Grand froid

il y a
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Poète insouciant épris d'art japonais et pratiquant les arts martiaux depuis 40 ans, je vois la vie comme une grande fresque que l'on dessine à chaque seconde, avec une grande vague à la naissance  [+]

Il fait froid. J’ai froid. Je dois absolument ouvrir les yeux, sinon je sens que je vais mourir ici, pendant mon sommeil, loin de tout.. Où suis-je d’ailleurs ? Mes souvenirs sont confus, des images de lutte, du blanc partout, puis je m’enfuis et puis plus rien, le noir total.
Je sens mon corps qui s’engourdit, il faut que je bouge, il le faut ! Ou c’est la mort...
Je parviens avec peine à ouvrir un œil, mais tout est noir. Je suis allongé sur le dos, mes bras sont repliés sur ma poitrine, et je sens un objet froid entre mes doigts. Je bouge les doigts de la main droite, la main gauche réagit à peine, mais petit à petit je sens le sang qui circule dans mes veines, et je parviens à saisir l’objet : c’est un couteau. Un grand couteau de chasse, avec un manche de corne, et une lame que je devine tranchante et redoutablement efficace. Suis-je un chasseur ? Une sorte de trappeur du Grand Nord ? Je ne me souviens pas ! Et puis je sens maintenant la faim qui me tiraille, mon estomac semble rugir tellement il est vide et affamé.
Il faut que je me lève ! Je ne dois pas refermer les yeux sur un sommeil qui deviendrait éternel, je le sais. Au prix d’un effort surhumain, je me redresse sur les côtés et me tient sur les coudes. Tout reste noir, je n’y vois pas à un mètre. Je suis allongé sur une surface blanche et froide, c’est de la glace. Je rampe sur quelques centimètres, pour m’apercevoir qu’il n’y a que de la glace devant moi. Je suis sans doute sur un lac gelé, j’espère que l’épaisseur de la glace est suffisante, je ne veux pas mourir noyé ! Je choisis de rester allongé, pour ne pas mettre trop de poids, et minimiser les risques de briser cette couche de glace.
Mais c’est peut-être ma chance. Si je parviens à faire un trou dans la glace, je vais sûrement pouvoir pêcher des poissons ? Je sens dans mon inconscient que je dois être un trappeur, les gestes vont revenir automatiquement et je vais pouvoir me nourrir un peu pour prendre des forces, et quitter cet endroit que je devine hostile.
En m’appuyant sur ma main gauche, je dessine d’abord un grand cercle avec le couteau dans ma main droite, puis je donne de petits coups sur le pourtour du cercle, afin de percer cette satanée couche. Mais ça ne fonctionne pas, la glace est trop épaisse, elle est dure comme de la pierre ! Surtout ne pas paniquer. Je rampe encore sur quelques mètres, je vais tenter de me relever pour mieux sonder la glace.
J’entends tout-à-coup un bruit étrange, une sorte de vrombissement ; ça ne peut pas être un avion, peut-être une voiture qui traverse le lac gelé ? Mais alors ? Je suis sauvé !
Une grande lumière m’éblouit soudain, comme si le soleil s’était levé brutalement, et je mets mes mains devant les yeux en criant, ce n’est pas possible ! J’entends des voix, des êtres humains, la civilisation, je me mets à pleurer de joie et je m’écroule au sol, épuisé.
« Hé Maurice ! Tu as vu, c’est encore le taré de l’autre jour ! »
« Oh non ! Il a encore fait des trous dans la patinoire, mais comment il a fait pour entrer ? »
Au loin, on entend les sirènes de l’ambulance qui arrive...

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Jeanne en B · il y a
L'effet de surprise est réussi :-) votre personnage dans son délire a finit par me faire rire. Lui se sera certainement moins amusé dans l'ambulance... bonne journée !
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Laurent courdavault · il y a
Pas sûr qu’il s’en soit vraiment rendu compte..
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Jeanne en B · il y a
Alors c'est peut-être mieux comme ça
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Monique Brunod · il y a
Pas mal encore cette histoire à la patinoire. Tu as le don de nous mener chaque fois vers une chute inattendue de l'histoire. Bien. Continue.
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lucile latour · il y a
etrange final. surprenant et qui fait son effet! après un faim qui tenaille...patinoire en plein air sur un lac gelé c'est possible...le taré ne l'est peut être pas?
voulez vous me rejoindre sur ma page pour lire voire + ma nouvelle "sur le chemin qui mèbe au puits" et pour la poésie vers libres "jusqu'a la pointe"? merci ++ .vous me direz. à bientôt.

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Loïc Bissa · il y a
Intéressant le texte.
Merci de bien vouloir me lire sous le texte "perdu"

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Alex CROW · il y a
Haha ! C'est sûr le type est un peu "piqué".
À force il risque d'être à "couteau tiré" avec le personnel de la patinoire ! Il pourrait être embauché chez "Picard". 😁
Une idée amusante... 😎

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RAC · il y a
Très sympa ce texte, avec une touche d'absurdité et une autre d'humour !
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Laurent courdavault · il y a
Merci beaucoup!
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cendrine borragini-durant · il y a
Quelle chute! J'ai bien ri. J'ai toujours eu un petit faible pour les tarés et le vôtre me plaît beaucoup. ;-)
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Laurent courdavault · il y a
Merci, même s'il n'égale pas votre "méchant"... Peut-être que Viktor de ma nouvelle "La fin?" s'en approche un peu?
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Corinne ADENANE · il y a
Description et ambiance du lac réussies... âme de trappeur aussi qui rappelle un petit coin du monde aux 10000 lacs. On sent les émotions de Maurice. Bravo!