Hola muchachos...

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Thème

Image de Très très courts
Elle était arrivée peu de temps avant noël. Timide, le cheveu bien lissé, les lèvres légèrement glossées, la nouvelle du lycée prit place à coté de moi, deuxième rang, troisième rangée. Je l’observais, à la dérobée, elle était très jolie, brune, élancée. Comme son nom de famille l’indiquait « mademoiselle Claro » elle venait d’Amérique du Sud et parlait très bien l’espagnol. Cerise sur le gâteau elle s’appelait tout bonnement Clara Azul : bleue claire ! J’étais déjà au bord de mer en sa compagnie.
Nous apprîmes que ses grands-parents faisaient partie des espagnols embarqués sur le Bélem dans les années 60, grâce à Pablo Neruda et que ses parents avaient choisi d’émigrer en France. Dès lors, nous comprîmes que cette fille était une page de l’histoire. Elle avait aussi une très grande gueule et travaillait consciencieusement pour être la première partout.
Dans les groupes de paroles organisés par divers professeurs elle produisait des discours musclés, nous traitait même de dégonflés incapables de mourir pour une cause, critiquait les politiques sanitaires actuelles. Effrayés par sa virulence nous lui recommandions souvent de mettre une sourdine à ses opinions tranchées mais elle répondait, invariablement, qu’il ne s’agissait pas d’un choix, que c’était dans ses gènes. J’ai envie de vous dire que je suis tombé d’abord amoureux de ce trait de caractère, parce qu’elle au moins ne disait pas aux autres ce qu’ils avaient envie d’entendre.
Enchantés par cette parfaite incarnation de la beauté, Reda, le body buildé et moi, le romantique, rivalisâmes pour attirer son attention, chacun avec ses armes. Pour charmer ma belle, je n’en connaissais qu’une. Comme elle avait de longs cheveux, je lui en demandai un et attrapais une mouche au vol. Avec une précision de chirurgien j’attachais le ventre de l’insecte avec le cheveu de Clara et je la laissais voler en la tenant en laisse. Clara était aux anges. Comme elle s’inquiétait de la possible souffrance de la mouche je délaçais délicatement celle-ci, qui s’envolait aussitôt vers de nouveaux horizons. J’avais alors droit à un baiser papillon de Clara en guise de remerciement.
Reda, fashion victime de la mode, changeait de tenue tous les jours. Le roi de la sape c’était lui ! Tout était organisé pour magnifier au mieux sa silhouette, même ses jeans ultraserrés qui lui faisaient des cuisses de grenouille. Clara ne se gênait pas pour le complimenter sur son bon goût, d’autant qu’il lui donnait de précieuses adresses de boutiques achalandées de réductions, si elle venait de sa part bien entendu.
Mais comme le disait si bien l’adage « jamais 2 sans 3 » intervint Raphaël l’intellectuel. Clara lui avait tapé dans l’œil et pas que. Avec ses sous-entendus et ces menaces tout droit sortis d’un dictionnaire ce blaireau chercha à nous intimider. Au point d’en oublier qu’il était déjà entre les griffes d’une amoureuse prénommée Cécile.
Celle-ci eut le culot d’agresser verbalement « la nouvelle du lycée » au détour d’un couloir ce qui me fit conseiller à Clara d’éviter de grossir la liste de ses victimes. Ma belle eut un rire cristallin :
— C’est du flan, elle veut juste m’impressionner.
Ne doutant de rien Raphaël invita Clara à son réveillon du jour de l’an. Personne n’oubliera jamais cette soirée à laquelle Réda et moi-même étions également conviés. A minuit, lorsque tout le monde s’embrassa pour fêter la nouvelle année, Raphaël se colla d’un peu trop près à Clara. A cet instant chacun comprit qu’un esprit criminel couvait en Cécile, lorsqu’elle bondit sur sa rivale au cri de ralliement « Baston ! ».
Insupportable spectacle que cette interprétation d’une vengeance doublée de jalousie. Ces deux lycéennes de terminale S en mode racaille, qui se griffaient et se tiraient par les cheveux en hurlant comme des virago, étaient bonnes pour H.P.
— Arrête ! Ordonnai-je à Clara, tu en as marre de la vie ?
— Non ! Dit-elle, haletante, j’en ai marre des cons !
Des paris furent lancés. Atteint d’un laxisme exagéré Raphaël empochait les billets avec une vigoureuse poignée de mains. Son hypocrisie favorisa Clara à ne pas se laisser dominer. Lasse de se faire exploser la tronche et les yeux plein de sang elle expédia un ultime coup de tête à l’aveugle. Cécile s’effondra sur le tapis.
Zidane ne méritait même plus son carton rouge de 2004.
Envahi d’une rage incontrôlée, je me précipitais sur Raphaël, la cause de tout ce gâchis.
— Tout ça c’est de ta faute, la prochaine fois que tu croises mon chemin, je te mettrai la b...en fleur !
Ce fut un grand silence, alentour.
Malgré sa bouche de travers et son arcade sourcilière éclatée, Clara sortit une brosse à cheveux de son sac à main et se recoiffa le plus naturellement du monde. Elle m’attrapa la main et m’entraîna loin de toute cette clique. Nous sortîmes officiellement ensemble à cette minute.
Une semaine après, nous croisâmes Raphaël qui nous présenta soudainement ses excuses pour tout le battage du réveillon. Il me tendit ostensiblement une enveloppe :
— Ta part pour avoir parié sur Clara ce fameux soir, tu as gagné le gros lot !
Quand je me retournais, Clara avait disparu.

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M.M.E. · il y a
j'aime beaucoup +1
Je participe également à ce concours avec un poème et un ttc et je ne serais pas contre ton avis merci d'avance!
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-jour-ou-tout-a-bascule-2
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/poeme-a-une-inconnue

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Chloé · il y a
Salut, ont participes au même concours et ça me ferais plaisir que tu lise mon texte. C'est mon premier, et ton avis m'intéresses. N'hesites pas a voté si il te plais :) Merci d'avance. Moi j'ai déjà voter pour ton texte !!! :D
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-nouveau-presque-parfait