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Hasard et providence

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Pac

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Qu’est-ce qui a bien pu clocher, sonner faux voire ne pas sonner à l’image de ce téléphone demeurant désespérément muet ?

Je ne crois pas à la simulation du plaisir ! Nous nous sommes croisés dans le tourbillon grisant d’une soirée diablement festive et nous sommes laissés entraîner vers une volupté de chair dont le balai frénétique ne trouve d’apaisement que dans le jour naissant. Nos corps dansaient jusque là de concert comme envoûtés par une chamane marionnettiste.

Je ne crois pas à une fugue de la joie ! Dans le sillage de nos plaisirs effrénés, nos cœurs utilisent nos voix pour rire bruyamment, nos esprits joueurs reproduisent les espiègleries de jeunes adolescents. Nos énergies se complètent dans d’infinies farandoles et nous flottons en apesanteur aspirés ou inspirés par les rengaines qui envahissent l’air du temps.

Est-ce la peur paradoxale du bonheur ? Moi je ne crains pas les rythmes plus lents où la passion cède sa place à une complicité apaisée, sous la houlette harmonieuse d’un chef d’orchestre céleste. Je ne crains pas de me projeter sans réfléchir dans une vie à deux puisque j’ai l’impression que la providence me fait signe.

Le bonheur, ce lac à la fois calme, inondé de soleil et empli de petites surprises colorées, arabesques de papillons et libellules, je pensais en maîtriser tous les ingrédients. Je la sais femme jusqu’au bout des ongles et donc sensible aux ambiances déconcertantes. J’ai échafaudé un plan ajoutant une pointe de sel dans notre union déjà pimentée.

J’ai imaginé ce rendez-vous galant, s’accordant avec le vent de nos élans et invoquant la légèreté des couples en devenir des tableaux de Renoir. Je l’ai sentie suffisamment enthousiaste pour garnir ma poche d’une bague de métal inoxydable, amulette ou objet scellant notre amour, la magie de l’instant devait en décider.

Je suis planté au musée d’Orsay devant le « Bal du moulin de la Galette », l’air empoté sous mon canotier. Je lui ai lancé ce défi un brin machiavélique de ressembler à la jeune fille assise au premier plan. On ne saurait aujourd’hui deviner si cette gracieuse demoiselle au regard innocent porte une robe de bal ou une robe de chambre.

D’abord émoustillé, me demandant de quel espace-temps elle allait surgir, j’envoie désormais mes pensées vers une plus sombre réalité. Une longue heure d’attente, une longueur de mauvais scénario, une langueur monotone... Je sombre tel Verlaine dans un puits de peine alors qu’en me levant j’étais encore Gene Kelly, un serin sifflotant sous la pluie.

Ma Juliette est restée sur son balcon à observer la liberté circuler sous son nez. Peut-être a-t-elle senti sa vie lui échapper ? Elle veut sûrement voyager, s’instruire encore, rencontrer d’autres garçons et découvrir le monde avant de bâtir le sien. Elle a décidé de repousser l’instant que la fille du tableau attend de toute son âme.

Je tourne les talons et prends tête basse le chemin de la sortie quand je suis interpelé par un groupe d’acteurs. Leurs déguisements sont comme sortis tout droit d’un roman de Proust. Une brune sous une ombrelle pose sur moi ses grands yeux noirs, ceux de la fille du moulin de Renoir. Hagard, je la suis du regard.

Elle me sourit, me prend pour un égaré de sa tribu puis m’invite à la rejoindre. A peine adopté, je me résous à prendre avec eux la direction de Cabourg, et c’est déjà pour moi une nouvelle histoire d’amour. Il n’est à l’évidence point de fausse promesse de la providence qui ne puisse être balayée par un heureux hasard.

PRIX

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Pascal Depresle · il y a
Magnifique, le fond et la forme qui nous prennent, j'adore. A l'occasion, si le cœur vous en dit, mon "Gamin" est en finale et mon univers vous est grand ouvert Amicalement http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gamin-le-pont
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Elena Hristova · il y a
Votre texte a ses chemins qui bifurquent si bien entre les femmes réelles et les filles des tableaux, la présence charnelle des unes compense l'inconsistance évanescente des autres. ( gagnant-gagnant)
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Evinrude · il y a
J'arrive après la bataille dirait-on...zut ! J'aurais aimé contribuer à votre succès !
Votre texte m'a énormément plu !
Mon vote bien évidemment !
Puis-je vous inviter, si le cœur vous en dit, à découvrir deux de mes publications en lice pour l'automne : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-marteau-et-les-etoiles et http://short-edition.com/oeuvre/poetik/prends-ma-main-porte-ma-peine

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Jean Calbrix · il y a
Une langue d'une belle richesse, une histoire pleine d'évocation artistique. Bravo, Pac ! Mon vote et mes regrets que votre texte ne soit pas en finale !
Mon Lucky Luke que vous avez apprécié est dans la dernière ligne. Vous pouvez revoter pour lui si le cœur vous en dit : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip

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Patou · il y a
J'ai adoré
Merci à toi cousin paccoulin

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Pac · il y a
Tant mieux, ça fait plaise! Bises
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Ody · il y a
Bien tourné, le texte ;)
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Pac · il y a
Merci Ody
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Nihal · il y a
C'est très beau ! Bravo.
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Pac · il y a
Merci bien.
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Geny Montel · il y a
Merveilleuse exposition et très beau texte !
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A. Nardop · il y a
Belle idée de rendez-vous.
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Pac · il y a
Merci
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Monique Feougier · il y a
Bravo à vous, très bien exécuté…mon vote sans attendre
Je vous invite à découvrir mon poème « Monsieur Midi et Madame Minuit » en concours également si vous en avez envie bien évidemment…
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/monsieur-midi-et-madame-minuit

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Pac · il y a
Merci pour le vote et la rencontre avec vos amoureux intemporels!
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