Handi-capable

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Le temps est chaud et sec. Il est difficile de supporter l’attente du bus 12B qui se fait désirer à l’arrêt « La Timone ». Un vieux couple, deux adolescents et une dame en fauteuil roulant l’attendent impatiemment. Il arrive enfin. Les portes s’ouvrent. Avec l’espoir de trouver de l’air climatisé, les nouveaux passagers se ruent à l’intérieur comme s’ils avaient le diable aux trousses. Les adolescents manquent de bousculer leurs ainés, et eux-mêmes ne calculent pas la femme infirme. Cette dernière se retrouve à tenter vainement de faire passer son fauteuil entre le trottoir et le marchepied. Pleine de sueur, elle ressemble à un poisson qui se débat une fois sorti de l’eau. Le chauffeur demande si elle a besoin d’aide. Elle répond timidement que oui, comme si ça ne se voyait pas assez. Il l’aide. Elle entre. Le vieux couple, honteux de leur mégarde, se poussent pour la laisser passer tout en faisant bien attention à ne surtout pas croiser son regard. La femme a de la chance, elle peut se mettre dans un compartiment dédié pour les personnes comme elle. Oubliée, humiliée et maintenant comme marquée au fer rouge, elle manœuvre et s’installe.

La chaleur à l’intérieur du bus est bien pire qu’à l’extérieur. La climatisation ne fonctionne pas faute d’un manque de liquide. Impossible d’ouvrir les fenêtres pour espérer trouver un brin de fraicheur, les bouchons de la ville ne font pas avancer le véhicule à une vitesse suffisante. L’énervement gagne peu à peu les passagers. C’est alors qu’un bruit sourd se fait entendre ! Le vieil homme qui attendait le bus il y a peu vient de s’écrouler au sol. Comme un pantin à qui l’on coupe les fils. Il gît au sol sans donner le moindre signe de vie. Sa femme hurle à plein poumons, emplit de terreur. Les passagers paniquent. Entre les cris et les klaxons, le chauffeur ne sait quoi faire.

L’instant de panique passé, l’instinct d’agir gagne alors tout le monde. Le chauffeur réussit à manœuvrer pour sortir de la foule et se gare alors sur le bas-côté. Un des deux adolescents appelle les secours tout en donnant la position exacte. Une femme attrape par la main l’ainée en panique et la fait s’assoir à coté d’elle tout en lui tenant la main. Un homme place le malheureux sur le coté en position de sécurité et ordonne de laisser un périmètre suffisant autour d’eux. Enfin, la femme en fauteuil arrive à s’approcher à l’avant du bus pour proposer son aide.

Elle indique à l’homme qui veille sur le vieux monsieur de le placer en position assise, afin d’éviter un choc crânien dû aux piétinements des gens dans le bus. Ce dernier la dévisage. Elle insiste. Il lui dit de s’éloigner, qu’elle ne fait que gêner, que la situation est déjà assez délicate. La femme en fauteuil se met alors à hurler, elle sait ce qu’elle dit, la survie de ce monsieur en dépend ! L’homme l’ignore. Un des adolescents attrape par le fauteuil la femme et la guide à sa place réservée. Il lui propose de boire un coup pour se calmer. Cette dernière continue son hystérie, elle ordonne que l’on regarde dans son sac, laissé à l’avant du véhicule, pour confirmer ses dires. Infirme et folle en plus de ça... Les secours arrivent enfin ! Ils évacuent le malheureux et l’auscultent mais... il est trop tard. Le vieux monsieur s’était simplement évanoui à cause de la chaleur mais il a succombé aux chocs que son cerveau a subi alors qu’il était au sol. Il aurait simplement fallu le placer en position assise pour le sauver. Une carte se trouve au sol du véhicule, elle est tombée d’un sac à main. L’on peut y lire « Docteur Baker, spécialisée en médecine générale ».

Une vie aurait pu être sauvée. Les coupables ne sont ni chaleur, ni les vibrations. Non, ce sont les préjugés qui ont tué cet homme. Et ce sont eux qui ont blessé cette femme dans son honneur professionnelle et dans sa condition humaine. Il est clair que si l’on juge cette femme à sa capacité à courir un marathon, on peut la mettre d’office à l’écart. Mais est-ce pour autant juste de ne pas considérer ses autres atouts ? Handicapée aux yeux de tous, et donc capable de rien ?
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