Histoire belge à la Réunion.

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Je suis un grand père... 8 petits enfants, mes 3 enfants, 2 garçons et une fille, ont quitté le nid depuis longtemps... Alors je m'occupe... et je leur écris mes aventures les plus plaisantes et  [+]

Il y a plus de 15 ans, il est arrivé une aventure incroyable à deux touristes belges en vacances à la Réunion. Jeunes et dynamiques, ils décidèrent un jour de s'essayer au rafting sur la rivière du Mât qui précipite ses eaux tumultueuses dans l'océan indien du côté de Saint-Benoit. Sérieusement équipés, avec une combinaison intégrale, un casque et bien harnachés dans un gilet de sauvetage orangé fluo, ils se sont jetés à l'eau en amont des gorges.

L'appréhension se mêlait au plaisir à chaque passage difficile. Là, ils se libéraient totalement poussant des cris de fous, largement couverts par le vacarme des cascades. Bravant le danger, sachant que leur entreprise n'était pas sans risques, mais confiants dans leur matériel et sûrs de leur préparation, ils étaient heureux. Ces moments de sensations fortes les rechargeaient en énergie. Elle leur permettraient de traverser plus facilement, à leur retour, les trop longues périodes froides de l'hiver, dans l'hémisphère boréal. Mais là, ils en étaient loin, ils ne pensaient qu'à éviter les écueils, qu'à échapper aux remous, qu'à choisir la meilleure trajectoire, pour aller plus vite et augmenter encore, si c'était possible l'intensité de leurs émotions.

La force du torrent s'était un peu calmée mais ils se préparaient à affronter un nouveau passage délicat, quand ils ressentirent une poussée violente qui soulevait leur embarcation. Sans avoir le temps de comprendre ce qui leur arrivait, une vague de plusieurs mètres dévalaient la montagne et les évacuait comme une chasse d'eau! Leur canot fut emporté comme une feuille morte et projeté avec une violence inouïe contre les rochers et les racines de la berge la plus proche. Sans bien savoir comment, l'un des deux rafteurs se retrouva accroché à une branche, tandis-que son copain et leur esquif étaient entrainés par le flot dans les rapides.

Sous le choc et complètement désemparé, il dut se rendre à l'évidence: il venait d'échapper par miracle à la vague monstrueuse qui avait explosé leur minuscule embarcation et qui emportait son compagnon vers une mort probable sinon certaine. Rassemblant ses esprits, il ne lui restait plus qu'à alerter les secours. Les pompiers de Saint-Benoit furent les premiers à apporter leur aide, mais que pouvaient-ils faire? Un hélicoptère de la gendarmerie nationale effectua plusieurs rotations avant de découvrir le canoë retenu dans un amas de branchages, bien plus en aval, à deux kilomètres à peine de l'estuaire du torrent fougueux. Aucune trace du deuxième sportif ne put être relevée et c'est la mort dans l'âme que son camarade d'escapade et les secours cessèrent les recherches, bien après la tombée de la nuit.

Elles devaient reprendre le lendemain dès la première heure. En janvier, le soleil se lève tôt à la Réunion et la température qui a peu baissé la nuit, monte vite au bord de la mer. Les secouristes avaient peu dormi, discuté longuement de l'accident quasiment imprévisible, tant l'orage très violent et très localisé sur le versant est du Piton des neiges avait surpris tout le monde, d'ailleurs deux heures après le beau temps était revenu. Au matin c'est avec le soleil que les recherches ont repris et que les abords de la rivière du Mât, qui avait retrouvé un débit plus calme, ont été inspectés jusqu'à son embouchure. On a trouvé une pagaie, mais rien qui puisse donner la moindre information sur le passage du pauvre touriste belge.

Dans l'après-midi, du côté de Sainte-Suzanne, à une vingtaine de kilomètres plus au nord, un pêcheur de bichiques aperçoit en mer une forme qui gesticule. Il en parle aussitôt à ses collègues pêcheurs: "_ Vous voyez , là-bas, on dirait un homme qui fait des signes.
_C'est ma foi vrai! Il est trop loin pour qu'on l'entende, mais il semble en difficulté... Il faut intervenir."
Ramené sur la plage, le naufragé a du mal à s'exprimer. Ses propos sont confus et incompréhensibles pour les pêcheurs.
_"Hier, le rafting, la vague, Pascal, la mer, les requins..."

Conduit au service des urgences de Saint-Denis, on le gardera quelques heures en observation, le temps de lui permettre de récupérer. Et comme tout semble aller pour le mieux, on l'autorise à regagner son hôtel où il retrouve, Pascal, son compagnon d'aventure devant une incontournable cannette de "Dodo", excellente bière locale.
_" Eh bien, mon vieux François, c'est pas possible, mais où es-tu passé?
_ Écoute, je ne sais pas trop, quand la vague nous a pris j'ai été projeté en dehors du canoë, j'ai dû prendre un coup sur la tête, je ne me souviens pas bien... Quand j'ai retrouvé mes esprits, j'étais en plein océan, entouré de requins. Plusieurs m'ont frôlé de près, j'avais très peur quand j'en voyais un s'approcher, mais par chance aucun ne s'est intéressé à moi. Après, porté par les courants, j'ai dérivé, heureusement l'eau était bonne, sûrement plus de 25 degrés, mais je fatiguais, j'avais peur de perdre connaissance si les requins revenaient, et puis, j'étais toujours trop loin de la côte, je désespérais, quand les pêcheurs de bichiques m'ont vu et sont venus me récupérer.
_ C'est incroyable, dans ce coin infesté de requins, tu as vraiment eu de la chance! Ou alors, c'est parce qu'ils n'aiment pas la viande belge!"
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