Hollywood boulevard

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Tout comme l'on peut lire entre les lignes, j'écume la partie invisible de ce que l'on ressent. J'aime beaucoup utiliser l'univers onirique pour illustrer la réalité. Le fantastique n'est jamais  [+]

Image de Eté 2016
Étendue sur le trottoir comme une vulgaire crêpe au beau milieu de mes compagnons d’infortune, je me dis que la vie est injuste. À tout considérer, je préférerais ne plus être exposé à la lumière du jour plutôt que de voir tous ces gens piétiner constamment le peu d’estime qui me reste. Cependant, je n’ai pas le choix. C’est à croire que je fais partie du paysage urbain. Je passe mon temps à observer défiler des milliers de chaussures, bottes, sandales et tant d’autres souliers différents. Certains talons familiers écrasent leurs tiges incandescentes près de moi devant le bar qui refoule des effluves d’alcool ainsi que des remugles de sentiments humains. Je n’existe pas pour eux. En revanche, les enfants adorent me voir étalé à terre. Parfois, je les fais sourire quand je m’accroche avec eux. Enfin, c’était surtout vrai au début, lorsque je m’attachais facilement aux gens. Certains me trouvaient même collant. Bon, je le reconnais, c’est ma nature, je n’y peux rien.
Régulièrement, lorsque des enfants se frottent à moi, leurs mères deviennent hystériques. Elles se transforment en exorcistes, brandissant une armada d’antidotes : alcool ménager, alcool à 90°, K2r, etc. Comme si j’étais un pestiféré ! Non, je ne sens pas mauvais et je n’ai pas de poux. Il fut un temps où j’étais parfumé. Mais savent-ils, seulement d’où je viens ? Ce que j’ai enduré avant de me retrouver, là, l’épiderme noirci par les saisons et la déshydratation. Je suis devenue une tache sur un trottoir, voilà ce que je suis. Comme une tache de pigmentation sur la peau d’un puma.
Il est loin le soleil du Mexique. La terre de mes ancêtres, de mes racines. On ne peut pas dire que j’ai eu beaucoup de veine. Ils m’ont arraché de ma forêt, ma famille, alors que j’étais très jeune. Ma vie s’écoulait aussi lentement qu’une rivière, au milieu de la jungle du Yucatan. J’aimerais ne plus y penser, mais on ne peut pas tout gommer. Ils ont ponctionné toutes nos richesses en nous saignant à blanc tous les jours. Comment m’en suis-je sorti ? Mystère et boule de gomme, aucun souvenir. Je me suis retrouvé là, sur le sol français. Il est inutile de mâcher son passé.
À chaque fois que je vois passer des femmes, je craquelle, je repense à elle. Le plaisir que je lui ai donné, éphémère à l’image de mon existence, mais si intense. La seule et unique relation de ma vie. À quel point j’ai pu la faire saliver, mon élue !
C’était il y a trois mois.
Nous nous sommes rencontrés furtivement. J’étais entouré de malabars qui roulaient les mécaniques, mais elle m’a choisi ! J’étais fier. Une vraie star d’Hollywood ! Tout est allé très vite, sans préliminaires.
Elle m’a déshabillé avec frénésie.
Elle m’a tout de suite roulé une pelle.
Sa bouche s’est métamorphosée en tambour de machine à laver, sans prélavage, à mon grand désespoir tant elle avait mauvaise haleine ! La question métaphysique avec ou sans la langue ne s’est pas posée. Ça tournait dans tous les sens. Et puis quand elle m’a trouvé fade, insipide, sevrée de chlorophylle, elle m’a crachée au sol.
Ce n’est pas une blague !
Mais elle en a, malheureusement, le mauvais goût.

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