire à sa survie, en échange des corps. En l’absence de toute production sur les sols irradiés par les bombes de mars 2057 et le froid polaire, la culture n’est plus possible à l’air libre ; d’immenses dépôts souterrains ont été construits.

On y fabrique une pâte gluante prenant la forme d’un Big Mac au goût de vieux Malabar contenant tous les produits nutritifs nécessaires et provoquant une accoutumance absolu.

Le trois pièces de Gill est un dépotoir intense, le vide-ordures est bouché depuis des mois par la glace, l’eau n’arrive qu’au compte-goutte, à heures fixes. L’accès à l’électricité fort utile pour recharger les batteries du MK et faire chauffer au micro-ondes les portions de survie, est conditionné au gain d’une partie de bandit manchot que possède tout appartement encore en activité.

Gill ne travaille pas à la commande, il est franc-tireur indépendant, la franchise Harley est au dessus de ses possibilités financières. Il vend des corps entiers et ne préfère pas savoir comment ils sont recyclés.

Il a bricolé un vieux Minitel et cet engin préhistorique lui sert d’interface avec ses prescripteurs.

Il était entrain de bricoler l’une des attaches magnétique de ses Doc Martens, des chaussures inventés au siècle précédent par un vrai toubib, avec des semelles rainurées et translucides et un coussin d’air visible (tous les matériaux sont traités pour être imperméable aux huiles, graisses et autres acides) lorsque la voix de Jessica Rabbit l’alerta, il avait programmé ainsi la voix de la souris du toon Roger pour humaniser le logiciel de contrôle.

« Intrus devant la porte d’entrée »

Gill tourna la tête vers l’écran du monitor pour découvrir le voisin du 16ème, deux étages en dessous, en combinaison de type cosmonaute ; il tambourine comme un malade en hurlant ; Gill n’entend rien, il a y longtemps que les microphones ont été démontés par les Récupéreurs.

Gill connait bien ce type, il est « dangereux », il est dans la même branche que lui et se sont rencontrés à la distribution populaire des sacs plastiques réfrigérants de Noël ; seules subsistent des fêtes religieuses interdites d’exercice par le décret de 2035.

Animé par un fort pressentiment, il dérouille les gongs magnétiques et laisse passer son visiteur visiblement sous l’empire de l’Amanita Citrina, un champignon toxique au goût de pomme de terre et génétiquement modifié pour remplacer le crack.

« T’as quoi ? »
« Y’a un arrivage de jaunes demain près d’Orly »
« Je vais pas si loin, tu vas pas bien, et pourquoi tu partages tes infos avec moi ? »
« Y’a trop de viandes pour un seul chasseur, Man »

Gill haussa les épaules en marmonnant :
« J’ai trois semaines de crédit pour la bouffe, alors... »

Le rasta se précipite sur Gill pour tenter de l’égorger, d’un pas vif, Gill lui retourne un pic à glace dans l’œil gauche, explosant son casque déjà fêlé et enchaîne dans l’autre orbite dans un éclair ; le voisin hurle et tente de sortir une matraque électrique PRO 800 avec aérosol au gaz CS. Encore une fois, Gill pare facilement l’aveugle et lui enfonce son vieux couteau de plongée dans la cage thoracique.

L’homme s’effondre sans un mot et la lame ressort luisante laissant le sang s’échapper dans un geyser furibond.

« Merde, mon carrelage ! J’ai nettoyé l’année dernière »

Après avoir découpé le corps en morceaux qu’il balance dans la cage d’escalier encombrée de cadavres plus ou moins décomposés et gelés, il revient devant son clavier pour donner un code 4/1 pour une cervelle et une langue. Offre de 500 Crédits des Cannibales.

En rentrant, il s’aperçoit qu’il est grandement l’heure de sa surveillance, il se saisit de son arme et glisse le canon sur l’affût du volet. La lunette surpuissante est excellente, du matériel chinois, avec une portée de plus d’un kilomètre, l’engin est implacable. Même sous le blizzard.

Depuis trois soirs, il surveille le manège d’une jeune femme, sans doute, bannie de la tribu des SDF, elle a du trouver un entrepôt encore intact quelque part sous les décombres glacés. Elle ressort lourdement chargée avec deux sacs à main et un troisième sur le dos. En milieu hostile, Gill se demande comment elle a réussi à survivre si longtemps dans ce quartier.

Dès la nuit tombée, les Métros sortent des bouches souterraines et parcourent en hurlant les rues patinoires où s’entrechoquent des milliers de voitures ayant tenté de fuir devant l’alerte à la bombe du désastre atomique imminent qui allait anéantir de froid le monde.
La balle lui explose le ventre, faisant jaillir ses entrailles, lui rappelant le bon vieux temps des samouraïs. Il referme prestement l’œilleton et pianote une note pour son chargé des « relations extérieurs » Un géant rescapé du cirque Gruss qui s’occupe des livraisons chez les Harley, monnayant ses services en prélevant une jambe ou un foie selon les envies culinaires de l’ex-brute de foire.

Journée bien remplie, il s’endort devant son écran où inlassablement, en boucle, les vagues se brisent sur un sable vierge, un paysage maritime paradisiaque vantant les avantages d’un club Med-quelque-chose réduit en cendres blanches aujourd’hui.

Vivre par moins 15 degrés est toujours possible.
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