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FINALISTE
Sélection Public

Ici et là quelques vieilles fleurs séchées montraient la patience du temps. Celle qu'il avait fallu à cet endroit d'enfance pour m'appartenir, comme si un bout de papier changeait les notions d'appartenance. Un lieu de confusion et de souvenirs ensoleillés, voilà ce que cette habitation que l'on nommait joliment « maison de famille » évoquait aujourd'hui, un lieu brodé d'amertume et de regrets.

La décoration de mauvais goût avait masqué toutes les beautés possibles. Celles de mon imagination d'enfant, celle qui se tord sous le souffle des rancœurs, des non-dits, des rendez-vous de tendresse ratée.
J'aurais donc mis trente-cinq ans à y retourner, enfin y retourner vraiment, à regarder le jardin transformé en un lieu insignifiant sans les groseilles du début d'été, sans les bêlements des agneaux...

Et puis toutes ces journées chaudes où la vie qui bascule ne fait pas plus parler d'elle qu'une mauvaise moisson. Celle où la lâcheté se tricote en pleine complicité, en terrains conquis à la blancheur de l'intention. Une fleur fanée me ramena à l'odeur du bois de mon piano, les bougeoirs rarement allumés et le ceinturon qui battait la mesure...

Je pouvais descendre ces escaliers autrefois dévalés pour accueillir un amoureux secret, mon petit papier plié en quatre que je lui remettais en fin d'après-midi et qui me donnait l'élan courageux de toute ma jeune vie.

J'étais donc propriétaire de ma geôle enfantine, ma sœur comprendrait peut-être le pardon dont j'avais besoin pour continuer à vivre sans mes souvenirs, sans ceux vilains qui la faisaient encore aujourd'hui pleurer sans une larme, un chagrin sec en intérieur.

Le jardin absent à la première visite devint mon obsession je préparais donc pour elle un carré de verdure et de délices où elle pourrait se montrer un peu heureuse le temps des retrouvailles. On pourrait ainsi vendre cet endroit avec de nouvelles groseilles rouges et quelques joies au fond du cœur pour cette enfant qui autrefois jouait du piano les yeux baignés d'eau.

PRIX

Image de Été 2019
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Marie Quinio · il y a
J'aime toujours ! ;) Bonne finale Marie
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Sophie Dolleans · il y a
Un TTC poétique où se mélange plaisirs et souffrances. Quelque chose d'aérien dans l'écriture et nous virevoltons entre les lignes, les images, le jardin...
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Bruno Teyrac · il y a
Je renouvelle mon soutien à votre très beau texte, tellement poignant. Bonne finale, Marie !
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Dranem · il y a
On idéalise toujours nos souvenirs d'enfance dans ces vieilles demeures aux fleurs fanées ... alors quand on revient on voudrait poser une touche de couleur, de la couleur des groseilles...
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Annick · il y a
Délicat hommage aux souvenirs, profonde mélancolie qui dissimule autant d'humbles plaisirs que de brutales désillusions. Mes voix en partage.
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Fred Panassac · il y a
J’avais craqué pour cette jeune pianiste prisonnière, voici à nouveau mon soutien en finale, un coup de cœur empreint de tristesse. Bravo Marie, belle journée !
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Vrac · il y a
J'ai aimé cette méditation rouge et translucide
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Joël Riou · il y a
Des souvenirs d'enfance aux saveurs exquises qui masquent, apparemment, des secrets de famille dont le poison n'en finit pas d'agir ...
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Ghislain Tshalwe · il y a
Je viens de découvrir cette histoire. Je ne l'avais pas encore lue. Elle est nostalgique. Avec des grands moments de description saisissantes et franchement originales :... Celle où la lâcheté se tricote en pleine complicité, en terrains conquis à la blancheur de l'intention. Et encore... sans ceux vilains qui la faisaient encore aujourd'hui pleurer sans une larmes, un chagrin sec en intérieur. J'aimé. Mes voix vous sont acquises. Bon weekend Marie!
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Samia.mbodong · il y a
Je soutiens toujours Bravo!
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