Hannibal

il y a
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Je suis un être plutôt instable, un tantinet introverti.Mon gout néanmoins principal va à la poésie, de préférence gaie, limpide, évidente, sans trop de mystère, compréhensible aisément  [+]

Je vais vous conter l'histoire d'Hannibal. Non pas celle du célèbre général Carthaginois qui, avant Jésus-Christ, déteste les Romains et traverse les Pyrénées et les Alpes avec ses éléphants.
Mon Hannibal ,à moi, est un solide taureau aux bourses pleines, un bovin qui prospère et rumine bien plus au Nord de ces montagnes, dans une région de plaines qu'on appelle depuis peu "les Hauts de France". Est-ce justifié de dénommer ainsi une contrée plate ? Certes, il est vrai que sur notre croute terrestre, à l'aune des reptiliens que nous sommes, rien n'est jamais bien plat. Ici, des montagnes russes, les monts de Flandres, des falaises abruptes qui tombent à pic dans la Manche, la Montagne couronnée de Laon,.....
Donc, Hannibal, notre taureau broute des jours heureux dans ces Hauts de France, à l'époque où l'insémination artificielle n'est pas encore inventée par l'homme avide de rendement, de facilités mais égoïste en privant les vaches de tout orgasme, les souffrances du vêlage seulement, cela équivaut aux conséquences néfastes de l'excision !
Au bon temps des colonies, dans les armées coloniales, le BMC (Bordel Militaire en Campagne) amène ses filles chez les soldats en campagne, à même les théâtres d'opération, pour remonter leur moral et expurger leur trop plein d'agressivité sexuelle. Quant à Hannibal, processus inverse : c'est lui qui sert à domicile mesdames les vaches, pas folles mais chaleureuses. Son propriétaire est un homme qui sait parler aux oreilles de son taureau. Avant son départ en tournée galante, il lui indique le nombre de partenaires qu'il aura à satisfaire, la recherche d'un rendement équitable existe déjà mais sans supprimer le plaisir sexuel des vaches . Pourquoi préciser à Hannibal, ce nombre ? Afin que celui-ci , répartisse avec équité des doses à l'occasion de chaque transaction. Un problème de calcul simple de cours élémentaire - niveau auquel peut se hisser le bovin lambda- : la contenance de ses bourses jumelles ( qu'il connait bien d'avoir à supporter leur lourd ballottement) divisée par le nombre de clientes lui précise la grandeur de chaque dose. Hannibal, désireux d'une fourniture de qualité, après chaque potion délivrée, remue les contenants ( il s'ébroue comme un chien mouillé) pour assurer l'homogénéité parfaite des gamètes en permanence. Il ne faut pas que la dernière servie ne récolte que de la lie !
Cette histoire de dosage me ramène à une période de ma vie militaire d'appelé : l'épisode des piqûres en rafale pour rester dans l'esprit de ce moment. Ainsi, par demi-douzaine, torse nu, les trouffions sont assis sur un banc. Un premier ersatz d'infirmier nettoie l'endroit de l'épaule à piquer avec un tampon d'ouate imbibé d'alcool . Un deuxième plante les aiguilles. Un troisième, muni d'une seringue graduée contenant la dose globale pour six, injecte- dirais-je au jugé- à chacun sa dose. Oui, j'ai l'impression encore maintenant que ce troisième infirmier avait une formation préliminaire de pâtissier et qu'il manœuvre sa seringue à vaccin comme une seringue à décorer les gâteaux d'anniversaire. De la sorte, la dose inoculée à chaque soldat n'est qu'approximative. Pour le dernier, à l'extrémité du banc, c'était une tombola, soit il reçoit une mini-dose, le reste, soit il encaisse le reliquat en possible surdose.
Hannibal est, j'en suis sûr, pour la distribution des doses plus adroit, plus impartial. Chez lui, la graduation sans marquage est sensitive.
Lorsqu'il n'est pas en tournée chez les vaches du canton, pour recharger ses batteries, il paisse en paix, heureux comme un pape d'antan, dans un enclos en bordure de voie ferrée. Il regarde passer les trains, c'est de mode bovine. Tant de trains disparates trépignant, fumant, circulent à proximité comme pour le distraire. Parmi ceux-ci , il y en a un particulier, une particulière dirais-je. Elle a sa préférence avec ses allures gracieuses : c'est la Micheline. Vous savez ce petit engin paré de petites vitres latérales qui ressemble à un petit autobus, c'est-à-dire l'ancêtre de l'autorail. Comparée aux monstres d'acier que sont les grosses locomotives, elle est la " trotte menu "du chemin de fer. Quand elle passe, légère, guillerette, Hannibal charmé la salue en lui présentant, fiché dans ses naseaux, un bouquet soit de coquelicots valant roses rouges, soit de reines-marguerites au coeur d'or. Elle le remercie en sifflant quelques coups brefs et langoureux et lui fait des clins d'oeil avec le gros fanal rouge de son arrière-train. Quelle évidence ! Il en est devenu amoureux. Il attend avec impatience son passage. Elle semble répondre favorablement à ses avances.
Un jour de canicule, alors qu'il était en congé de tournée prolifique d'étables, elle arrive en se dandinant sur ses rails luisants, dans une nouvelle livrée écarlate. Il voit rouge évidemment . Elle passe à vitesse plus réduite que d'habitude, elle a pris de l'avance pour se prélasser un peu plus longtemps auprès de lui. Mirage ou image, il croit voir, il voit le fessier d'une vachette provocante. Il ne peut juguler son désir émoustillé. Il bondit par-dessus le grillage de son enclos. Conséquence funeste, car au franchissement des acérés fils barbelés, il accroche ses grosses gonades qui sont super chargées jusqu'à pendouiller exagérément. Oh, la ! la ! Quelles douleurs, celle de la blessure et celle de voir disparaitre sa bien désirée.
Intervention inévitable du vétérinaire, notre pauvre Hannibal est alors émasculé, à jamais. Il est bon pour la réforme steak . Mais non, depuis, son propriétaire, reconnaissant les services rendus par ce forçat consentant de la procréation de haute qualité, lui procure une retraite paisible .
Toutefois, puisque notre remarquable HANNIBAL a perdu définitivement ses balles, il s'appelle désormais ANNIE.

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Miss Free · il y a
Très drôle! J'en ai fait tomber une partie de mon déjeuner sur le clavier...
Maintenant, qu'Hannibal est devenu Annie, il va pouvoir pousser la chansonnette! Annie aime les sucettes...

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Duje · il y a
Très très drôle aussi . Merci .
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Duje · il y a
J'essaye cela pour contrecarrer un peu la tristesse de certaines oeuvres
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Dolotarasse · il y a
Une bonne dose d'humour...
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Bisaigue12 · il y a
Un documentaire animalier des plus couillus, humoristique,qui vire au transgenre, on sent bien qui a reçu la grosse dose de vaccin.... bravo:
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Duje · il y a
Bisaigue 12, tu me fais marrer, un peu, beaucoup titi parisien d'autrefois. C'est vrai que j'en tiens une bonne de dose. Un jour que j'étais le dernier servi, j'ai failli crever, je te jure .
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Bisaigue12 · il y a
Pour le vaccin c'est donc du vécu, bien, mais pour le reste?
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Duje · il y a
Cela a failli m'arriver lors du parcours du combattant, au franchissement d'un genre d'échelle dressée à 3/4 mètres de hauteur. J'ai perdu quelques boutons de mon treillis, pour le reste , j'ai serré les fesses, ça a passé tout juste.
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Bisaigue12 · il y a
Veinard!
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Utilisateur désactivé · il y a
Subtil renversement des prénoms et belle satire du militarisme !
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Duje · il y a
On était plutôt abrutis que tendres.