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Gérard

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Charles

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C’était le 12 avril 1969, le jour des dix ans de son petit frère Georges. On lui avait offert un hamster : il en rêvait depuis des mois.
- Eh, Gerard, lui avait dit un cousin qui avait été invité, je parie que t’es pas cap de tordre le coup du hamster ;
- On va m’engueuler ;
- Personne saura que c’est toi, on croira qu’il est mort naturellement ;
- Et s’ils découvrent que c’est un meurtre ;
- Je dirais que c’est moi.
Gérard resta interdit et tortilla ses mains pendant quelques secondes qui étaient déjà très grosses pour son âge.
- Pourquoi tuer ce hamster ?
- Parce que je te le demande.
- Pourquoi tu me le demandes ?
Une lueur malsaine apparut dans l’œil du cousin.
- Ca, mon petit Gérard, c’est mon affaire.
...
Assis sur son lit devant « plus belle la vie », Gérard venait de rentrer du boulot. Il se remémorait cet épisode de son enfance qui avait été à l’origine de sa vocation. Il y avait quelque chose qu’il aimait dans cette action au profit d’un autre. C’était devenir transparent, devenir un outil dans les mains d’un autre. C’était très agréable de ressentir la jouissance homicide sans avoir à en supporter la responsabilité morale.
Gerard n’aimait pas vivre, ressentir le poids de son identité.
« Plus belle la vie » se terminait et il changea de chaîne. Cela faisait longtemps qu’il ne suivait plus les nœuds des innombrables intrigues mais il restait cependant fidèle à tous ces gens qui vivaient devant lui sans avoir une seule seconde conscience de son existence.
Gérard aurait aimé être un fantôme. D’ailleurs, peut être en était-il un. Il n’y avait aucun miroir chez lui, ce qui pouvait le maintenir dans cette illusion. Il se serait bien vu fantôme d’un personnage mort au XVIIIème siècle, juste avant la révolution. C’était sa période préférée de l’histoire de France. Il ne savait pas s’il aurait préféré être un paysan ou un aristocrate, peut-être un peu des deux. Un personnage manipulé par l’histoire en tout cas.
...
Gérard se leva et sortit un plat cuisiné du congélateur qu’il mit au micro-onde. Il n’aimait pas faire la cuisine et quand bien même, sa cuisine était tellement petite qu’il était difficile d’y cuisiner. Son portable sonna en même temps que la minuterie du four. C’était un numéro inconnu et il mangea sa brandade de morue devant la télé en oubliant ce trublion qui n’avait pas respecté le protocole.
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