Grands crûs, petites contrariétés.

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Auteur récent, amateur ancien de littérature… Fervent lecteur… de toujours. Aime par dessus tout découvrir les idées des autres, surtout si elles sont bien écrites.  [+]

C’était clairement l’endroit du monde qu’il préférait, sa villa en Californie à San Clemente.
Adossée à la colline, derrière les larges baies vitrées de son salon, il avait une vue imprenable sur le Pacifique, et par beau temps on voyait Catalina Island.
Il se souvient de sa rencontre sur le terrain à peine défriché avec l’architecte pressenti pour la construire.
- Mais c’est un site fantastique, Monsieur Jones
- Appelez-moi Jack
- Jack, je peux te construire une villa de rêve ; as-tu vu le film de Lynch Mulholland drive ?
- Deux, trois fois, au moins... jamais rien compris à l’histoire.
- Comme tout le monde; c’est pour ça qu’il est célèbre... Sur ton terrain, je peux te construire la villa qu’on voit à la fin du film.
- Je sais exactement où elle est... dans les collines d’Hollywood, pas loin d’ici.
- On peut aller la voir ensemble.
- Pas le temps... Pour ma villa, prévois bien une piscine à débordement de plain-pied avec la maison. La pente est suffisante, ce sera spectaculaire... et trois chambres, salles de bain... un salon d’au moins cent mètres carrés... et une grande cave à vin en sous-sol ; ça couterait dans les combien ?
L’architecte sort de sa serviette un petit bloc-notes, griffonne au feutre rouge un nombre à sept chiffres ; d’un geste spectaculaire le lui met sous le nez.
Il avait pris le bloc-notes, il l’avait daté et apposé sa signature sur la feuille.
Une affaire rondement menée... et sans lawyers.
C’était il y a plus de trente ans... aucune construction n’avait pu prendre la vue sur le Pacifique, mais quand Deborah s’approchait de la piscine pour son immersion quotidienne, personne ne s’intéressait à l’océan !
Et Carla, et Cynthia et Julia, et Véronique la frenchie, toutes avaient ce don de capter les regards, les détourner de Catalina Island, même les matins clairs où l’ile brillait avec le soleil encore oblique.
L’architecte, Steven Hamilton, son nom lui revenait subitement, avait pesté contre les rochers découverts dès les premiers coups de pelle. Il avait joué le jeu, il avait creusé la cave à vin à même le rocher.
C’était devenu sa pièce préférée... à l’abri du soleil écrasant... et avec tous les placards où au fil du temps, il avait soigneusement rangé ses crus préférés...Une sérieuse dépense quand ayant constaté qu’il y faisait trop chaud, il avait fallu y faire installer la clim !
- La Californie a le sol et le ciel chaud, mais les filles ont le regard froid, avait dit Bob, le gars qui se battait avec ses tuyaux pour faire l’installation ;
- Quand on est riche, c’est tout l’inverse, les filles sont chaudes, et on a souvent envie de les refroidir !
- Et je vous mets la clim dans chaque placard ?
- Le dernier placard, faites-moi une chambre froide, j’en ferai une réserve pour des vivres, on sait jamais. Pour les autres mettez la clim, c’est là où je mets mes grands crûs, vous savez, il y a des bouteilles à plus de mille dollars...
- Oh moi le vin... je préfère un bon Jack Daniel... ça vous remets la tête en place en quelques secondes.
Véronique, son ex, disait : « Moi, ce que j’aime dans le vin c’est la pénétration lente de l’arôme, le velours qui descend délicatement »... elle savait de quoi elle parlait, elle avait vidé le placard à Bordeaux... heureusement, il s’en était débarrassée avant qu’elle ne fasse trop de dégâts... le désastre, si elle s’était attaquée aux Nuit- Saint- Georges et Vosne-Romanée!
C’était il y a...plus de vingt ans... le temps passe !
Il n’était plus si sûr de son bonheur, ce matin ; l’explication au restaurant, hier soir avec sa fille lui restait en travers ; ces ados, à vingt ans ils ne savent rien faire, ils veulent tout, ah ça non, jamais elle ne viendrait habiter chez lui...
- Moi, à vingt ans je n’avais personne pour s’occuper de moi, j’avais vendu douze limousines et j’avais déjà un million en banque.
- Ta mère, je n’ai pas la moindre idée où elle est, ni personne d’ailleurs.
- Pas si sûre que ça ! J’ai ma petite idée... Avait-elle marmonné.
- Mets-toi bien ça dans la tête... Augmenter ton mois...Pas question... Réduis ton train de vie, réduis ta dose de coke... trouve-toi un boulot !
Elle avait eu un air méchant.
Mais ce matin, temps radieux... petit déjeuner sur sa terrasse « vue mer »... Catalina au large...et brillante. Bon, il lui téléphonerait dans la matinée ; naturellement il verserait cent dollars de plus. Il n’avait pas intérêt à se battre avec elle, c’était son seul enfant... il le lui avait bien dit hier au soir, lui mort, elle serait vraiment riche, mais il n’était pas si pressé... Et son « pas si sûre »... la garce, elle...non pas possible.
On sonne au portail.
- À cette heure... rarement de la visite ; c’est surement elle qui revient à la charge !
Il se dirige vers la lourde porte d’entrée.
- FBI, mains en l’air, Je vous arrête, à partir de maintenant tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous !
Ils n’avaient pas mis longtemps pour tout découvrir...
- Chef dans le sous-sol, dans un placard frigorifique, il y en a cinq... elles sont congelées, j’ai jamais vu ça !
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