3
min

Hunting life

Image de Matteouf

Matteouf

111 lectures

37

Bip-bip-bip :
"Aujourd'hui, c'est le grand jour, nous sommes le 15 septembre, et c'est la rentrée pour tous les étudiants, qui se préparent à passer le brevet, le bac ou même simplement un cap. L'autre titre de ce lundi, c'est la sortie de..."
Je viens d'éteindre mon réveil, c'est la rentrée, une nouvelle année qui commence... De nouveaux amis, de nouveaux profs... Moi je n'ai eu droit qu'à une nouvelle perfusion. Je m'appelle et Théo et la vie en a malheureusement décidé autrement :
Il y a un an jour pour jour, en rentrant de chez moi, une voiture m'a percutée et n'a même pas daignée s'arrêter. Le temps qu'une autre voiture s'arrête, j'avais perdu connaissance, la moitié de mon sang et ma jambe gauche. Quand je me suis réveillé, tout le monde était là : ma famille, papi et mami, Thibault et Léo mes amis du lycée et tous pleuraient... Mon réveil n'a été un soulagement que pour eux car dès que j'ai ouvert les yeux, j'ai senti. J'ai senti la douleur traverser mon corps et s'arrêter au moignon que mon genou gauche délimitait. Les seringues, les opérations, les examens à n'en plus finir... Bref, l'enfer !
Le docteur a fait son diagnostic : trois côtes cassées, un traumatisme crânien, le fémur en miette, et un membre en moins. Et comme si la vie n'était pas assez dure comme ça, j'ai aussi perdu mes amis qui m'ont délaissé pour reprendre les cours et mes grands-parents qui se sont disputés avec mes parents au sujet de mon bien-être et de mon futur. Moi, seule ma jambe comptait, mais ça personne ne s'en est préoccupé Alors j'ai continué à vivre, et j'ai essayé de me reconstruire, cloîtré dans un fauteuil roulant délabré ("c'était le dernier" m'a dit le docteur). Les minutes ont formé des heures qui se sont transformées en jours. Mes parents travaillaient comme des dingues pour me payer les soins et les opérations et je passait les jours seuls, à errer dans les couloirs de jour comme de nuit afin de faire passer le temps
Pourtant, ce matin, ma mère est arrivée en trombe, le sourire jusqu'aux oreilles :
"Ça y est, c'est le grand jour !!!"
Après un an d'économies, de sacrifices, et de solitude, un hôpital de Marseille nous à proposé une opération coûteuse afin de m'offrir la possibilité de remarcher... Mais, seuls mes parents ont pu choisi de ce qui se passerait pour moi, je suis resté seul dans mon lit pendant que mon père remplissait tous les formulaires, et ma mère réservait une chambre d'hôtel. Je n'étais au courant de rien : ni du nom du docteur qui me prendrait en charge, ni de comment se passerait l'opération... En revanche, ce qu'on m'a autorisé à faire c'est dire si j'avais envie d'aller au toilette ou non. Ce handicap commençait à me peser, on me prenait pour un infirme total, on me marchait dessus et ma vie ne m'appartenait même plus. Je vois encore l'infirmière qui s'est approchée de moi, avec ce sourire artificiel, que l'on apprend à faire après un bac+4 et je vois aussi cette seringue qui m'a endormi. Je sens encore ma mère me prendre la main et mon père l'autre, une chaleur familiale, un fourgon blanc, une odeur de désinfectant,...noir.
Un bruit, une lumière, j'entrouvre les yeux, je suis dans le bloc opératoire, entouré d'à peu près 15 médecins qui voguent à travers la salle d'opération. Il est 14h26, une autre infirmière s'approche de moi, avec ce même sourire autant faux que plat et me dit d'une voix douce :
"Theo, c'est ça ? Je suis Léa, je suis chargée de faire ton anesthésie. Tu ne sentiras rien ne t'inquiètes pas. Et quand tu te réveilleras, tu auras une nouvelle vie, une nouvelle chance de marcher !"
Son enthousiasme me donnait envie de vomir tellement le stress accumulé me paralysait. Pendant que je m'allongeais, Léa me fit une petite piqûre, qui deux minutes après fit son effet. Pendant que je voyais des étoiles filantes et des licornes roses défiler devant moi, les docteurs se mettaient au travail... La dernière chose que je vis fut le néon blanc au-dessus de moi, blanc, comme les combinaisons des chirurgiens, blanc comme le carrelage de la salle, noir.
Mais, je n'ai jamais rouvert les yeux, comme je n'ai jamais revu mes parents, je suis mort le lundi 13 novembre 2016, à 15h34. Personne ne sait ce qui s'est passé, et personne n'a cherché à le comprendre... On a menti à mes parents, à mes amis, à tout ceux que je connaissais et on ne les a même pas convié à mon enterrement. Mes parents pleuraient, étaient perdus. Au fond, eux comme moi savent ce qui s'est passé : c'est mon cœur qui a arrêté de fonctionner car au plus profond de moi-même, j'ai encore cette phrase de mes parents : mieux vaut mourir debout que vivre à genoux...
Fin

PRIX

Image de 2017

Thème

Image de Très Très court
37

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Arlo
Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée..
·
Image de Arlo
Arlo · il y a
Pas évident mais fort bien écrit avec une sacrée chute. Bravo. Mon vote.Je vous invite à découvrir mon dernier poème "à l'air du temps" retenu pour le prix été poésie. Dites moi ce que vous en pensez. Bonne soirée.
·
Image de Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Un récit touchant car le point de vue interne permet de s'identifier facilement au narrateur. La chute me déçoit cependant un peu, car j'aurais aimé que le thème soit illustré . . . je vote cependant pour vos qualités d'expression, et l'émotion que vous avez su transmettre !
Et je vous invite à découvrir "Un bon plan" (en finale Saint Valentin . . . dernières minutes !) et "Majeure" . . . à bientôt !

·
Image de Claire Dévas
Claire Dévas · il y a
Belle narration dans la négation de l'idée de base, mais Apres tout Etre debout ne signifie pas forcément se relever... mes votes pour ce travail spontanné jamais facile, même si l'idée de fait aurait gagnée à être mature, retravaillée...
Si une douce rencontre romanesque vous intéresse :
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/mon-coeur-a-la-pointe-de-tes-chaussons

·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Je regarde à la loupe : fluidité de l'écriture, respect du thème et surtout, la chute ! Rien à dire, sinon, Bravo ! Je vote 5. Bonne chance !
"Seduite", mon court poème en prose est en finale jusqu'au 14.

·
Image de Matteouf
Matteouf · il y a
Merci beaucoup !
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Et merci de votre prochaine visite !
·
Image de Geny Montel
Geny Montel · il y a
Terrible cette chute !
·
Image de Virgo34
Virgo34 · il y a
Ce que je vois, c'est que tout tombe et rien ni personne ne se retrouve debout. Or, c'était le thème à développer. ... une autre fin aurait suffi... Dommage. ...
·
Image de Machine armite
Machine armite · il y a
Hard la chute...Marina
·
Image de SakimaRomane
SakimaRomane · il y a
Difficile mais très original :)
·
Image de Coucoudu85
Coucoudu85 · il y a
Dur dur, mais bien écrit
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur