Haine, haine, haine…

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J'essaie d'écrire des textes lisibles avec une histoire forte, violente, provocante, dérangeante. J’écris court, parfois très court, lisez mes "Ultra Short Stories", une chanson, une poignée de  [+]

14 février.
Dernier RER.

Je les observe. Depuis plusieurs stations déjà, je les regarde. Deux jeunes amoureux ordinaires, beaux, intelligents, aisés, élégants, souriants.
Heureux.

Je ne les lâche pas des yeux.

Petits baisers, murmures à l’oreille, les yeux dans les yeux, main dans la main, amoureux solitaires, avec cet air niais qu’ils ont tous, avec ce putain de petit sourire stupide de béatitude amoureuse.

Dés le début je les ai pris en grippe.

Ils sont montés à Châtelet. Ils ont failli s’asseoir à mes côtés. M’apercevant, ils se sont ravisés. Discrètement bien sûr, des jeunes gens bien élevés. Toutefois j’ai perçu le bref recul qu’a eu le type, j’ai vu la légère moue de dégoût qu’a eu la fille, ce froncement de nez, fugitif mais bien réel. J’ai l’œil pour ces choses là. Ils se sont assis plus loin, mettant suffisamment de distance entre eux et moi, entre eux et mon odeur.

Depuis j’observe. Je les observe.

Station après station la rame se vide, le terminus se rapproche. Nous ne sommes maintenant plus que trois.
Moi et eux.

Eux, seuls au monde, ne voient plus qu’eux, n’entendent plus qu’eux, ne pensent qu'à eux.

Je les regarde.

Le temps se fige.

Je ressens comme une émotion, oui.

Elle est là dans mon estomac, animée de mouvements spasmodiques. Boule vivante qui me tord les entrailles, me plie en deux. Cette douleur je la connais bien, familière, elle m'accompagne depuis des mois, des années.
Cette douleur sourde si présente qui ne demande qu’à sortir, tel le monstre de ce film, Alien, que j’ai vu dans le temps, dans le temps où j’avais une vie. Oui tel ce foutu monstre, elle va finir par sortir, m’éclater le ventre dans un geyser de viande, de sang, de tripes, de glaires et de bile. Oui cette chose va s’extraire et recrépir les murs et le plafond de nourriture mal digérée.

Elle va s’extraire, oui, enfin, sortir, jaillir, s’extirper, disparaitre et enfin me laisser en paix...

Peut-être...

Nouvelle station, le temps passe, les deux se sont coupés du monde. La boule enfle, enfle, encore et encore. Maintenant elle est là, violente, hurlante, tordant mon ventre douloureux.

Je hais ces deux merdeux qui m’ignorent, oui, ces deux merdeux pour qui je ne suis qu’une ombre assise au fond d’un wagon.
Une ombre qui pue.

Je les hais,
deux,
je les hais, je les hais,
deux, eux deux,
je les hais,
deux, eux deux, deux et encore eux deux.

Je les hais.
Simplement.

Le métro quitte la station.
Je me lève.

Couple, duo, paire, EUX DEUX !.

Je m’avance, lentement.

Bonheur.

Ils ne me voient pas, perdus dans leur monde.

Heureux.

J'avance encore.

Je pose mes mains sur leurs têtes, tendrement, délicatement, les interrompant au milieu d’un baiser passionné.

Amour.

Je leur caresse les cheveux.
« Bonjour » dis-je, en leur souriant.
Ils me fixent.
Regard interrogateur.
Etonnés, visiblement.

Me voient-ils réellement. Oui peut-être, cette fois, enfin, oui, ils m’ont vu.

Sourires.

J’empoigne leurs cheveux, les tire, les écarte l’un de l’autre.
Cris de surprise. Protestations.

Action.

Leurs deux crânes se percutent, une fois, deux fois.
Hurlements.
Arcades sourcilières éclatées dès le premier choc.
Douleur.
Le nez de l’amoureux transi ne résiste pas au second.
Ils pissent le sang et s’éclaboussent mutuellement.
Yeux exorbités.
Vermillon.
Aucun des deux ne dit plus rien.
Je les relève.
De la main droite je tiens la fille.
Fermement.

Projection.

Je lui écrase la mâchoire contre la barre de fer située en dessus des sièges. Plusieurs fois.
Je lui brise méthodiquement la bouche, chaque impact la lui défonçant, brisant les dents, le palais, broyant le nez.

Son compagnon ne dit rien.
Tétanisé.
Il pleure.

Je lâche la fille qui s’écroule au sol.

Je passe l’homme de ma main gauche à ma main droite.
Plus pratique.

Propulsion.

La bouche du jeune con mange littéralement la barre, les incisives cèdent dès le premier impact.
La pointe de sa langue, coupée nette, tombe au sol.
Son visage percute la barre, encore et encore.
Blam, blam, blam...

Percussions.

De sa bouche il ne reste plus maintenant qu’une bouillie sanguinolente.
Je le lâche aussi.

Je les relève, les remet sur le siège dans leur position initiale, face à face.

Je prends délicatement la tête de la fille, la penche légèrement sur la droite. Je fais de même avec celle du garçon.
Je rapproche alors les visages, place ce qui leur reste de bouche en contact, pulpe contre pulpe dans un baiser grotesque.
Légère pression pour que plus rien ne bouge, cela fait comme un bruit de succion, un étrange son gluant et visqueux.
Je remets l’œil droit de l’homme dans l’orbite dont il a été éjecté.

Superbe.

Je m’écarte légèrement, contemple mon œuvre, ça a de la gueule, ils sont beaux. Je souris, soulagé, la boule est partie...
En tout cas pour ce soir.

Je suis bien.

Trois minutes plus tard, avant dernière station, le quai est vide, je sors.

« Happy Saint Valentin les amoureux ».
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