Guerrier

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J'ferai pas don de mon corps, ni à la science ni à la terre ; j'voudrais qu'on laisse mon cadavre se faire bouffer par les vautours, histoire d'avoir la certitude de monter au ciel  [+]

Image de Automne 2013

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Face contre terre. Je suis au sol. N’importe qui peut m’atteindre, mais ils me croient mort. Ceci est loin d’être le cas, je n’ai jamais été aussi vivant qu’en cet instant. L’odeur du sang emplit mes narines, les hurlements me montent à la tête. Je suis enivré, bercé par cette symphonie rythmée d’entrechoquements.
Je pourrais me lever et rejoindre la bataille, mais qu’est-ce que j’attends ?
Mon arme, un sabre. Je l’ai égaré dans ce paradis damné, celui des guerriers. Être séparé de cette lame sacrée qui renferme une partie de moi, c’est comme si j’avais perdu ma moitié, mon âme. Je me sentais comme une coquille vide, insignifiante, dépourvue de tout ce qui faisait sa beauté.
Me battre ? Je ne fais que ça depuis des années. Rien d’autre n’a d’importance aux yeux de mon peuple. Le sang, les larmes, la victoire, la chute des ennemis vaincus...
Les combats autour de moi font rage. La cacophonie ambiante est une sombre mélopée qui me plaît. Mes membres hurlent de fatigue cependant ma soif de violence est plus forte, comme toujours. Je pousse un cri. Seul un gargouillement misérable s’extirpe de ma gorge. Il faut que je me lève. Je dois contrôler mon corps, ne pas le laisser imposer ses limites : mon esprit doit le dominer. Je prends appui sur mes paumes, dans la chair des cadavres qui tapissent un sol, sec auparavant, mais rendu boueux par le sang versé. Je me redresse, constatant que mes jambes peuvent encore me soutenir. Avec peine.
Une dague, à terre. Un véritable miracle. Je la ramasse, et lève la tête vers une voûte étoilée écarlate, les Cieux, comme toujours, reflètent le paysage terrestre. Les Cieux Miroirs, c’est ainsi que nous les appelons, j’ai promis sur ma vie de les faire rougir tant que j’en aurais le pouvoir. Je pousse un cri à m’en déchirer les cordes vocales. Un cri de rage.
Mes cheveux, poisseux d’un liquide familier, sont soudain rabattus sur mon visage par un coup de vent brutal. Je me propulse sur le dos d’un guerrier adverse, il fait bien deux fois ma taille, mais je n’ai pas peur. J’ai dû égarer ma raison de la même manière que mon sabre, sur le champ de bataille... Nous sommes tous des corps, des morceaux de chair, ils sont ceux qu’il faut abattre.
Un « debout » ennemi. Il faut le tuer.
Un corps à terre. Il faut le piétiner, peu importe son camp.

Mon visage est souillé d’écarlate, à force d’égorger, de percer, de tailler, de taillader. Mes frères et sœurs sont dans le même état que moi, ivres de ce délicat nectar empoisonné, celui que procure le carnage. Certains sont réduits à user de leurs mains nues pour étrangler, ils ne feront peut-être pas long feu, mais ils ne baissent pas les bras pour autant. Notre véritable force réside autre part que dans notre puissance physique, au-delà de ce que quiconque pourrait imaginer.
M’arrêter ? Jamais. Pas avant que les ennemis soient tous au sol ou que la Faucheuse m’emporte. Notre terre sera défendue quel que soit le nombre de vies perdues.

La victoire n’appartient qu’aux survivants, la défaite aux faibles. La mort aux courageux.

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