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Histoires insolittéraires

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Pascal Dandois

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Au fond d'un obscur placard du meublé où il venait d'emménager, il trouva une vielle boîte de conserve de 1 kilo d'épinards. Comme il était déjà tard pour faire les courses et que sa faim le taraudait, bien que la conserve fût périmée depuis un bon bout de temps, il décida quand même, de s'en nourrir, et pour ce faire, l'ouvrit.
Émergea de la boîte, une sorte de petit primate gluant et verdâtre recouvert ici et là d'algues grises, sans poils, et qu’on pourrait situer dans le règne animal, entre le lémurien et le batracien. A priori la créature était « amicale »...mais bientôt elle émit des cris stridents comme ceux d'un bébé, ce qu'elle était sans doute, issue comme d'une matrice, d'une boîte hermétique et métallique. Et donc, elle demandait à manger. Comme il n'avait rien d'autre, il tenta, pour lui couper la faim, en urgence, ses cris étaient difficilement supportables, de l'alimenter tout bonnement avec de l'eau du robinet, ce qui fut efficace au-delà de tout espoir; au bout des 15 centilitres qu'il fit couler dans le gosier de la créature à l'aide d'un petit entonnoir, elle s'endormit, et urina presque aussitôt. En étudiant la morphologie de la créature pendant son sommeil, il constata qu'elle était asexuée, qu'elle n'avait en tout et pour tout qu'un urètre à l'emplacement théorique des organes sexuels, et était sans voie rectale. Il en conclut qu'il était hors de question de l'alimenter de façon solide, l'expulsion des selles s'avérant impossible, en conclut-il, par l'unique voie urinaire. Mais au fond il ignorait comment fonctionnait le métabolisme de cette chose, qu'il nomma bien sur: Epinard.
Il avait décidé qu'il était de sa responsabilité de s'occuper de cet être, mais désormais, il n'ouvrirait plus de conserves en boîte, de peur de trouver, ou d'absorber, Dieu sait quoi.
Il ne s'était pas aperçu que la petite coupure qu'il s'était faite en ouvrant la conserve avait disparue, au contact de l'urine de la chose... qui, alors qu’il la regarda dans les yeux, ces yeux surprenants, hypnotiques, qu’ Epinard venait de rouvrir, elle sembla lui raconter, télépathiquement, l’étrange histoire qui suit :

Prêt à passer des vacances tranquilles au camping de l'océan, il avait louée une petite caravane que les gens du camping surnommaient "la caravane fantôme"; il allait comprendre pourquoi. Dés la première nuit, il se réveilla avec une sensation étrange; la sensation que ça bougeait mollement. Il regarda par l'une des fenêtres, et constata, ahuri, que la caravane se déplaçait en altitude. Etant donné que la caravane semblait tractée dans les airs par l'avant, et qu'un halo rouge y irradiait à travers le rideau de la baie vitrée, il regarda derrière cette vitre, en ouvrant le rideau. Il y vit un attelage de deux bêtes dans le genre du rhinocéros, mais avec des ailes de feu, elles tiraient la caravane, dirigées par un squelette humain ayant un pied posé sur chacune des bêtes qu’il tenait avec des chaînes, ce spectre était en feu lui aussi, et était également cornu. Il décida, que ceci soit vrai ou pas, que ce qu'il voyait, fût un rêve, et retourna se coucher, comme si, il était possible de rêver qu'on va s'endormir, et il se retrouva positivement, au matin, dans le monde normalisé du camping de l'océan. La nuit suivante, ce fut le même manège. Au patron du camping à qui il demanda « si c'était toujours comme ça », il s'entendit répondre que « oui ». Buté, au lieu de déguerpir, de changer de caravane, il insista, et passa une nouvelle nuit dans la roulotte maudite, mais cette fois, il avait décidé de ne pas se rendormir dans son rêve, pour voir ou ça le mènerait, et il tenta même, mais sans résultat, d'adresser la parole au squelette. A la non-heure qu'il est, devenu en quelque sorte insomniaque dans son rêve, il voyage/voyagera/voyageait encore, et toujours dans ce ciel absolument vide, dans les hauteurs du Néant, prisonnier de son cauchemar...
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