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Haine cordiale

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July

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Comme je la hais. Elle qui n’a pas su résister, elle qui a renoncé sans se battre. Sa vie aurait pu être tout autre mais son silence a scellé son destin. Âme désincarnée, fantôme muet, témoin passif des événements. La rébellion contre l’Homme n’était pas dans son cœur. La confiance et l’amour régnait.
Par un début de soirée venteux, le souffle fétide de l’Homme a balayé sa pureté comme on souffle sur un pissenlit, sans remords, juste pour le plaisir égoïste de l’instant. A la place, il y a laissé son règne de doutes, de méfiances et de troubles.
Elle s’est laissé faire ignorant ce que la négation était. Enfant facile à qui on a appris à dire oui en souriant, à qui on a appris à ne pas déranger. Elle savait pourtant que c’était mal, qu’il lui faudrait porter la honte du péché originel. Mais l’homme était le plus fort. Tel le serpent, il s’est montré enjôleur puis il a mordu dans la chair tendre pour y laisser la marque de son infamie. Pendant l’acte, elle a flotté au-dessus de son corps, pensant y revenir et oublier. Elle entend encore les adultes lui dire de suivre l’Homme, qu’elle s’amusera bien avec lui. L’Homme s’est bien amusé. Son esprit à elle n’a jamais pu revenir dans son corps. Il ne lui appartenait plus. Son corps est devenu un bien public dont tout le monde peut user et abuser à loisir. Elle n’a pas été brisée, elle a abandonné sans même essayer.
Elle ne se sentira jamais en paix. La marque est indélébile. Sous les apparences de la normalité, parfois sa folie s’échappe et la violence contenu se déverse dans sa tête empoisonnant jusqu’à la moindre de ses pensées, aussi joyeuses fussent-elles.
Cette garce a tout gâché. Elle avait tout pour être heureuse mais elle pourrit ce qui l’approche par les ténèbres qui l’habitent. Elle ne peut se soulager par les larmes, elle a perdu le droit de pleurer ce soir-là. Elle ne veut même pas surmonter tout ça, la chose fait partie d’elle.
À l’adolescence, un désir de vengeance a surgi, bien vite balayer par son insensibilité et son manque d’implication dans sa propre vie. Elle se laisse toujours porter par les événements, à jamais indifférente à ce qui lui arrive.
Ensuite la vengeance n’est plus un moteur suffisant. Elle veut vivre comme si de rien n’était, oubliant jusqu’aux derniers souvenirs d’enfance. Elle choisit de se cacher. Son manque de courage l’a plongé en enfer.
L’homme lui a bien continué à vivre normalement, peut-être ne s’est-il rien passé? C’est ce qu’elle voudrait croire.
Si elle croit que je vais la laisser faire. Qu‘elle crève puisqu’elle ne mérite pas de vivre.
Je suis la petite fille qui a hurlé ce jour-là, je suis l’adolescente démente aux rêves de carnages, je suis l’adulte qui nourrit la nécrose de son âme. Je suis sa violence, sa rage, son désespoir. Je suis ce qui causera sa perte comme elle a causé la mienne.
Maintenant, je suis sa mort. Ce corps inutile cessera de vivre et mon âme alors s’envolera comme elle aurait dû le faire ce soir-là.
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