Helena

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Allongé dans l'herbe, la tête dans les nuages, mon coeur dans tes mains❤❤  [+]

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Helena, ce jour-là, avait choisi de passer sa journée à la mer. Le soleil tiédi par l’arrivée de l’automne, brassait doucement ses cheveux d’or et d’argent.

L’arrivée de la quarantaine avait assagi ses traits et le feu de sa jeunesse couvait encore, comme en attente; Elle avait encore beaucoup de projets qui n’attendaient qu’elle pour se concrétiser.

Une semaine auparavant, le compromis de vente pour l’achat de son appartement avait été accepté par la banque. Une partie de ses économies avaient été versés dans ce projet et il lui restait, lui semblait-elle une richesse. La santé et des projets plein la tête.

Le lendemain, lors d’une visite de contrôle comme chaque année, la nouvelle était tombée comme un coup de poing dans l’estomac. Une trahison. Un passager clandestin s’était invité dans sa poitrine, à gauche.

Le médecin, factuel, n’avait pas cherché à la rassurer, ni, par ailleurs à l’effrayer d’avantage. Oui la maladie était là mais il y avait un protocole. Comme le programme d’un festival.

Helena avait accusé le coup. Il y a avait un après qui commençait maintenant. Elle était entourée. Sa famille, ses amis faisaient, se disait-elle, partie du traitement. Son cœur battait doucement dans sa poitrine et elle était confiante parce qu’aimée.

La douleur assez vive, comme la pointe d’une dague que l’on lui enfoncerait lentement dans la chair, arriva sans crier gare. Les rayons n’avaient pas suffi. La petite boule sans papiers qu’on lui avait retiré avait, semble-t-il quelques amis.
Un traitement lourd était nécessaire et c’était une guerre ouverte que son corps lui imposait. Une seule victime collatérale serait à déplorer et c’était elle.

Helena, jusqu’à présent coquette, se pouvait pas supporter l’image de son corps épuisé et pelé par ce crabe privé de plage. Comment se sentir femme dans un corps qui plonge vers l’abîme, cheveux et peau ?

Elle n’avait jamais été épaisse. Sa poitrine menue, elle s’y était faite. Deux petites poires que pourtant bien des bouches d’hommes avaient goûté avec appétit.

De fait, elle s’était sentie à l’abri car le cancer ne s’attaquait avec raison, plaisantait-elle aux femmes généreuses, juste compensation !

Début juin, quand les corps se dévoilent et s’éveillent, Helena ne pesait plus que 45 kilos. Il faisait déjà chaud pour la saison mais, pour elle, l’astre solaire semblait être le soleil noir de la mélancolie.

Sa peau blanche toute collée contre les os, Helena sortait peu, effrayée par le regard fuyant des passants.

Un matin, elle se rendit sur la plage. Le ciel était encore d’un rose tendre et la marée doucement semblait venir vers elle comme un linceul de nacre.

Helena se leva et s’avança vers la mer. L’eau l’enveloppa comme les bras d’une mère berce son enfant.

Elle retrouvait un plaisir qu’elle avait oublié. Celui de ne plus sentir son corps, d’être en harmonie avec la nature, loin des salles stériles et du bruit des machines.

Les étoiles, fatiguées, pâlissaient déjà sous l’œil encore timide du soleil. Le vent tiède semblait encore murmurer quelques paroles consolantes.

Etendue dans l’eau, sa poitrine mutilée tournée vers le ciel, Helena pensa, pour la première fois, depuis des mois de souffrance, en scrutant les douces profondeurs de l’azur à son avenir...
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