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Hikikomori

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Kitty Loney

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Il était décidé.

Tellement de jours qu’il activait son esprit.
Tant d’énergie à entretenir sa motivation.

Aujourd’hui.

Aujourd’hui serait Son grand jour.

Alors, il devait s’y préparer minutieusement, presque rituellement. Se leva avant la sonnerie de son réveil. De toute façon, l’angoisse ne l’avait pas laissé dormir.

Il s’obligea à une douche brûlante que – contre toute attente – il trouva bienfaisante.

Ses vêtements l’attendaient soigneusement choisis et préparés sur une chaise ; il les enfila. Puis, contournant les gratte-ciel de cartons de pizza empilés autour de son lit, il regagna la salle de bains pour juger de son apparence devant le miroir.

Il déchira les affiches qui empêchaient l’au-dehors d’entrer dans sa chambre. Debout devant la fenêtre, il s’obligea à quelques respirations forcées s’aidant de ses bras qu’il écartait à chaque inspiration. A travers la vitre lui apparaissait le monde. Le dehors. Si loin. Et à portée de main. « It’s the jungle out there », fredonna-t-il. Non, non, ne plus penser comme ça.

Il ouvrit la fenêtre et resta un temps retenant sa respiration avant d’avaler une goulée d’air. Pas si mal.

Arrivé dans la cuisine désertée à cette heure par sa famille vaquant à ses occupations sociales, il contempla avec gratitude la table déjà dressée. Bol, cuiller, beurre, confiture. Un petit déjeuner à l’occidentale. Sourire à maman.

Sa mère - tout en acceptant un fils hikikomori - cultivait l’espérance et, chaque jour sans qu’il le sache, un petit déjeuner l’attendait sur la table. Il sourit au fait de n’avoir qu’à appuyer sur le commutateur de la cafetière déjà prête à filtrer le café. Il se rappela cette sensation due au parfum du café frais qui se dégagea bientôt : confort. Confort et bien-être. Dieu, que c’était loin !

Et le café fut prêt.

Son estomac était noué tant d’excitation que d’anxiété. A la vérité, tout son être était mort de trouille.

Aujourd’hui.

C’est aujourd’hui. C’est décidé. Pas à revenir là-dessus, rien à faire.

Après son petit déjeuner, il retarda un peu (sans se l’avouer – hygiène, hygiène, se persuada-t-il) l’échéance en se brossant longuement les dents.

Et, dans l’entrée, chaussa ses baskets.

Puis.

Puis, ce fut le moment.
.
Puis, ce fut la minute.

Puis, dans un vertige, l’instant.

Aujourd’hui,

Après deux ans, neuf mois, douze jours et un chapelet d’heures, et lui, seulement 15 ans d’âge.
Après avoir inspiré un grand coup,

Il franchit le seuil de l’appartement.

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