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Mariette

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— Quand j’ai embrassé ta copine, je ne savais pas que c’était elle.

Trop con ! Jamais il me croirait incapable de reconnaître celle que je croise les jeudis au théâtre. Je pourrais dire que c’était un défi, ou un jeu de la bouteille, mais les autres connards grilleront ma couverture à la première occase.

Tant pis, je fais l’autruche ! Je refuse tout bonnement de quitter ce lit. Du moment qu’un orteil n’entre pas en contact avec le sol, je suis intouchable ! Je planque ma tête sous l’oreiller et souris contre la douceur de mes draps. Jamais personne ne me trouvera ici, je suis trop bien planqué.

Malheur ! Mon traître de téléphone me tire de ma torpeur, des vibrations régulières annonçant deux nouveaux messages. Le premier est une vidéo-pièce-à-conviction de ma trahison, directement envoyé dans la conversation du groupe. Je me renfrogne. Les images ne laissent aucune place à l’interprétation. C’est clairement moi, du gel plein la caboche en train de danser l’orang-outan sauvage et de roulé un patin à sa copine au petit cul parfait. Je ne suis même pas désolé. Au contraire, je me suis fais honneur. Certes, elle n’est pas une œuvre d’art. En tant normal, elle me plaît autant qu’une limace sur une feuille de salade. Que veux-tu ? L’alcool change les perceptions.

Son petit cul mouler dans un jean rose clignotait au rythme des lumières et de la musique comme un signal d’alarme. Si je ne l’embrassais pas, je trahissais le serment de tout bon connard qui se respecte. Allez-y jugez-moi, en attendant, c’est elle qui s’frottait à moi.

À l’ouverture du deuxième message, mon cœur fait un bond. Quentin, le cocu, m’envoie l’heure qu’il sera dans une heure et l’adresse d’un bar.

— Putain.

Devant le miroir, j’exerce une mine abattue et, satisfait de la performance de mon double maléfique, décide de faire faux bond à la douche. Je m’habille mal aussi. Si je ressemble à un pou, il y a des chances, mêmes maigres, qu’il ai pitié de moi et pense « après tout, ça lui a rendu service, c’est que je dois être un bon ami ».

— J’ai embrassé ta copine, mais j’ai à peine mis la langue !

C’est pas gagné.

En poussant la porte du petit bar, j’analyse rapidement qu’il n’est pas encore là. Je m’installe et, un panaché commander plus tard, m’active à trouver une explication solide. Quand j’y pense, j’aurais pu éviter toute cette cata. Bourrée et remuant contre moi, elle m’a appelé « Quentin ». Et puis non. Comment aurais-je pu faire un pas de côté ? Bien sûr que je l’ai embrassé, elle pouvait m’appeler comme elle voulait.

— J’ai embrassé ta copine parce que je suis amoureux de toi et l’embrasser c’était comme t’embrasser toi. Je t’aime mon pote !

Je m’esclaffe à ma propre audace. Il n’y a pas moyen qu’il gobe ça. Pas. Moyen.

— J’ai embrassé ta copine parce qu’elle m’a spoilé Game of Throne. J’avais envie de la frapper, mais ma mère m’a interdit de toucher les femmes. Et puis, j’ai vu un film où le gars embrasse la fille pour la faire taire.

J’ai envie de me gifler. Comment parviens-je à faire plus lamentable à chaque fois ?
Je réalise soudain que la table d’à côté me regardes de travers. Bordel. Je hausse les épaules et prétends répéter une pièce de théâtre. Un épouvantable manège d’une minute s’ensuit alors, où je gesticule avec une grandiloquence théâtrale exagérée à l’extrême, en vomissant mon pauvre souvenir de l’aveu de Phèdre jusqu’à ce qu’ils paient leur commande et se barre.

— Pfff !

Je sirote ma boisson la tête dans les mains.

— Mais c’est ça !

Sa copine et moi performerons bientôt une pièce de théâtre, et pas n’importe laquelle: Roméo et Juliette. Il n’a jamais été question d’un bisou, mais la belle était trop bourrée pour se souvenir. Ce n’est pas du solide, mais c’est crédible ! Je regonfle la poitrine, requinqué et paré a affronté mon vieil ami.

Et justement, le voilà qui arrive d’un pas déterminé. Le bar entier fonctionne au ralenti et la tête des filles se tournent alors qu’il fait une entrée digne de personnage principal d’une romance adolescente. Mâchoire serrée, les mains dans les poches de sa veste en cuir, façon motard.
Il est assez près pour je puisse sentir son haleine embaumant la chlorophylle absente de sa bouche. Je décide qu’il a craché un chewing-gum avec rage avant d’entrer. Son blouson en cuir couine alors qu’il s’assoit. Je peux voir les jointures de ces mains blanchir.

— Ouais ?

Je prends une mine contrite pour la forme.

— J’ai embrassé ta copine et je ne regrette rien parce qu’elle est trop bonne.

Merde !
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M. Iraje · il y a
Un baiser d'humour ☺☺☺
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Pattrash · il y a
C'est tellement plus simple comme ça, advienne que pourra ...
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Marierondelle · il y a
Et merde !
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Beacoveza · il y a
J’ai tellement ri ! Bravo !
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Mariette · il y a
Merci :)
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