Girouette

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Bienvenue dans mon impitoyable univers où les personnages sont face à une dure réalité, où les personnages ne sont pas sûrs d´en sortir vivant. Univers où le bonheur est éphémère et peut  [+]

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Il m’a regardée, m’a souri, m’a caressé la joue et m’a posé la pire des questions qu’on puisse poser dans un moment pareil : « t’es sûre de toi ? »

Moi ? Il me demande à moi, si je suis sûre de moi ? La dernière fois, j’étais pendant vingt minutes devant deux paquets de gâteaux dans la supérette en train d’hésiter entre ceux à la fraise et ceux au chocolat. Au final, je me suis rappelée que j’avais décidé de me mettre au régime la veille. Mais bien sûr, comme je suis une girouette, le lendemain, je suis venue chercher les deux paquets, parce qu’après tout, le régime pouvait bien attendre. Je le commencerai un lundi, en début de mois. Voilà, lorsque le lundi sera le premier du mois !

Il me demande à moi si je suis sûre ? La fois où j’ai acheté mon vélo. Le vendeur avait des envies de meurtres après l’interrogatoire auquel il a eu droit. Il m’a même dit d’un ton ironique « c’est bon, ce n’est pas une maison ! ». Et juste au moment de payer, j’ai failli changer d’avis parce que ma carte n’est pas passée du premier coup et que j’y voyais là un signe de Dieu. Comme si celui-ci n’avait pas d’autres soucis que de gérer mes achats. Mais mon chéri, dévoué ou gêné avait payé avec sa carte mettant ainsi fin à mes hésitations désespérantes.

Il me demande, à moi, si je suis sûre de moi ? A-t-il oublié qu’avant le dernier dîner auquel nous étions invités, j’ai changé six fois de tenue, parce que c’était trop court, puis trop long, puis trop noir, puis trop classe, puis trop bizarre... Au final, j’ai fini par mettre une robe à fleurs que je ne sais plus qui m’avait offerte. Et quand je suis arrivée, Marie m’a dit « ah, tu as mis la robe à fleurs ! », et comme j’y voyais là une remarque négative, je me suis sentie obligée de dire « je sais, elle n’est pas top mais c’est tout ce que j’avais sous la main ». Bien sûr, c’est elle qui me l’avait offerte. Ambiance assurée toute la soirée...

Si je suis sûre de moi ? Faut-il que je lui rappelle mon parcours chaotique. Mes différents projets commencés mais jamais terminés parce que je change de goûts, d’avis, que je perds confiance en moi. Plus il y a de choix, plus je suis perturbée, la commande au restaurant est une réelle épreuve. Mes amis emportent avec eux un minuteur pour arriver à me gérer et m’empêchent de rappeler le serveur pour changer de menu lorsque je l’ai déjà fait deux fois.

Bref, je suis une girouette, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été dans un état d’hésitations me faisant perdre constamment un temps fou. Au baccalauréat, durant l’épreuve de philosophie, le plus dur pour moi avait été de choisir le sujet. J’avais même déjà commencé le sujet, quand au bout d’une demi-heure, j’avais décrété que l’autre était mieux car, c’est bien connu, l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

Il me regarde avec ce regard qui me fait craquer. Je respire un grand coup. Mais oui, ça me revient, la seule fois où je n’ai pas hésité de ma vie, c’est quand il m’a demandé si je voulais l’épouser. Je l’avais regardé et aussitôt sans la moindre hésitation, j’avais dit un oui ferme, un oui clair, un oui sûr ! J’avais aucune idée de ce que me réservait l’avenir mais je le voulais avec lui. OUI. C’était la certitude d’être avec la bonne personne, d’être bien.

Je le regarde encore. Bien sûr, je devrais renoncer, bien sûr je devrais faire marche arrière. Je sais qu’il m’aime plus que tout mais je m’entends dire « oui, j’en suis sûre ». Il soupire discrètement. J’espère secrètement qu’il me repose la question. Peut-être que je pourrais oublier tout ce qu’on s’est dit. Peut-être qu’on pourrait simplement reprendre à zéro. Il plisse les yeux comme quand il est contrarié. S’il me redemande, j’annule tout. Rien. Il signe les papiers du divorce et me voilà divorcée au seul homme sur cette terre que j’étais capable d’aimer.

Sûre d’avoir fait une belle connerie. Comme une chute qu’on est en train de faire au ralenti, il a voulu me retenir, j’ai préféré tomber...

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